Une stèle pour rendre hommage à l’OAS

Des associations françaises dénoncent l’entreprise

Une stèle pour rendre hommage à l’OAS

Le Quotidien d’Oran, 18 juin 2005

Des associations et organisations françaises dénoncent l’inauguration, le 6 juillet prochain, d’une stèle à la mémoire des «Combattants morts pour que vive l’Algérie française», à Marignane, dans les Bouches-du-Rhône. Cette initiative témoigne, selon ces organisations, de l’entreprise de réhabilitation de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) en France.

Les représentants de la Ligue des droits de l’homme (LDH), du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005 ainsi que la Fédération syndicale unitaire (FSU-Enseignants) ont vivement et fermement dénoncer, hier, au cours d’une conférence de presse au siège de la LDH, à Paris, la réalisation d’un monument à «la gloire de l’organisation fasciste OAS». La LDH, le MRAP et le Collectif des historiens se mobilisent contre cette «forme déguisée de réhabilitation du colonialisme, voire une sorte de repentance subrepticement imposée à la nation».

Il ne s’agit ni plus ni moins, pour ces associations, que d’une tentative de réhabilitation de l’OAS à travers l’inauguration de cette stèle sur une parcelle du nouveau cimetière de la ville de Marignane attribuée par la mairie à l’association de défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française. La date choisie se veut, de plus, un hommage à Roger Degueldre, fondateur des commandos Delta de l’OAS, à Alger. Condamné à mort par la cour militaire de justice, Roger Degueldre fut fusillé le 6 juillet 1962. Le MRAP envisage même d’organiser le 6 juillet prochain, avec d’autres associations, une manifestation pour dénoncer cette commémoration. «Il s’agit d’honorer des crimes fascistes au nom de la République française», a estimé le président de la LDH, Jean-Pierre Dubois.

Si la réaction des associations françaises est virulente, elle intervient dans un contexte particulier. D’autant plus que cette nouvelle initiative en faveur de la réhabilitation de l’OAS intervient après l’adoption par le Parlement français de la loi du 23 février 2005 portant «reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés» et qui stipule dans son article 4 «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord» et réhabilite les anciens membres de l’OAS en les rétablissant dans leurs droits à la retraite dans son article 13.

«C’est une affaire qui nous tient à coeur. La mémoire de la guerre reste vivante. On a fait en sorte de nous la rafraîchir avec la loi incroyable du 23 février qui n’est pas étrange à l’impudence d’un certain nombre d’initiatives auxquelles nous assistons aujourd’hui», a affirmé Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, dans une déclaration rapportée par l’APS. Il mettra l’accent sur la gravité des conséquences d’une telle initiative. Jean-Pierre Dubois rappellera dans ce contexte la mémoire des victimes des crimes de l’OAS, Mouloud Feraoun, Ali Hamoutene, Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard et Salah Ould Aoudia, morts lors du crime collectif perpétré le 15 mars 1962 à Alger. Le président de la LDH s’interrogera, également, sur les intentions des pouvoirs publics «avec cette loi, avec ce laisser-faire» à Marignane.

L’historien Claude Liauzu, à l’origine avec Gilbert Meynier et Gérard Noiriel de la création du Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005, a mis en exergue «le lien étroit entre cette loi et ces initiatives inacceptables». Ce professeur émérite de l’université Paris VII Denis Diderot constate, dans un entretien accordé à Libération, «un mouvement évident de réhabilitation du colonialisme». Il demande, dans le même quotidien, l’interdiction de l’inauguration du monument de Marignane et le gel de l’article 4 de la loi du 23 février 2005. «Nous avons l’impression que les historiens sont pris en otages», a-t-il estimé lors de la conférence de presse.

Mouloud Aounit, secrétaire général du MRAP, a exprimé, quant à lui, son inquiétude «devant cette loi qui valorise les forfaits du colonialisme» et l’initiative d’ériger un monument à «la gloire de l’OAS». Cette nouvelle initiative est «une humiliation aux victimes et une atteinte aux survivants» des crimes de l’OAS. «Les autorités françaises ne mesurent pas les conséquences et les dégâts de cette initiative, ce qui est irresponsable à plus d’un égard. Ça participe à quelque chose de vénéneux. C’est de la provocation. En voulant éteindre le feu avec un bidon d’essence, on ne peut s’y prendre autrement», a déploré le secrétaire général du MRAP. Mouloud Aounit demande aux autorités françaises et aux politiques de «prendre leur

responsabilité devant cette entreprises vénéneuse». Les représentants des enseignants membres des organisations syndicales ont également dénoncé la loi du 23 février en y voyant «une provocation, une offense à l’histoire et une injure à la mémoire des victimes».

En Algérie, différentes réactions ont été enregistrées suite à l’adoption de cette loi. Le ministre des Affaires étrangères a indiqué, lors de son voyage à Paris, que la loi a surpris en Algérie et en France. La réaction la plus virulente provient du Parlement qui entend riposter à sa manière par une motion avant la clôture de la session de printemps. Les partis de l’alliance présidentielle ont également dénoncé la loi. Cette nouvelle prise de position des associations françaises est significative du malaise ambiant depuis l’adoption de la loi Doust-Blazy le 23 février dernier. Elle relève le caractère ambiguë des relations algéro-françaises. Et ce alors qu’on évoque de part et d’autre de la Méditerranée, la signature d’un traité d’amitié et de bon voisinage entre l’Algérie et la France d’ici la fin de l’année. Il n’empêche que malgré les déclarations positives sur ce traité d’amitié, la refondation des relations algéro-françaises ne peut se faire sans un «devoir de mémoire», ni en falsifiant l’Histoire.

Samar Smati