BEKBEKOUCH AIACHI

BEKBOUCH AIACHI

Jacques Vergès, Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Paris 1993

Quarante-cinq ans, marié, six enfants, n’ d’écrou 64336, prison d’El-Harrach.

Nous avons été arrêtés par les gendarmes le 9 octobre 1992 à 10 h 30 à Mila, où nous demeurons.

Nous avons été torturés pendant deux jours, puis transférés à la brigade de Chelghoum El Aid et torturés à nouveau. Transférés à nouveau à la brigade de Sétif, puis à Bordj Bou Arréridj, puis à Bouira, puis à Lakhdaria, puis à Si Mustapha dans un état critique, sans nourriture ni eau pendant trois jours. , nous avons été A la brigade de Si Mustapha nous avons été torturés durant dix jours et ce, dans divers centres : aux Issers, à Bordj Ménaiel et à Naciria, caserne d’intervention rapide. C’est dans cette caserne qu’on m’a arraché les ongles et la chair avec des tenailles. J’ai commencé à perdre la raison.

De la brigade de si Mustapha, nous avons été transférés à la prison d’El-Harrach avec dix-huit autres personnes ayant subi le même sort que nous. Ils avaient des brûlures aux fesses et à la plante des pieds.

D’autres, torturés encore plus cruellement ne peuvent plus parler, la bouche à jamais scellée par la mort. Citons leurs noms :

Amrouche Mohamed, vingt-sept ans, résidant à Méfiali, dont le corps a été rendu à ses parents éventré et le sexe coupé.

Haddad Tahar, né en 1938, membre de l’ALN, mort sous la torture le 15 janvier 1993 à la brigade de gendarmerie de Baraki, Alger.

Bendjemline Hassan, né le 20 mars 1955 à Bouzaréah, transporteur, arrêté le 5 septembre 1992. Mort sous la torture le 15 septembre 1992 au commissariat du 5 e arrondissement à Alger.

Bennani Mohamed, vingt-deux ans, muezzin à la mosquée Al Nasr, quartier la Glacière. Mort assassiné par la police devant la mosquée alors qu’il avait les mains en l’air.

Ould Rabi Tayeb, vingt-sept ans, résidant à Djenane El Mabrouk, Bachdjarah, Alger. Mort assassiné par la police devant chez lui alors qu’il avait les mains en l’air.

Zaït Mohamed, arrêté le 6 février 1993. Mort sous la torture le 11 février, à la Sûreté de Bab-El-Oued. Son cadavre a été transporté à la casbah et déposé devant sa porte.

Sefsat Rabah, né en 1966, employé à Rouiba. Arrêté chez lui, torturé à mort par les policiers du commissariat de Rouiba, puis jeté à quelques mètres de sa demeure où il a rendu l’âme.

Bessas, commandant dans la Marine nationale à Châteauneuf, mort sous la torture.

Mekideche Said, surnommé Mohamed Lamana par tous les habitants du quartier El Madania à Alger pour ses qualités de confiance et d’honnêteté. Arrêté par les gendarmes de Bouzaréah commandés par l’adjudant-chef R. ; mort sous la torture.

Son cercueil fut ouvert, malgré l’interdiction des autorités : ses membres avaient été coupés à la tronçonneuse.

Des milliers de personnes accompagnèrent Mohamed Lamana jusqu’à sa dernière demeure, au son des youyous, malgré les salves des policiers qui tentaient de les disperser. A la sortie du cimetière, il y eut des centaines d’arrestations.

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