Le MALG se penche sur sa propre histoire

Le MALG se penche sur sa propre histoire

Mettre les archives à la disposition des chercheurs

 Le Quotidien d’Oran, 15 décembre 2004

Le ministère de l’Armement et des Liaisons générales, plus connu sous le titre du MALG, a donné «trois chefs de gouvernement, vingt ministres, 15 généraux» et plusieurs dizaines de colonels.

Cet argument massue, donné hier par Daho Ould Kablia, patron de l’association qui regroupe depuis 1990 les anciens Boussouf boys, du nom de leur redouté et légendaire chef Abdelhafid Boussouf, explique le pourquoi du colloque organisé hier à l’école de la protection civile de Dar El-Beïda. Il s’agit de rendre hommage à une «élite révolutionnaire» considérée aujourd’hui comme l’ancêtre des «services» algériens, pour rendre son épopée plus audible auprès des jeunes générations et son histoire moins secrète qu’elle ne l’est. Un pari bien hasardeux quand on sait que rien de tangible n’a encore été rédigé sur le parcours de Boussouf et que les écrits inspirés par les faits d’armes de ses compagnons se comptent sur les doigts de la main et sont de l’ordre du grimoire. Ce n’est néanmoins pas l’avis de la cinquantaine d’anciens militants, dont certains sont des figures très connues, qui se sont déplacés hier jusqu’à Dar El-Beïda pour écouter les interventions de Daho Ould Kablia, Boudjemâa Haïchour, de l’ex-colonel Hchaïchi Baghdadi sur «le rôle particulier du MALG», notamment dans la formation des cadres de l’ALN. Sur le thème de la «logistique et la protection de la révolution du 1er Novembre 1954 durant la lutte de libération nationale», ces anciens baroudeurs sont venus assister à une première que M. Ould Kablia et les animateurs de l’association se sont promis d’institutionnaliser. Avec, en ligne de mire, l’enjeu essentiel de la restitution de l’histoire du ministère de l’Armement et des Liaisons générales et la création d’un fonds d’archives spécialement réservé à son histoire.

Des participants ont parlé hier de l’existence de «cinquante tonnes d’archives» rapatriées de Libye peu après l’indépendance et qui dorment aujourd’hui dans les archives du ministère de la Défense nationale (MDN). Selon eux, des contacts sont en cours pour déclassifier certains documents et les mettre à la disposition des chercheurs et des historiens. D’autres ont évoqué le projet de création par le MDN d’un centre spécialisé destiné à abriter la mémoire du MALG, mais ils n’ont donné aucun détail susceptible de nous apprendre quand et où cette structure verra le jour. Des personnes rencontrées hier durant le colloque disent qu’il y a quelque huit cents anciens du MALG qui vivent encore et qui peuvent témoigner de certains faits d’armes encore inconnus du grand public. D’autres, en revanche, affirment qu’il n’y a plus que la moitié et qu’on enregistre en moyenne, selon M. Daho Ould Kablia, «une disparition par semaine». Toutes affirment, cependant, la nécessité et l’importance d’«éclairer cette partie inconnue et secrète» de l’histoire de la lutte algérienne qu’ils ont incarnée durant des années et jusqu’au 22 juin 1962, lorsque le colonel Boussouf avait envoyé de Tunis sa dernière instruction à ses troupes, un document que M. Ould Kablia a lu devant l’assistance.

Mais il n’y a pas que l’histoire qui préoccupe les anciens du MALG. L’hommage à Boussouf et à ses compagnons s’est assorti d’un vibrant appui au «programme de réformes du président de la République et à la réconciliation nationale». Une touche polémique a marqué l’évènement, lorsque Daho Ould Kablia a déploré l’exclusion de membres de son association du 10ème congrès de l’ONM, en qui il voit des signes de déshérence et des «textes organiques» dépassés et ne permettant pas de regrouper tous les acteurs de la révolution.

La formation politique et l’énergie de nos militants «auraient pu être d’un apport concret à cette organisation pour l’aider à sortir de sa léthargie et se positionner plus nettement et plus positivement sur la scène politique nationale».

Noureddine Azzouz

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Ould Kablia du MALG

« On aurait évité des dérapages »

El Watan, 16 décembre 2004

Le CNRA faisait office de parlement à l’époque de la Révolution. C’est lui qui communiquait les décisions au GPRA et désignait les responsables.

