Décès de Kamel Tafouti: La famille de la victime insatisfaite

Décès de Kamel Tafouti dans les locaux de la police à Constantine

La famille de la victime insatisfaite

par A. Mallem, Le Quotidien d’Oran, 29 décembre 2010

Interrogés hier pour connaître leur réaction aux propos tenus la veille par le directeur général de la Sûreté nationale, au sujet du décès, le 16 décembre dernier, de leur fils survenu dans les locaux de la police judiciaire de Constantine, les membres de la famille Tafouti ont exprimé leur «insatisfaction», voire «leur vif mécontentement». Pour eux, «le patron de la police semble être convaincu par la thèse du suicide. Il y a une chose qu’il faut retenir, affirme Mouloud, le frère aîné de la victime, notre mère qui connaît quand même bien son fils, est convaincue que Kamel n’a pas mis fin à ses jours délibérément. Elle demeure inconsolable et cette thèse du suicide ne fait qu’ajouter à sa peine». Et d’ajouter «elle trouve la thèse du suicide de son fils qui aurait utilisé les lacets de ses chaussures, complètement ridicule. Malheureusement, même le patron de la police vient de montrer qu’il est convaincu par cette thèse. Certes, nous n’avons pas de preuves matérielles, mais notre mère affirme catégoriquement que son fils lui avait déclaré, quelques jours avant sa mort, qu’il était porteur d’un projet : aménager un local de commerce contigu à la villa familiale pour lui permettre de réunir la somme nécessaire à son mariage». Miloud Tafouti poursuit «il avait déjà acheté les matériaux de construction et s’apprêtait à se lancer dans les travaux de la dalle de sol. Dans ce cas, il est difficile de penser que, pris de démence, de peur ou de on ne sait quoi, il aurait décidé de mettre fin à ses jours», indique notre interlocuteur.

Ce disant, Mouloud Toufouti a déclaré que lui, sa mère, leur sœur aînée et deux de ses frères, Omar et Samir, ont été convoqués dimanche dernier, par le juge d’instruction près tribunal de Chelghoum Laïd, qui a été chargé de l’affaire. Ce magistrat les a interrogés un à un et en même temps, et en répondant aux questions, ils ont fait part du même sentiment et exprimé leur doute sur le suicide de leur enfant. «Même si nous avions tous reconnu que Kamel avait effectivement l’habitude de consommer de l’alcool», a conclu Mouloud.

Pour rappel, le directeur général de la Sûreté nationale, M. Abdelghani Hamel, interrogé lundi dernier sur la Chaîne 3 de la radio nationale, avait déclaré à ce sujet qu’il y avait eu des fautes très graves constatées par une commission d’enquête dépêchée sur place, que deux commissaires, un officier de police et un inspecteur de police, ont été placés sous mandat de dépôt et que trois agents de l’ordre ont été mis sous contrôle judiciaire. « C’est une négligence grave, a estimé le DGSN. Lorsqu’on place une personne en garde-à-vue, on doit lui retirer tout ce qui pourrait porter atteinte à son intégrité physique. On a laissé les lacets à la personne gardée à vue. Elle s’est pendue avec…».