«L’Arctic Sea» serait au large d’une île du Cap-Vert: Mystère autour du «navire de Béjaïa»

«L’Arctic Sea» serait au large d’une île du Cap-Vert: Mystère autour du «navire de Béjaïa»

par M. S., Le Quotidien d’Oran, 15 août 2009

«L’Arctic Sea» se trouve à quelque 400 miles marins d’une île de l’archipel du Cap-Vert. Une source militaire au sein des gardes-côtes du Cap-Vert a ainsi confirmé la présence dans la zone, annoncée par un journal allemand Financial Times Deutschland, du cargo disparu à la fin du mois de juillet en mer du Nord, alors qu’il se dirigeait vers le port de Béjaïa avec une cargaison de bois.

La source militaire, citée par l’AFP, a précisé que «l’Arctic Sea» se trouvait «hors des eaux territoriales» du Cap-Vert. C’est, en tout cas, la première information précise sur un cargo disparu mystérieusement dans les eaux de la mer du Nord. Le Cargo se trouve bien loin de sa base de départ et de sa destination algérienne prévue. La marine russe, engagée depuis plusieurs jours dans les recherches, a dépêché un navire vers le Cap-Vert. Elle pourrait être la première à recevoir un début d’éclaircissement sur cette ténébreuse affaire. L’Arctic Sea a subi, le 24 juillet dernier dans les eaux suédoises, l’abordage d’un commando d’une dizaine de personnes. Ses membres se sont présentés comme des policiers à la recherche de cocaïne. Ils ont pris le contrôle du navire pendant douze longues heures avant de se volatiliser dans la nature. Et il semblerait, selon Martyn Selmayr, porte-parole pour le commissaire européen des Transports, qu’il y a eu une deuxième attaque au large du Portugal. «Il semblerait que ces actions, telles qu’elles ont été rapportées, n’ont rien à voir avec des actes de piraterie traditionnelle ou une attaque armée en pleine mer», a indiqué ce porte-parole.

Deux attaques ou… une baraterie

Qu’y a-t-il de si important, de si précieux ou de si «sensible» dans ce bateau qui motiverait deux attaques en quelques jours ? Les observateurs se perdent en conjectures. L’idée que le navire ait pu être détourné pour qu’il soit repeint et recyclé sous un autre nom parait très improbable. Ce serait le premier acte de piraterie dans cette zone depuis près de deux siècles. Sauf qu’il est incompréhensible que des équipes de pirates ou de commandos aient pu se donner tant de mal, et à deux reprises, pour un navire construit en 1991 qui donc n’est plus «jeune». Ni d’ailleurs pour la cargaison de bois qu’il transportait vers l’Algérie ? Ce décalage entre l’effort et les risques pris par les pirates ou les commandos et la modestie des gains possibles rend l’hypothèse de la piraterie peu plausible. C’est ce qui a ouvert la voie aux spéculations en tout genre. Un expert, David Osler, évoque une «affaire de stupéfiants qui a mal tourné». Un responsable d’une société de sécurité maritime estime que la «faible valeur marchande de la cargaison affaiblit la thèse de pirates, mais renforce celle d’un différend commercial avec son propriétaire». Selon certains, on ne serait pas dans un cas de piraterie mais dans celui d’une baraterie qui, en droit maritime, désigne une malversation et une fraude commise par le capitaine ou l’équipage du navire au détriment des armateurs ou des assureurs. On serait dans un cas d’escroquerie à l’assurance.

Des «professionnels»

Mais d’autres hypothèses sont émises. Le journal suédois «Metro» affirme avoir parlé par téléphone à une personne se présentant comme le capitaine de l’Arctic Sea». La description que ce capitaine présumé du navire donne des assaillants est édifiante. «Ils ressemblaient à des soldats des forces d’élite américaines et semblaient très professionnels. Ils ont dit qu’ils cherchaient de la cocaïne, qui aurait dû être embarquée à Kaliningrad. Ils parlaient anglais, avec un accent». Les spéculations sur ce qui était arrivé au «navire fantôme» évoquaient aussi bien la contrebande d’armes que de la drogue. Le capitaine et les marins de l’Arctic Sea, qui se trouvent si loin du port de Béjaïa où ils devaient se rendre, vont peut-être donner des éléments d’explications. A moins qu’ils ne disparaissent, encore une fois, avant que la marine russe ne leur mette la main dessus.