L’affaire des essais nucléaires français en Algérie refait surface

Après le dépôt d’une plainte contre X

L’affaire des essais nucléaires français en Algérie refait surface

Le Quotidien d’Oran, 30 novembre 2003

Des Français victimes des essais nucléaires menés par l’armée française en Algérie entre 1960 et 1962 ont officiellement déposé une plainte auprès de la justice française. Ils viennent pour la première fois de réagir en réclamant justice et vérité et surtout porter plainte contre X, notamment pour homicide involontaire.

La plainte avec constitution de partie civile porte sur les chefs d’accusation suivants: «homicide involontaire, atteinte à l’intégrité des personnes, abstention délictueuse, administration de substances nuisibles ayant porté atteinte à l’intégrité physique et psychique d’autrui». Le collectif est composé de onze plaignants, dont la veuve d’une victime, et de deux associations: l’association des victimes des essais nucléaires français (Aven) et l’association polynésienne «Moruroa e Tatou». C’est la première fois qu’une plainte contre les essais nucléaires français est déposée par une association contre X. C’est un grand succès, a déclaré à l’agence Reuters Jean-Louis Valatx, président de l’Aven (l’association des victimes des essais nucléaires) qui compte plus de 1.300 adhérents. «Les victimes veulent une reconnaissance des fautes commises par l’Etat et la mise en place d’un fonds d’indemnisation», a-t-il ajouté. «Je réclame justice, surtout la reconnaissance de l’Etat», a lancé lors du rassemblement Christine Lecullee, 64 ans, la veuve d’un militaire décédé en 1976 des suites d’une leucémie. «Mon mari est descendu à quatre reprises dans une cuve contenant des eaux contaminées», a-t-elle témoigné, expliquant que son époux avait été contaminé en 1963 en Algérie, à Reggane, où il était en poste en tant que militaire. Gérard Dellac, 65 ans, brandissait une pancarte proclamant: «Sur ordre d’un officier j’ai été planter le drapeau français au point zéro pour la première bombe atomique française le 13 février 1960″. Atteint d’un cancer de la peau depuis 1991, il assure avoir été contaminé dans le Sahara algérien en 1960 en effectuant son service militaire en tant qu’appelé. Selon le collectif, quelque 150.000 personnes ont participé «pour la plupart involontairement et sans préparation» aux essais nucléaires français pendant 36 ans. «Aujourd’hui, beaucoup sont déjà décédés ou sont malades», a dit le président de l’Aven. Selon une première étude médicale conduite par cette association, il est démontré que sur 720 vétérans 30% étaient atteints de cancers, alors que la moyenne nationale est de 17% pour la même classe d’âge. Ces vétérans souffrent notamment de cancers de la bouche, du sang, de l’appareil digestif, des poumons et de la peau. La même enquête montre que seulement 9% des vétérans sont «en bonne santé et ne signalent aucune maladie», a ajouté Jean-Louis Valatx.

La France a effectué 210 essais nucléaires, dont 45 atmosphériques au Sahara algérien et en Polynésie française. Devant l’absence d’un collectif défendant leur cause les victimes algériennes sont restées inactives. La mobilisation des victimes françaises fera régir les victimes algériennes. En plus des conséquences sur la population de la région, certains parlent d’un acte de génocide perpétré en 1961 contre 150 prisonniers algériens qui ont été attachés à un kilomètre du lieu d’un essai nucléaire à Reggane. L’indemnisation des victimes des essais nucléaires français en Algérie a été tout de même évoquée par un député à l’APN. Et le ministre des Relations avec le Parlement qui s’exprimait à la place du chef du gouvernement avait déclaré à l’époque que le gouvernement a pris des mesures de protection des populations habitant dans les régions qui ont été le théâtre de ces essais, notamment les villes de Reggane et Kezzal, et que les victimes de ces essais nucléaires peuvent demander une indemnisation pour les dégâts causés à la France.

Les sites touchés par les radiations des essais nucléaires sont actuellement sous le contrôle de l’Agence nationale de l’énergie surtout en ce qui concerne les plantes et les puits d’eau. Il a annoncé que des études sont en cours pour la réhabilitation de ces deux zones interdites d’accès aux habitants. En outre, sur injonction du gouvernement, les collectivités locales ont lancé une campagne de sensibilisation aux risques de radiation nucléaire sur les personnes, les animaux et l’environnement.

Salim Bey