BOUAMAMA NOUREDDINE

BOUAMAMA NOUREDDINE

Jacques Vergès, Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Paris 1993

Je m’appelle Noureddine Bouamama. J’ai quarante-deux ans. je suis marié et j’ai quatre enfants. je suis commerçant. Je suis détenu à la prison dEl-Harrach, salle 4-bis, n° d’écrou 63982.

J’ai été arrêté le 23 septembre 1992 à 2 h 30 du matin à mon domicile, par les « Ninja » Police. Ils ont pillé, dévalisé et ameuté tout le quartier par des rafales et du vacarme.

Ils m’ont conduit au commissariat central boulevard Amirouche, où j’ai été insulté, roué de coups, couvert de crachats par des policiers en civil.

Durant toute ma détention arbitraire au commissariat central à Châteauneuf et dans un autre endroit que je ne peux préciser, J’ai été torturé par des éléments qui cachent lâchement leur visage par des cagoules et qui ont déversé sur moi toutes sortes d’insultes.

Ils m’ont mis à poil et m’ont fait subir les pires tortures : électricité, asphyxie par l’eau, coups violents simultanés sur le crâne et la plante des pieds. Des douleurs atroces se concentrent au niveau de l’estomac et au bas-ventre, ce qui a entraîné des hémorragies.

Ils m’ont attaché la tête avec un fil de fer sur un banc. Avec des tenailles, ils m’ont arraché la chair et m’ont cassé l’os du nez. Avec des tournevis, ils m’ont arraché cinq dents. Mon visage et mon corps étaient tellement enflés et tuméfiés que même mes bourreaux étaient incapables de me regarder et que l’un d’eux alla chercher de vieux journaux pour me couvrir le corps et le visage et éviter ainsi le spectacle. Mes tortionnaires étaient tous des policiers.

Aujourd’hui, grâce à Dieu, je suis en vie mais je porte de profondes séquelles physiques, mentales et morales.

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