Le CNRA était souverain et en son sein régnaient les pratiques démocratiques, la liberté d’expression et le sens des responsabilités. Si après l’indépendance on avait fait en sorte que cet acquis soit perpétué, on aurait épargné au pays tous les dérapages qu’on a vécus », a déclaré, hier, Daho Ould Kablia, président de l’Association nationale du Ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG). Lors de l’allocution de clôture du colloque organisé par le MALG à l’Ecole de la protection civile de Dar El Beïda sous le thème « La logistique et la protection de la Révolution du 1er Novembre durant la lutte de Libération nationale », Ould Kablia précisera que « le MALG ne pouvait s’exprimer, car de 1962 à 1990, non seulement il n’y avait pas de liberté d’expression, mais parce que le dossier histoire a été mis dans un coffre-fort ». Il ajoutera, à ce sujet, que « les responsables de l’époque se sont contentés de parler des grandes batailles avec la France sous la forme d’un mythe et d’élucubrations ». Sur sa lancée, Ould Kablia notera que « depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, aucun membre du MALG n’a été coupable d’un vol, de troubles ou d’agissements contraires à l’Etat ». Une précision qui tient lieu de comparaison avec le comportement de certains moudjahidine, particulièrement ceux de (ONM). Lors de son 10e congrès qui s’est tenu tout récemment, celle-ci n’a pas daigné inviter des membres du MALG. En tout cas, indiquera Ould Kablia, chaque mois, une ville du pays abritera une conférence qui sera animée par des responsables du MALG que dirigea Abdelhafid Boussouf. Celui-ci, connu sous le nom de guerre Si Mabrouk, s’est retiré de toute activité officielle après l’indépendance jusqu’à sa mort le 31 décembre 1980. Sur le parcours de cet « homme exceptionnel », de l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé, le colonel Hocine Senoussi révélera qu’en 1961 l’état-major de l’ALN avait reproché à Boussouf de ne pas faire assez pour la fourniture d’armement et de munitions. Senoussi ajoutera que « prenant ses responsabilités, le chef du MALG fera le nécessaire, mais il me confiera que les responsables de l’état-major manquent de réflexion et d’innovation ». Pour cela, « Boussouf n’hésitera pas à dresser des bulletins de renseignements quotidiens sur les gens de l’état-major », dira Senoussi. De l’avis de celui-ci, « seule l’histoire jugera de cet épisode, mais il est sûr que l’état-major a tenu rigueur et même de la rancune envers Boussouf ». Il ajoutera également que « la force de la Révolution était qu’elle était dotée d’un seul et unique service de renseignements ». Un service, poursuivra Ould Kablia, que « la France n’a jamais réussi à pénétrer » et que « le Mossad lui-même avait avoué que c’était un des services les plus hermétiques ». Le MALG, en tant que structure de renseignements, de transmission et d’autres missions, « avait réussi à se procurer un PV d’un conseil des ministres du temps du président de Gaulle », confiera Ould Kablia. Un exemple qu’il citera pour signaler que contrairement aux pratiques connues, le MALG n’a jamais acheté des renseignements. Mieux, ajoutera Ould Kablia, « le MALG a été le seul service qui a pu avoir l’identité du colonel Mercier, connu comme tête chercheuse pour traquer les membres du FLN ».

S. E. Belabès

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LE RENSEIGNEMENT MILITAIRE DURANT LA GUERRE DE LIBÉRATION

La base Didouche-Mourad, centre névralgique du MALG

Le Soir d’Algérie, 16 décembre 2004

Le colloque de l’Association nationale des moudjahidine de l’armement et des liaisons générales, qui s’est tenu durant deux jours à l’école de la Protection civile de Dar-El-Beïda, a permis de percevoir ce qu’était l’organisation des principaux services du MALG et d’avoir plus de détails sur la base Didouche-Mourad, le centre névralgique des services spéciaux algériens de l’époque.

Tarek Hafid – Alger (Le Soir) -Située en Libye, près de Tripoli, cette base dépendait directement du ministère de l’Armement et des Liaisons générales. Les 400 militaires qui y étaient affectés en permanence avaient pour mission de regrouper et d’exploiter tous les documents transmis par les différents services du MALG. « La base Didouche-Mourad était le cour de la révolution. Tous les dossiers secrets y étaient archivés. Les renseignements, qui y parvenaient, passaient avant tout par le bureau de contrôle et de régulation.

Ce service avait pour mission de dissimuler l’origine de la source qui avait divulgué l’information en effaçant toute trace, telle que la signature et autres cachets, afin de protéger nos agents. Les documents passaient alors dans d’autres services pour être exploités et faisaient ainsi l’objet de procèsverbaux qui étaient, par la suite, adressés GPRA, au CNRA et à l’ensemble des missions diplomatiques algériennes », expliquait, hier, Daho Ould-Kablia, président de l’Association nationale des moudjahidine de l’armement et des liaisons générales. Il serait judicieux de savoir ce qu’il est advenu des archives de la base Didouche-Mourad. Daho Ould-Kablia tentera de donner quelques éléments d’informations à ce sujet : « Les premiers jours ayant suivi l’indépendance du pays, le commandement de la Révolution a exigé des responsables du MALG, qui étaient eux-mêmes des officiers de l’ALN, qu’ils fassent entrer en Algérie toute cette documentation. Nos éléments ont regroupé près de 50 tonnes de documents et les ont transportées par convois jusqu’à Oran. Ces archives ont ensuite été transmises à Rocher- Noir, actuel Boumerdès, où siégait le premier gouvernement de l’Algérie indépendante. » Daho Ould-Kablia n’en dira pas plus. Reste que la machine à espionner et à renseigner qu’était le MALG a été d’un apport considérable durant les dernières années de la Révolution. « Les éléments de la Direction de la documentation et de la recherche (DDR), principalement ceux affectés au service Recherche, ont réussi à récupérer des documents et des photos sur la base navale de Mers-El-Kébir. Ces renseignements leur ont été transmis par une journaliste étrangère qui résidait au Maroc. « Toute cette documentation a été utilisée par la délégation algérienne lors de la négociation des accords d’Evian », dira pour sa part Djaâfar Skinazène. Il révélera également que la DDR a multiplié les contacts avec le gouvernement saoudien et les entreprises pétrolières étrangères (Shell et ENI) pour avoir le maximum d’informations sur le pétrole algérien. Ce dossier a également été adressé aux négociateurs algériens dans le cadre des accords d’Evian. Notons que la zone opérationnelle des différents services du MALG ne se limitait pas uniquement au territoire algérien ou aux pays frontaliers puisque les services spéciaux algériens activaient également en Egypte, au Liban et aussi dans de nombreux pays occidentaux. Cet aspect de l’histoire contemporaine de notre pays pourrait sortir de l’ombre à la faveur d’un projet que compte lancer l’Union des écrivains algériens en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. A condition, bien sûr, que nos vétérans du renseignement acceptent enfin de parler.

T. H .