50e anniversaire de l’assassinat de Larbi Tébessi

50e anniversaire de l’assassinat de Larbi Tébessi

L’hommage appuyé de Mehri, Chibane et Abdelhafid Amokrane

Par : Hafida Ameyar, Liberté, 10 avril 2007

Quelle relation entretenait le cheikh Larbi Tébessi avec le mouvement national et quelle vision avait-il de l’Algérie vivant sous le joug colonial ? Sa fille Zineb, ses compagnons et ses amis, ainsi qu’un représentant du ministère des Moudjahidine, ont tenté hier de répondre à ces deux principales questions.

Lors de la rencontre organisée à l’hôtel Riadh, à Sidi-Fredj, pour commémorer le 50e anniversaire de l’assassinat de l’imam de Tébessa, chacun des intervenants a apporté son témoignage sur l’ex-président de l’Organisation des oulémas, enlevé le 9 avril 1957 puis exécuté “dans des conditions obscures”. Dans son intervention, Brahim Abbès, directeur central au ministère des Moudjahidine, a mis en exergue “la personnalité sociale” de M. Tébessi et son implication dans le mouvement réformiste, contre le sous-développement et la colonisation française. Il a en outre fait part de “l’admiration” qu’avait Abdelhamid Ben Badis, ancien président de l’Organisation des oulémas, pour ce “grand homme”, qui deviendra membre de la direction. Les discours de Abderrahmane Chibane et Brahim Mezhoudi, respectivement président actuel de l’Association des oulémas et ex-combattant de la guerre de Libération nationale, ont complété le tableau, rappelant le rôle joué par l’imam Tébessi dans “ce siècle qui exigeait union et consensus”. Abdelhafid Amokrane, ancien ministre des Affaires religieuses et ex-capitaine de la Wilaya III a, de son côté, révélé l’ouverture d’esprit qui caractérisait Larbi Tébessi, en sa qualité de “président des fetwas” et dont la réflexion reposait sur la conciliation entre les préceptes de l’Islam et la réalité du terrain et du siècle. Quant à sa fille Zineb, elle a notamment parlé du regard de l’homme de foi sur la condition de la femme. Engagé dans l’éducation des jeunes, le cheikh Tébessi s’opposait à la discrimination entre les sexes puisqu’il considérait qu’un enseignement sans les filles “amputait le rôle sacré de l’éducation”. D’où son opposition à l’enseignement dispensé aux filles par le colonisateur, qui se limitait à la formation professionnelle, voire même à “la broderie”. Dans l’après-midi, Abdelhamid Mehri, ex-membre du comité central du Parti populaire algérien (PPA), a apporté de nouveaux éclairages sur la personnalité de l’ancien étudiant de l’université d’El-Zaïtouna, qui avait dirigé le centre Abdelhamid-Ben-Badis à partir de 1947, à Constantine, à l’âge de 56 ans. M. Mehri a axé son intervention sur la nature des rapports entre le PPA et l’Organisation des oulémas et leur évolution pendant la période de Larbi Tébessi. Selon lui, l’imam était pour “l’union” des rangs, dès 1952, et avait “une vision lointaine sur la société”. Pour l’ex-responsable du PPA, le cheikh Tébessi, partisan du mouvement réformiste, “comparaissait l’Algérie à l’Afrique du Sud et estimait qu’un système qui consacrait la discrimination ne méritait pas qu’on y vive en son sein”. Abdelhamid Mehri a également rappelé que M. Tébessi défendait à l’époque “une union qui efface les différences de races, de couleurs et de langues”, “une union entre Algériens, qui ne fait pas la différence entre musulmans et Européens” et qui œuvrait pour “l’égalité des droits des citoyens comme ceux des citoyens de la métropole”. Ces idées, développées en 1952, “sont à mettre dans le contexte politique et historique” de l’époque, a prévenu l’ancien secrétaire général du parti FLN. Non sans insister sur “l’ouverture d’esprit et les positions politiques tranchées” du cheikh Larbi Tébessi. Ce qui l’amènera à avertir sur “le retour de la colonisation” en ce début de IIIe siècle, dans “le monde musulman”, en amputant la responsabilité à l’administration américaine.
“L’Algérie de la Révolution, de part sa politique extérieure et ses positions, devrait se mettre de l’autre côté, c’est-à-dire du côté des militants comme Larbi Tébessi”, a déclaré M. Mehri, faisant allusion en particulier au soutien à apporter à la résistance irakienne.

H. Ameyar