Un hommage à l’OAS prévu à Perpignan

Des associations appellent à une contre-manifestation

Un hommage à l’OAS prévu à Perpignan

par Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, 26 mai 2007

Si l’élection à la présidence de Nicolas Sarkozy peut être lue comme une victoire implicite des partisans de la colonisation « positive », de la lutte contre les faiblesses de la « repentance » qui ont secoué la France ces dernières années et de la réhabilitation corrigée selon les critères des néo-OAS et de la droite en pleine ascension, le débat franco-français et franco-algérien sur la mémoire coloniale n’est pas pour autant clos. Nouvelle démonstration publique en vue.

Pour le fait, il s’agit d’un appel lancé par le Mouvement pour l’égalité pour une manifestation, le 7 juin prochain à Perpignan (10 heures, cimetière du Haut-Vernet), contre le rassemblement convoqué le jour même, au lieu même, par une « association » d’anciens tueurs de l’OAS, selon le communiqué. Rappelant que cette organisation est responsable de plusieurs centaines d’attentats et d’exécutions en Algérie et en France et qu’elle a tué 2.700 personnes, dont 2.400 Algériens, de mai 1961 à septembre 1962, l’association explique que la manifestation de l’OAS est à ce jour autorisée par le préfet de ce département qui a toléré « cette honteuse stèle à la gloire des terroristes pro-Algérie française ! A l’heure où le nouveau président chante les louanges de la colonisation (depuis les saintes Croisades !) et vitupère contre la « repentance ». Le communiqué ajoute qu’il « ne faut guère compter que son représentant départemental interdise le rassemblement pro-OAS » et que le seul moyen de le stopper ou de le refuser, c’est d’adhérer à une mobilisation de rue pour empêcher cette provocation.

Pour le détail, l’appel à cette « commémoration » contestée a été lancé par l’ADIMAD, une association composée d’anciens activistes de l’Organisation Armée Secrète qui organise pour la 4ème année un rassemblement au cimetière du Haut-Vernet, le 7 juin 2007 à partir de 11 h. Au menu, un hommage à Albert Dovecar et Claude Piegts, deux terroristes de l’OAS qui participèrent à l’assassinat, le 31 mai 1961, du commissaire central d’Alger, Roger Gavoury. « Cet acte criminel leur valut, dans les conditions de l’époque, d’être condamnés à mort par la justice française. Ces tueurs agissaient sous les ordres du légionnaire déserteur Degueldre, chef des commandos «Delta», qui subit lui aussi le même sort », explique le communiqué du Mouvement pour l’égalité, qui ajoute que parmi les crimes de ce dernier, le meurtre « au fusil-mitrailleur, le 15 mars 1962, de six inspecteurs de l’Education nationale, membres des Centres sociaux éducatifs ».

Le rassemblement OAS est prévu devant la stèle élevée à leur gloire ainsi qu’à celle de Jean Bastien-Thiry, instigateur en 1961 et 1962 de deux attentats dirigés contre le Général de Gaulle, alors président de la République, précise-t-on. S’appuyant sur ce détail qu’aucune manifestation de ce genre ne peut être programmée dans un espace public, le Mouvement s’élève contre ce qu’il nomme « une forme d’expression de l’apologie de crimes de guerre, constitutive notamment d’un trouble réel à l’ordre public » et demande au préfet concerné de « prendre un arrêté d’interdiction à son encontre ».

Par ailleurs, le même mouvement en appelle aux autorités publiques « d’user de leurs prérogatives pour faire déplacer la stèle élevée à la gloire des tueurs de l’OAS dans un lieu privé ». Jugeant aussi que « cette cérémonie est une offense à la mémoire de tous ceux et celles qui ont été victimes de l’OAS. Il est contraire à l’esprit de paix, de fraternité et de réconciliation nécessaire pour que vivent ensemble les générations issues des populations que le drame algérien a éprouvées ». Le communiqué est déjà signé par un ensemble d’associations connues comme la LDH Perpignan, le MRAP Languedoc-Roussillon, Les Amis de Max Marchand, la Ligue des droits de l’Homme, le Mouvement pour l’égalité, le PCF, etc.

Il annonce du coup un retour sur scène d’un débat qui a eu son écho en Algérie et que la classe politique française, focalisée sur une présidentielle qui a joué sur des définitions contradictoires du « sentiment » français, a trop vite évacué après l’élection de Sarkozy.