Procès de l’ancien plus haut gradé de l’armée française

PROCES DE L’ANCIEN PLUS HAUT GRADE DE L’ARMEE FRANÇAISE

Des généraux «poursuivis» par la guerre d’Algérie

Le Quotidien d’Oran, 6 juillet 2003

En écho direct à l’affaire Aussaresses et son témoignage sur la pratique de la torture par l’armée française, lors de la guerre de libération algérienne, c’est l’affaire du général Maurice Schmitt qui prend la «relève» de ce procès d’histoire, encore sans réparation.

Attendu par une opinion encore sous l’émotion des révélations d’Aussaresses sur la pratique de la torture sur les prisonniers algériens, avec le cas de Larbi Ben M’hidi, entre autres, c’est le procès en diffamation intenté par Louisette Ighilahriz contre l’ancien chef d’état-major de l’armée française qui a été ouvert, vendredi dernier, par la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Le général Maurice Schmitt, ancien plus haut gradé de l’armée française, est en effet au centre deux actions de justice, dont la seconde est celle enclenchée par un appelé français, Henri Pouillot, pour les mêmes motifs. Pour la chronologie, il faut donc d’abord remonter à la publication par le général Aussaresses, en 2001, de son livre «Services spéciaux Algérie 1955-1957», pour situer les faits.

Ce témoignage, qui suscita une émotion vive en France comme en Algérie, avait été suivi par le dépôt de plaintes pour crimes contre l’humanité visant son auteur par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). La procédure, alourdie par une polémique médiatico-politique, sera conclue par un rejet prononcé par la cour de cassation, la plus haute juridiction en France, qui vient d’écarter définitivement toute possibilité de poursuivre le général Paul Aussaresses pour «crimes contre l’humanité» pour des faits commis pendant la guerre d’Algérie. L’explication étant la loi du 31 juillet 1968, amnistiant tous les faits commis à l’occasion de cette guerre. Le verdict final venant ainsi confirmer celui, retenu en décembre 2001 et avril 2002 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Le livre du général tortionnaire sera à l’origine de quelques publications clés, comme celle de Louisette Ighilahriz, «L’Algérienne», aux éditions Fayard, racontant ses deux mois de torture et de viols dans les geôles de l’armée française, ou celui de l’ancien appelé, confronté à la torture entre juin 1961 et mars 1962, Henri Pouillot, sous le titre «La villa Susini» aux éditions Térisias. Ce sont ces deux ouvrages qui seront rejetés par le général Maurice Schmitt, lors de l’émission «Culture et Dépendances» de France 3, le 06 mars 2002. Le témoignage de Louisette Ighilahriz sera qualifié par cet ancien haut officier de «tissu d’affabulations et de contre-vérités», alors que l’ancien soldat Pouillot sera traité de «menteur ou criminel». Ce jugement intervenant en coeur même du débat sur la torture qui mobilisa une partie de l’opinion française, avec des échos intermittents du côté algérien, sera à l’origine du procès en diffamation retenu par les deux auteurs contre l’ancien chef militaire.

Lors de l’audience de vendredi, Maurice Schmitt, donnera l’image d’un homme qui campait sur ses positions, soutenant ses propres déclarations antérieures par des détails d’incohérence de dates dans l’ouvrage de la plaignante. «Enumérant les «nombreuses erreurs», il précisera que la vieille dame s’est trompé de date. «Elle situe son arrestation en juillet. Il y a un mois d’erreur», dira-t-il pour se justifier. Le cas fait par la cour quant à ses arguments sera résumé par une remarque de la présidente : «le tribunal pensait que vos contestations portaient sur des choses plus consistantes». L’avocat de Ighilahriz rappellera à juste titre que l’auteur de «L’Algérienne» n’avait jamais prétendu faire un travail d’historienne.

Relançant le débat, avec le rendez-vous du second procès, le 11 juillet prochain, sous le même tribunal, l’audience de vendredi attendra son verdict jusqu’au 10 octobre. Le parquet ayant requis la relaxe du général, le jugement a été mis en délibéré à cette date.

Et si la «réparation» historique, la reconnaissance et la condamnation par le pouvoir politique français de la pratique de la torture semblent encore une fois être remis à plus tard, le procès quant à lui permet de faire «avancer les choses» comme espéré, devant la presse, par l’avocat des deux plaignants.

K.D.