kidnappings, pédophilie et maltraitance des enfants

kidnappings, pédophilie et maltraitance des enfants

Les chiffres qui alarment

El Watan, 1er juin 2008

Comme chaque 1er juin, les regards se fixent sur l’enfance, les maltraitances qu’elle subit et surtout la nécessité de lui garantir un monde meilleur. Le 2 juin, ces revendications retombent dans l’oubli, en attendant l’année d’après.

Les statistiques des services de police et de gendarmerie sont alarmantes et rien n’indique que la situation va s’améliorer, surtout en matière de violences sexuelles. Pour le commandement de la Gendarmerie nationale, « la maltraitance multiforme subie par les enfants, notamment les enlèvements et les agressions sexuelles, interpelle la société non seulement quant à une protection et une sécurité de l’enfance, mais aussi à une lutte inlassable contre les auteurs de ces crimes ». Même si les chiffres de la criminalité ont connu une baisse substantielle ces dernières années, le nombre des mineurs victimes de violence reste néanmoins très important. Ainsi, sur les 21 265 victimes de criminalités enregistrées en 2006, 1676 (soit 8%) étaient des mineurs. En 2007, ces derniers représentaient 1614 sur 18 688 victimes, soit 9%, alors que durant le premier trimestre de 2008, les mineurs constituaient 660 victimes sur 6438, soit 12%. Ces statistiques, relevées surtout dans les zones rurales, où la gendarmerie est plus active, montrent que sur les 9712 victimes d’atteinte aux personnes et aux mœurs enregistrées en 2006, les enfants représentent une proportion de 16%, soit 1513 cas. La même proportion a été constatée en 2007, alors que durant les trois premiers mois de l’année en cours, elle a atteint les 25%, puisque sur les 2004 victimes, 502 sont des mineurs. Les statistiques font état d’une hausse des actes incestueux et de pédophilie durant les deux dernières années. Le nombre de viols sur mineurs est passé de 134 en 2006 à 137 en 2007, et à 48 pour le premier trimestre 2008. Les cas d’inceste sur enfant ont connu une hausse de 100% entre 2006 et 2007, puisqu’ils sont passés de 6 à 12, alors que les actes contre nature, dont aucune affaire n’a été enregistrée en 2006, ont atteint 4 cas en 2007. Les enlèvements suivis de viols ont pour leur part connu une baisse relative en 2007, avant de connaître une proportion à la hausse en 2008. Ils étaient 4 cas en 2006, puis 2 en 2007 et 6 au cours des trois premiers mois de l’année 2008, période durant laquelle, faut-il préciser, sur les 224 mineurs victimes, 121 ont subi des attentats à la pudeur. La gendarmerie a constaté par ailleurs que sur les 146 enlèvements enregistrés en 2006, 47 ont concerné des mineurs (32%). En 2007, ces derniers constituaient 34 cas sur les 112 déclarés, alors que durant le premier trimestre de l’année en cours, ils étaient 20 mineurs, parmi les 38 cas enregistrés. Pour les enquêteurs, les agressions sexuelles viennent en première position des mobiles de ces enlèvements, suivies des fugues amoureuses, puis de la demande de rançon. Pour leur part, les agents de la sûreté nationale, qui agissent surtout en milieu urbain, estiment que le phénomène de kidnapping des enfants n’est pas aussi alarmant et leur nombre connaît une légère fluctuation. Ainsi, selon Mme Kherra Messaoudène, commissaire principale chargée de l’enfance, il y a eu 7 enlèvements en 2007, parmi lesquels 2 ont été suivis de demande de rançon, un autre a été tué, et un cas mort accidentellement. Pour l’officier, durant la même année, la sûreté nationale a enregistré 146 disparitions ou fugues au sens large du terme. « Néanmoins, le phénomène le plus inquiétant reste les violences sexuelles qui ne cessent d’augmenter, mais aussi le nombre d’enfants en danger moral », a-t-elle relevé. Ainsi, selon elle, en 2007, la sûreté nationale a enregistré 3483 enfants en danger moral, dont 2681 ont été remis à leurs parents, 663 présentés devant le juge des mineurs et 139 fugueurs réintégrés dans leur famille. La tranche d’âge la plus touchée est celle des 13-16 ans avec 1424 enfants, suivie des 16-18 avec 1028 mineurs, puis des 10-13 ans avec 557 cas, et enfin des moins de 10 ans avec quand même 474 enfants. Pour ce qui est des violences, en 2007, la police a enregistré 2803 enfants victimes de coups et blessures volontaires, 1546 autres ayant subi des abus sexuels (avec une forte proportion de victimes parmi les petites filles), 355 enfants victimes de maltraitance et 146 autres ayant fait l’objet de détournement avant d’être récupérés et remis à leurs parents. Il est néanmoins tragique de constater que 25 enfants ont été assassinés durant l’année écoulée, dont 6 à la suite de leur enlèvement. Lors de l’émission retransmise par la radio nationale (Chaîne I) hier matin, la représentante de la police a indiqué que durant le premier trimestre 2008, 14 enlèvements suivis d’agression sexuelle ont été enregistrés, dont 12 sur des garçons et les deux autres sur des filles. En 2007, a-t-elle ajouté, il y a eu 7 enlèvements dont 2 suivis de demande de rançon. Ces statistiques alarmantes ont poussé les deux services de la gendarmerie et de la police à se réorganiser pour instituer des brigades spéciales de protection des mineurs. Si au niveau de la sûreté nationale, ces unités ont été réactivées depuis 2000, chez la gendarmerie, ce n’est qu’en 2005 que trois cellules spécialisées dans la protection des mineurs ont été créées, dans un premier temps, à Alger, Oran et Annaba, en attendant la création de dix autres dans d’autres villes. Les 1730 interventions multiformes de ces cellules ont permis entre autres de réinsérer 208 mineurs dans leur famille, de prendre en charge 114 mineurs en danger moral. Des résultats qui ont incité à l’ouverture de dix autres cellules. Néanmoins, il est établi que la protection de l’enfance ne peut être garantie uniquement par l’intervention des services de sécurité, qui n’en demeure pas moins très importante, mais surtout par des textes de lois qui assurent tous les droits consentis par non seulement la Constitution, mais aussi par la convention internationale des droits de l’enfant ratifiée par l’Algérie. Il est à ce titre malheureux de rappeler que la loi relative à la protection de l’enfance, attendue depuis le début de 2005, n’arrive pas à voir le jour. En attendant, des milliers d’enfants continuent de subir la bêtise humaine et de souffrir du silence des adultes censés les protéger.

