«Comment la France peut-elle continuer à cacher l’usage de la torture en Algérie ?»

UNE PETITION POUR LA VERITE SUR LA MORT DE MAURICE AUDIN

«Comment la France peut-elle continuer à cacher l’usage de la torture en Algérie ?»

De Notre Correspondant A Paris: SARAH Raouf, Le Quotidien d’Oran, 29 mai 2004

Les partisans de la recherche de la vérité sur la disparition de Maurice Audin n’ont guère l’intention de jeter l’éponge. L’inauguration, mercredi au coeur de Paris, d’une place au nom du militant du Parti communiste algérien n’a pas, loin s’en faut, tempéré leur ardeur.

Profitant de la médiatisation nourrie par la délibération de la Mairie de Paris, des membres de la communauté universitaire française ont lancé, ce week-end, une pétition nationale. Les initiateurs de l’opération en appellent aux signatures pour exiger la vérité sur la mort du mathématicien.

Le texte de la pétition est adressé à François Fillon, ministre de l’Education nationale, secteur auquel appartenait Maurice Audin. «Désireux de vivre dans une nation civilisée où règne l’Etat de Droit, où les citoyens ont droit à être informés de ce qui a été fait en leur nom, nous vous demandons, Monsieur le Ministre, la vérité sur la disparition de Maurice Audin».

Militant de l’indépendance algérienne, Audin a été enlevé le 10 juin 1957 par des éléments du 11e régiment parachutiste de Massu, corps chargé des pouvoirs de police à Alger en vertu des pouvoirs spéciaux votés par l’Assemblée française. Ce régime d’exception a été voté, entre autres forces politiques, par les partis de gauche, dont le Parti communiste français.

Alors que les proches d’Audin avaient perdu toute trace du mathématicien quelques jours après son admission à la «Villa des Tourelles», le quotidien Alger Républicain, s’en référant à plusieurs sources, annonçait, fin juin, sa mort sous les effets de la torture. Un comité Audin avait été lancé par ses amis, comme le professeur Laurent Schwartz et l’historien Pierre Vidal-Naquet.

Ni le battage médiatique, ni la campagne en direction de l’opinion publique n’avait permis de retrouver le corps, encore moins d’obtenir la prise en charge de l’affaire par la justice. «Si l’Etat français persistait dans son refus de révéler la vérité sur la disparition de Maurice Audin, de dire où sont ses restes, tout citoyen pourrait lui répondre qu’il y a des droits de l’homme au-dessus de la raison d’Etat, comme Antigone invoquait les lois divines en passant outre à l’ordonnance de Créon», soulignent les initiateurs de la pétition.

Ces derniers ont remis sur la tapis une question déjà posée dans les différents appels des «douze» en faveur de la condamnation par les officiels français de l’usage de la torture durant la guerre d’Algérie. «Comment la France peut-elle se proclamer patrie des droits de l’homme et continuer à cacher qu’elle a pratiqué la torture et des exécutions sommaires en Algérie ?».

Le lancement de cette pétition reflète le sentiment de Josette Audin, la veuve du mathématicien, dont la plainte pour «séquestration et crimes contre l’humanité» a fait l’objet d’un «refus d’informer» par le Tribunal de Paris. L’importance de l’hommage rendu par Paris à la mémoire de Maurice Audin ne saurait faire oublier l’exigence de vérité.

«Il y a encore beaucoup de choses à faire, a-t-elle dit au quotidien l’Humanité. La vérité n’est pas connue. Le crime n’a jamais été admis par la République. Le criminel, lui, est mort de sa belle mort, couvert d’honneurs, tandis que la torture en Algérie, elle, n’a toujours pas été reconnue par l’Etat français. Alors oui, encore une fois, il reste bien des choses à faire !».