Jacques Charby, comédien

Jacques Charby, comédien

Le Monde, 7 janvier 2006

Le comédien Jacques Charby, qui fut un des principaux acteurs du « Réseau Jeanson » d’aide au FLN, est mort dimanche 1er janvier. Il était âgé de 76 ans.

En 1942, « le petit juif de 13 ans », selon l’expression affectueuse de son ami André Thorent, échappe à la déportation vers les camps de la mort après avoir vécu le suicide de sa mère, une résistante qui ne voulait pas se laisser arrêter. Avec son frère et son père, typographe anarcho-syndicaliste, compagnon d’Alfred Rosmer et Pierre Monatte, fondateur de la « Révolution prolétarienne », il passe clandestinement la ligne de démarcation pour se rendre à Toulouse. Il fait connaissance avec les métiers de la survie : éclusier, vendeur de lacets à la sauvette, etc.

La fréquentation irrégulière de l’école ne l’empêche pas d’être reçu au Conservatoire à 16 ans. Il entre dans la troupe du Grenier de Toulouse où il reste dix ans avec Daniel Sorano, Jacques Duby, Jean-Marie Rivière et André Thorent, interprétant tour à tour Shakespeare, Molière, Plaute, Giraudoux, Cocteau et Marivaux.

En 1954, Jacques Charby regagne Paris et crée le rôle principal de J’ai 17 ans et aussi Les Oiseaux de Lune de Marcel Aymé, au Théâtre de l’Atelier. Homme de droite, l’homme de lettres lui en saura gré en lui écrivant plus tard Algériennement Vôtre. Figure appréciée du cabaret parisien dans les années fastes, il est partout, au College Inn, aux Trois Baudets, Chez Gilles, à la Tête de l’Art, à la Galerie 55. Il écrit et joue avec succès une longue revue chez Agnès Capri et entame un brillant parcours à la télévision.

La guerre d’Algérie interrompt une carrière prometteuse. Jacques Charby estime qu’il revient aux citoyens de défendre les valeurs de liberté et d’égalité dont l’Etat se réclame tout en les déniant aux Algériens. Il s’engage dans le réseau Jeanson et y entraîne dans son sillage comédiens et artistes. Arrêté en 1960 et incarcéré à Fresnes, il simule la folie. Transféré dans un asile psychiatrique, il s’en évade.

Commence alors son exil, en Tunisie d’abord, en Algérie ensuite, d’où son père est originaire. Il s’investit dans la mise sur pied de Maisons d’enfants pour orphelins de guerre et en adopte deux. Il n’abandonne pas pour autant son métier, écrit et réalise un beau film, Une si jeune paix, primé au Festival de Moscou. Amnistié en 1966, il revient à Paris, interprète des rôles dans des pièces de Boris Vian comme Le Goûter des généraux ou d’Alain Decaux comme Les Rosenberg.

Trop tard pour une carrière dans le théâtre, « l’autodidacte forcené (qui) a tout lu et rattrapé le temps perdu de la Culture », selon André Thorent, s’est ouvert à d’autres horizons. Lauréat du prix Italia pour son adaptation télévisée, avec André Thorent, de Josse, de Marcel Aymé, Jacques Charby écrit pour la radio, pour France-Culture. Il est également l’auteur de plusieurs livres sur l’Algérie : L’Algérie en prison (1961), Les Enfants d’Algérie (1962), puis Les Porteurs d’espoir en 2004. Dernier acte dans la vie publique : une polémique l’opposa à Henri Alleg sur le rôle du PCF dans la guerre d’Algérie.
Mohammed Harbi