La LADDH dénonce des cas de torture

Intervention de la police lors des évènements de Guerrara (Ghardaïa)

La LADDH dénonce des cas de torture

El Watan, 2 décembre 2013

La Ligue demande une enquête «sérieuse» sur le comportement des agents de police lors des derniers affrontements qu’a connus la localité de Guerrara.

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) dénonce des cas de torture et de violences exercées par les forces de l’ordre sur des jeunes de la ville de Guerrara, dans la wilaya de Ghardaïa. «La LADDH est préoccupée par la situation grave et alarmante que connaît la ville de Guerrara, à Ghardaïa, après les affrontements opposant des jeunes de la ville. Les informations en provenance de nos militants sur place font état de graves dépassements de la part des forces de sécurité. En effet, des arrestations arbitraires, suivies de pratiques de torture, nous ont été signalées. Les témoignages de personnes arrêtées et relâchées décrivent des pratiques inhumaines d’un autre âge, accusant les policiers de les avoir violemment tabassées, déshabillées et arrosées d’eau avant de les exposer au flux d’air froid du climatiseur», explique l’organisation dans un communiqué rendu public hier.

Dans ce document signé par son président, Noureddine Benissad, la LADDH condamne énergiquement «les agissements des forces de sécurité qui ont outrepassé leur mission de maintien de l’ordre». «De tels mauvais traitements constituent une atteinte grave aux droits de l’homme. La LADDH exige une enquête sérieuse sur ces dépassements et la traduction des auteurs de ces actes devant la justice», ajoute l’organisation, en appelant la population au calme.

Pour leur part, les sections dissidentes de la LADDH, présidées par Kaddour Chouicha, évoquent «un parti pris des forces de l’ordre dans ce nouveau conflit qui oppose Mozabites et arabophones dans cette ville de Guerrara». «Le déplacement de maître Salah Dabouz, président de la section d’Alger de la LADDH, le 29 novembre à Guerrara, pour s’enquérir de la situation ; les différentes vidéos tournées sur place lors de ces événements et portées à la connaissance de la LADDH nous incitent à dire que la police nationale ne connaît aucune limite quant à la répression des citoyens», explique Kaddour Chouicha dans un communiqué.

«La DGSN a dépêché une commission d’inspection»

Selon la même source, les vidéos et le rapport de l’avocat «indiquent clairement que les forces de police ont pris fait et cause pour l’une des parties en conflit, allant jusqu’à inciter des Algériens à agresser d’autres Algériens en leur assurant la protection, alors que leur mission constitutionnelle est de protéger les personnes et les biens de tous les citoyens». «L’attitude scandaleuse de certains agents des forces de police, que ce soit lors du conflit (gestes obscènes, comportement et propos racistes…) ou lors de l’arrestation de Mozabites (détenus aspergés d’eau froide, obligés à se déshabiller et à prendre des attitudes obscènes) est inadmissible.

Le fait de cibler les Mozabites lors des interpellations alors que la destruction des biens privés, en plus de celle des biens publics, les a touchés particulièrement, indique une démarche de stigmatisation et d’hostilité claire, qui répond à une politique de remise en cause de la cohésion en Algérie», déplore la même source. Contacté, le chargé de communication de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), Djilali Boudalia, affirme qu’«une commission d’inspection a été dépêchée sur les lieux dès la première heure pour faire la lumière sur cette affaire». «Le général-major Abdelghani Hamel ne tolère aucun dépassement et aucune atteinte aux droits de l’homme. Dès que la commission d’inspection reviendra avec tous les éléments concernant cette affaire, l’opinion publique sera informée», explique-t-il.

Neuf personnes écrouées

Neuf individus, présumés impliqués dans les échauffourées qu’a connues dernièrement la localité de Guerrara, ont été écroués par le juge d’instruction près le tribunal de Ghardaïa, a indiqué hier la cellule de communication de la sûreté de wilaya.

Ces neuf personnes ont été inculpées pour «attroupement armé sur la voie publique», «destruction», «incendie volontaire» et «tentative de vol de biens publics et privés», ainsi que pour «agression sur agents de l’ordre en mission», conformément aux articles 88 et 97 du code de procédure pénale, a précisé la même source dans uncommuniqué remis à l’APS.

Treize individus, déférés également devant le juge d’instruction près le tribunal de Ghardaïa pour les mêmes griefs, ont été placés sous contrôle judiciaire, tandis que 110 autres, également impliquées dans ces événements, ont bénéficié d’une citation directe le jour du procès, selon le même communiqué.

Les investigations effectuées par les forces de sécurité pour arrêter les auteurs des actes de vandalisme et de destruction qui ont secoué les 24 et 25 novembre la ville de Guerrara, ont permis l’interpellation de 132 personnes présumées impliquées dans ces événements, est-il signalé.
Les interpellations et arrestations effectuées par les forces de police pour rétablir l’ordre et pour le retour au calme se sont déroulées dans le respect des lois de la République concernant les droits de l’homme, souligne le même document. Les échauffourées avaient éclaté entre des jeunes de la ville de Guerrara après un match de football ayant opposé deux équipes locales pour le compte du championnat de wilaya.

Des dizaines de supporters des deux équipes se sont livrés à des actes de vandalisme et de pillage, saccageant et incendiant des dizaines d’habitations et de locaux commerciaux, des véhicules particuliers, du mobilier urbain et des édifices publics.

Madjid Makedhi