Confirmation des peines requises contre le général Aussaresses et ses éditeurs

Confirmation des peines requises contre le général Aussaresses et ses éditeurs

Le Monde, 23 février 2003

Le général Paul Aussaresses n’a décidément pas de regrets. Le parquet, qui avait ouvert les poursuites contre lui, non plus. Le procès en appel de l’ancien officier revendiquant les tortures et les exécutions sommaires qu’il a commises pendant la guerre d’Algérie et de ses éditeurs s’est conclu, vendredi 21 février, par les réquisitions de l’avocat général en faveur d’une confirmation des peines infligées en première instance.
Le 25 janvier 2002, la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris avait reconnu l’auteur du livre Services spéciaux, Algérie, 1955-1957 coupable de « complicité d’apologie de crimes de guerre » et lui avait infligé 7 500 euros d’amende. Considérés comme les auteurs principaux du délit, ses deux éditeurs, Xavier de Bartillat, directeur de Perrin, et Olivier Orban, PDG de Plon, avaient été condamnés à 15 000 euros d’amende chacun. Vendredi, l’avocat général, Marie-Jeanne Vieillard, a demandé à la 11e chambre de la cour d’appel de Paris de confirmer ces condamnations.

Selon elle, le livre du général Aussaresses est un récit au ton « froid, détaché, volontairement dépourvu d’appréciation morale », qui présente les exactions de l’ancien officier comme « nécessaires et efficaces ». Mme Vieillard a déploré un « effort de banalisation des faits », justifiés au nom de « l’accomplissement du devoir militaire, d’un patriotisme sans faille ». Reprenant l’argument développé la veille par les parties civiles, l’avocat général a reproché aux éditeurs leur manque de prudence dans la présentation du livre. « Rien ne les empêchait de ne pas publier le texte en l’état ou de se distancier de cet écrit, a-t-elle estimé en s’interrogeant sur les effets de l’ouvrage chez les lecteurs les plus jeunes. Pour un public pas toujours averti, les actes commis par le général Aussaresses peuvent finalement paraître justifiés. »

« UTILE ET NÉCESSAIRE »

Me Gilbert Collard, l’avocat du général, a dénoncé, lui, la tentation de faire le procès de la guerre d’Algérie au détriment de son client.  » Par le truchement du livre, on veut enfin une décision de justice qui dit que l’armée française a commis des crimes de guerre en Algérie, a estimé Me Collard. C’est le procès fait à l’état d’esprit d’un homme qui a dû accomplir une besogne horrible avec le sentiment démodé aujourd’hui de défendre la France. »

Me Jean-Didier Belot, avocat des éditeurs, a repris l’argument à son compte. »Vous n’êtes pas chargés de dire l’histoire, ce n’est pas le procès de la guerre d’Algérie », a-t-il lancé à la cour, estimant que le jugement du tribunal correctionnel avait été sans doute rendu par « des magistrats horrifiés par le livre ». Intervenant lui aussi pour la défense des éditeurs, Me Paul Lombard a estimé que ces derniers n’avaient fait que publier un ouvrage « utile et nécessaire », dans le sens d’une prise de conscience. « On vous demande une sorte de censure sur un livre qui a brisé un tabou et qui a permis à la France de regarder une face cachée de son histoire », a déploré l’avocat. La cour d’appel rendra son arrêt le 25 avril.

Frédéric Chambon