«On torture encore… »

SOUTIEN AUX VICTIMES DE LA TORTURE

«On torture encore… »

El Watan, 24 juin 2004

La Journée internationale des Nations unies pour le soutien aux victimes de la torture, célébrée le 26 juin, est marquée cette année par le tollé général soulevé dernièrement par les actes barbares commis à l’encontre de prisonniers irakiens, de même qu’elle intervient en Algérie après les évènements de T’kout (wilaya de Batna), où de jeunes émeutiers appréhendés ont affirmé, dans des déclarations rapportées par la presse, avoir été torturés par des éléments de la gendarmerie nationale.

La Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH) estime, à cet effet, par la voix de son président, Me Boudjemaâ Ghechir, que «les atrocités des colonisateurs durant la guerre de Libération nationale n’ont pas suffi pour que la torture soit bannie de notre pays. Après l’indépendance, on torture encore. Malgré l’amélioration enregistrée, ces pratiques sont encore répandues, à chaque «occasion» de répression politique, cette pratique est de nouveau d’actualité à une justice impuissante». L’Algérie a ratifié, selon lui, la Convention internationale contre la torture et autres peines ou traitements cruels en 1989 et attendu la fin de l’année 2003 pour proposer l’introduction dans le code pénal le principe d’incrimination des actes de torture. Mais, estime-t-il, «la disposition proposée reste floue, très générale et incomplète, lorsqu’elle aborde l’acte de torture, la définition n’étant pas conforme à celle contenue dans la convention». Une «carence» qui a incité le Comité contre la torture, un organe de surveillance pour le respect et l’application de cette convention auprès de l’ONU, à exprimer, selon le président de la LADH, ses préoccupations quant à l’absence d’une définition complète de l’acte de torture dans les textes algériens. Selon les termes de cette dernière, la torture c’est «tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne, aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux (…)». Pour la Ligue algérienne des droits de l’homme, «la législation de notre pays reste encore non conforme aux engagements internationaux dans la mesure où le projet de loi de code de procédure pénale n’a pas prévu la compétence des juridictions algériennes pour juger les auteurs d’actes de torture dans le cas où ces derniers se trouveraient sur le territoire algérien». Proclamée le 12 décembre 1997 par l’Assemblée générale des Nations unies, la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture est célébrée depuis, le 26 juin de chaque année, avec comme objectif «l’application effective de la Convention contre la torture» entrée en vigueur le 26 juin 1987. Afin de mener des actions effectives sur le terrain, une coalition des ONG internationales de lutte contre la torture (CINAT) a été créée le 12 avril 1999, lors d’une réunion publique tenue en marge de la commission des droits de l’Homme des Nations unies, et est constituée d’Amnesty International, l’Association pour la prévention de la torture (APT), le Conseil international pour la réhabilitation des victimes de la torture (IRCT)et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) notamment. Cette coalition s’est fixée pour objectif de «réveiller les consciences au scandale de la torture», de mener des actions en commun et d’élaborer des stratégies visant à abolir la torture. A noter que cette année pour la célébration de la Journée de soutien aux victimes de la torture, la CINAT va mettre l’accent sur «l’importance du combat contre l’impunité.»

Par Lydia R.