Conférence de Gilbert Meynier

En raison de la grève des professeurs et du personnel de l’IEP(Université
Lumiere Lyon 2), la conférence(Le poids du passé sur l’Algérie
d’aujourd’hui) du 22 mai ne peut avoir lieu dans les locaux de l’IEP.
En effet, les locaux seront totalement fermés le 22 et 23 mai.
Nous vous présentons nos excuses pour cette annulation.
Nous vous tiendrons informés de la prochaine date

Gilbert Meynier

Le poids du passé dans l’algérie d’aujourd’hui

Conférence sur la crise algérienne

le 22 mai 2003 à 17h

à l’Université Lumiére Lyon 2


16, quai Claude-Bernard 69907

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Gilbert Meynier

Histoire intérieure du FLN

LE MONDE – Lundi 2 décembre 2002

Préfaçant l’Histoire intérieure du FLN de Gilbert Meynier, Mohammed Harbi écrit que ce livre, « anatomie du FLN, acteur mais aussi produit travaillé dans ses profondeurs par un idéal communautaire », fera date. Il dit là l’essentiel.

Issu d’un parti politique, le « Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques » de Messali Hadj, le FLN (Front de libération nationale) pratiqua le « meurtre du père », au sens symbolique du terme, même s’il ne put l’accomplir sur la personne de Messali comme l’ordre en avait été donné.

L’énorme livre de Meynier se lit avec passion, d’abord par ceux qui ont vécu ces années 1954-1962 et réfléchi à leur propos, et qui se soucient de l’Algérie actuelle, mais aussi – il faut l’espérer – par tous ceux qui aiment le travail animé par la passion de la vérité et de l’explication.

Meynier est un homme qui avait 20 ans lors de l’indépendance. Il trouvait le combat des Algériens justifié, mais il a voulu s’informer sur place. Il a appris la langue, classique et populaire, a enseigné à Constantine et visité de nombreux pays arabes, enfin a consacré sa thèse à l’Algérie pendant la Grande Guerre (L’Algérie révélée, Droz, 1981). Pour écrire sa somme, il a disposé non des archives directes du FLN, qui lui ont été refusées, mais des richesses accumulées par Harbi, et des énormes dossiers du service historique de l’armée de terre, à Vincennes. Le FLN était très écrivassier, en arabe et en français, et l’armée française a beaucoup saisi, beaucoup recueilli, y compris sur ses propres crimes.

A lire Meynier, le FLN a été à la fois un instrument de libération, face à une société coloniale extrêmement tyrannique, et une structure d’oppression, un contre-Etat, au sens où le Parti communiste était, selon la formule d’Annie Kriegel, une contre-société. Le FLN n’était pas l’Algérie tout entière ; ses fondateurs étaient des petits notables ruraux qui considéraient qu’ils avaient vocation à représenter seuls l’Algérie nationaliste et communautaire.

Une société militaire

Autre trait marquant, l’Algérie n’a jamais été française. Sauf sans doute en Oranie, l’Algérie ne fut pas une société où l’élément européen aurait fusionné avec l’élément « arabe » ou « berbère ». La « nation en formation »,dont parlait Thorez en 1939, était une pure illusion. La nation se forgeait contre la société qui l’opprimait. Certes, au sein même du FLN, a existé le rêve d’une Algérie plurielle. C’est pour cela que s’est battu un homme comme Harbi, pour cette idée que sont morts des hommes comme Maurice Audin, Fernand Iveton ou Pierre Popie. Mais, dans ses profondeurs, le FLN se voulait arabo-musulman. Une façon codée de dire que tel ou tel s’était rallié était d’affirmer qu’il « faisait maintenant ses prières ».

Ce contre-Etat était aussi une société militaire. Il en a existé d’autres dans le tiers-monde, à commencer par l’Egypte de Nasser. L’Algérie a été longtemps administrée par l’armée française, qui a utilisé nombre de sous-officiers, devenus plus tard des dirigeants de l’armée et du pays.

S’il y avait des bourgeois algériens, il n’y avait pas de bourgeoisie, puisque les Européens en tenaient lieu. Les cadres du FLN ont été l’embryon d’une caste bureaucratique. L’année cruciale dans ce domaine est sans aucun doute 1957, et pas seulement à cause de la répression d’Alger qui vit l’armée française prendre le contrôle de la ville et peu à peu de tout le pays. Août 1957, c’est le mois du Congrès de la Soummam. Ramdane Abbane y fait affirmer, déclenchant la fureur de Ben Bella, la primauté du politique sur le militaire, et plaide lui aussi, à sa façon jacobine, pour une Algérie plurielle. Mais il ne remporte qu’une victoire à la Pyrrhus ; exilé à son tour, il est irrémédiablement battu par le trio des colonels de l’extérieur, Belkacem Krim, Lakhdar Ben Tobbal et Abdelhafid Boussouf, lequel l’étranglera en décembre à Tétouan, en digne pendant du commandant Aussaresses.

Si le printemps 1957 a vu le sommet de la puissance militaire de l’ALN (Armée de libération nationale), la situation commence à se retourner à la fin de l’année et plus encore en 1958-1959, avec les offensives Challe qui brisent l’armée de l’intérieur. Ce ne fut pas sans d’insignes brutalités ; il est cependant juste de dire que l’ALN pratiqua aussi le crime de guerre, le massacre et l’épuration sauvage. Le massacre de Mechta Casbah (Melouza) est resté célèbre, mais que dire des purges d’Amirouche en 1958, suscitées par les services secrets français ? Que dire aussi de la « nuit rouge » du 13 avril 1956, à Ifraten, qui fit des centaines de victimes ?

Gilbert Meynier n’a adopté la chronologie que pour la première partie (1830-1954), et pour la septième et dernière, qui raconte l’implosion du FLN en 1962, après la victoire politique et sous les coups de boutoir de l’armée de l’extérieur. « Sept ans, c’est assez ! », criait le peuple d’Alger, en vain. Pour le reste, l’essai adopte une composition annulaire, prenant en charge l’ensemble de la période.

Ce livre, admirable, servira longtemps de référence.

Pierre Vidal-Naquet

Histoire intérieure du FLN, de Gilbert Meynier. Fayard, 812 p., 32 €.