Les Juifs d’Algérie demandent 144 millions de dollars

ILS RECLAMENT LA COMPENSATION DES BIENS QU’ILS Y ONT LAISSES

Les Juifs d’Algérie demandent 144 millions de dollars

Le Quotidien d’Oran, 12 mai 2005

Des familles juives d’origine algérienne ayant quitté le pays en 1962 sont montées cette semaine au créneau pour revendiquer des réparations et des indemnisations des biens qu’elles ont laissés en Algérie.

Selon une déclaration rendue publique et rapportée par le quotidien londonien arabophone El-Quds, 120.000 Juifs ayant quitté l’Algérie après l’indépendance ont réclamé des réparations d’une valeur de 144 millions de dollars. Ils réclament du gouvernement l’indemnisation de ce qu’ils ont perdu, auquel cas ils vont recourir à des pressions internationales pour arracher leurs droits. Ils demandent également leur réhabilitation.

Cette demande intervient paradoxalement au même moment où une campagne est menée par les Juifs à travers les pays arabes pour réclamer des réparations matérielles. Après l’Egypte et la Libye, c’est au tour des Juifs d’Algérie, qui avaient, rappelle-t-on, accepté le décret Crémieux pendant la colonisation et choisi de partir en France en même temps que les autres pieds-noirs et les harkis sous prétexte qu’ils risquaient des représailles, alors que le premier président de la République, Ahmed Ben Bella, leur avait donné le choix de rester ou de partir. Ils se présentent aujourd’hui, endossant le credo du lobby juif international, comme des victimes de spoliations et de persécutions. A telle enseigne que la problématique a pris des allures d’un fonds de commerce intarissable. Surtout en ces temps de célébration de la chute du nazisme.

Curieusement, la Knesset, le parlement israélien, planche actuellement sur une déclaration pour exiger des pays arabes des réparations pour les Juifs d’origine arabe. Un «coup» coordonné pour passer pour une simple demande de réparation pour des atteintes subies durant une période donnée de l’histoire du pays. Période qu’ils situent, aléatoirement, entre 1830 et 1962. Sur les sites pro-israéliens, on considère que la réparation pour les Palestiniens serait une absurdité. Position qui se passe de tout commentaire.

Par ailleurs, contrairement aux pieds-noirs qui ont émis le voeu de revenir, tout au moins pour des visites sur les lieux de leur enfance, les Juifs algériens n’ont jamais réclamé quelque chose de la sorte.

Pis, pour parler de leur histoire, ils ont choisi Jérusalem et l’auspice du congrès mondial juif. Du 27 mars au 03 avril, le congrès a été consacré aux Juifs de Constantine. Avaient, entre autres, participé à cette rencontre, l’historien Benjamin Stora et le chanteur Enrico Macias qui a donné un concert exceptionnel.

Depuis son élection en 1999, le président Bouteflika a prôné une politique d’ouverture et de réconciliation qui a abouti récemment à la visite des pieds-noirs, alors que l’invitation d’Enrico Macias avait soulevé un tollé dans la classe politique. D’aucuns ont compris que cette réaction de rejet est motivée par les prises de position pro-israélienne du chanteur qui avait même participé à une marche anti-palestinienne organisée par des groupes radicaux pro-israéliens à Paris. Une position qui est à contresens de ses principes déclarés de pacifiste et de partisan d’un règlement de la question palestinienne.

Ce qui n’a pas été le cas des pieds-noirs qui ont eu droit à un accueil chaleureux. La preuve est que d’autres visites continuent d’être organisées dans d’autres villes du pays. Il faut également retenir que la littérature des Juifs d’origine algérienne n’a jamais fait référence à un retour au pays et développe au contraire une haine «féroce» à l’endroit de l’Algérie. Il s’agit évidemment de groupes radicaux dont les voix dominent dans les médias et les associations.

Djilali B.