Salima Tlemçani

La pédophilie, principal mobile des enlèvements

Gendarmerie et police s’accordent à affirmer que le phénomène des kidnappings n’est pas aussi important que cela puisse paraître comparativement aux violences sexuelles subies par les enfants qui, elles, connaissent une hausse inquiétante.

La police a enregistré 146 détournements de mineurs, en 2007, qu’elle déclare avoir récupérés et restitués à leurs familles. Néanmoins, elle précise avoir traité 3 affaires d’enlèvement suivies de demande de rançons qu’elle a solutionnées et dont les auteurs ont des liens de parenté avec la famille. Il est également fait état de 2 cas de rapt suivis de violences sexuelles puis d’assassinat en 2007, et de 2 autres durant les trois premiers mois de l’année en cours. Pour sa part, la gendarmerie a enregistré 4 enlèvements suivis de viol, en 2006, 2 en 2007 et 6 en 2008. Pour ces services, souvent les parents cachent la vérité pour une raison ou une autre, ce qui complique les investigations. « Les auteurs sont dans la majorité des cas des pédophiles qui, au départ, n’ont pas pour objectif de tuer leur otage. Mais une fois l’affaire est sur la place publique, les événements leur échappent et commettent l’irréparable, de peur d’être identifiés… », expliquent les services de sécurité. « Les fugues viennent en deuxième position des disparitions. Souvent ce sont les otages eux-mêmes qui simulent leur enlèvement pour justifier une fugue. Ces disparitions interviennent souvent à l’approche des examens par peur des parents à la suite des résultats. Il y a aussi les fugues amoureuses des adolescentes, etc. », notent nos interlocuteurs. Pour ces derniers, les demandes de rançon viennent en dernière position et, dans la majorité des cas, les auteurs sont à chercher dans l’entourage de la famille. La médiatisation de certaines affaires a compliqué davantage la situation et prolongé les investigations. C’est le cas de la tragique histoire de Yacine Bouchlouh, de Bordj El Kiffan, à Alger, retrouvé des semaines après sa disparition dans un puits non loin de son quartier. Selon l’enquête et les analyses du laboratoire scientifique, l’enfant a chuté accidentellement dans le puits à proximité duquel il a pour habitude de jouer. Pourtant, tout le monde avait parlé de son enlèvement et de son assassinat, y compris le chef de sûreté de wilaya d’Alger. Un autre cas qui mérite d’être cité est celui de ces deux jeunes qui ont décidé d’extorquer 5 millions de dinars à leur voisin, commerçant, en contrepartie de la libération de son fils âgé de 5 ans. Ce dernier est ligoté et jeté dans une mare. Le temps que les gendarmes arrivent à le localiser, l’enfant était déjà mort par noyade et les auteurs arrêtés. Pour faire face à cette situation, les services de police et de gendarmerie ont créé des brigades des mineurs qui travaillent surtout sur la pédophilie. Des fichiers de présumés pédophiles sont sur le point d’être finalisés. Des négociateurs sont actuellement formés pour réduire le temps des prises d’otage et éviter que ces derniers ne soient tués. Les villes les plus concernées restent pour l’instant les grands centres urbains du Nord, et les victimes se comptent parmi toutes les catégories socioprofessionnelles

S. T.