Repentance : D’anciens appelés d’Algérie s’engagent

Repentance : D’anciens appelés d’Algérie s’engagent

El Watan, 14 mai 2007

Pour faire avancer l’Histoire, il faut compter sur nous-mêmes, et pas sur les gouvernements », explique Rémi Serres, agriculteur dans le Tarn, ancien appelé d’Algérie, et initiateur en 2004, avec trois paysans comme lui, de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre.

Le groupe s’est étoffé en trois ans pour passer à plus de 70 personnes, disséminées sur la totalité du territoire hexagonal, auxquels s’ajoutent une trentaine de sympathisants. « Quand on a fait du mal à quelqu’un, on lui demande pardon, c’est normal », insiste simplement Rémi Serres. Cela vaut tous les discours. Son ami Georges Treilhou, co-fondateur de l’association, ajoute : « On sait qu’on avance à contre-courant. C’est une démarche qui dérange. On a même reçu des lettres d’insultes, mais cela ne fait rien. Les chiens aboient et la caravane passe ». Pour toute pension, les soldats d’Algérie touchent 426 euros par an, au titre de leur engagement militaire entre 1954 et 1962. Ils ont décidé de refuser d’encaisser cette somme, pour la mettre dans un pot commun destiné à des opérations de solidarité avec les Algériens. Jean Préaux justifie : « Cette retraite, c’est le prix du sang qui a coulé en Algérie. » Rémi Serres et son ami Georges Treilhou ajoutent : « Attention, il ne s’agit pas de faire la charité, mais d’opérer un début de réconciliation, modeste, à notre mesure, mais sincère. Le blabla sur des liens à tisser, c’est bien beau, mais des gestes pratiques, c’est mieux ». En 2006, la somme rondelette de 30 000 euros (un peu moins de 295 millions de centimes algériens) était à distribuer, sur quatre projets. Pour un collège de Mostaganem, aider à l’acquisition de matériel scolaire, à Alger venir soutenir une association d’aide aux handicapés, une autre partie de l’argent est versée à une association qui lutte contre la mucoviscidose, à Menaceur (Tipaza). Enfin, dans la Soummam, le plus gros projet (18 000 euros en 2006), mené avec l’association Bede, de Montpellier, a trait au développement agricole, à Tazla. Rémi Serres s’y est rendu récemment. Lui, l’ancien combattant d’une guerre qu’il n’a pas voulue, s’émerveille : « J’ai été reçu comme on ne peut pas l’imaginer. Après tout ce qu’on a fait pendant la guerre… La guerre c’était atroce ! Je me souviens d’un gamin qui ne voulait pas prendre le bonbon qu’on lui tendait et pour cause, la veille on avait tué son père. J’ai vu une jeune femme sortir nue de sa maison par un temps glacial, et sur laquelle on jetait de l’eau. Pour qu’il avoue des choses, un homme soupçonné d’être fellagha est arrêté et vu le lendemain le visage tuméfié. La liste des horreurs est longue . Pourtant, un moudjahid, devenu une personnalité, m’a dit : « Ce n’est pas de ta faute, tu n’étais qu’un appelé. » Ce n’est pas un hasard si ce village de Tazla a été choisi : « Il avait été détruit en 1958, lorsque l’armée française a créé les zones interdites. C’est notre façon de rembourser une dette. » Depuis le Tarn, à l’origine, l’assemblée générale de l’association vient de se tenir à Annecy (Savoie), et la prochaine se déroulera en Bretagne… le pays de René Vautier, le père d’Avoir 20 ans dans les Aurès qui avait dénoncé la barbarie dès 1971. C’est tout dire !

Walid Mebarek