Des associations françaises exigent la reconnaissance d’un «crime d’Etat»

Massacre du 17 octobre 1961

Des associations françaises exigent la reconnaissance d’un «crime d’Etat»

El Watan, 13 octobre 2016

Le Collectif du 17 Octobre 1961 réclame la reconnaissance de l’Etat français dans les guerres coloniales qu’elle a menées. Ce collectif d’associations françaises exige, à l’occasion du 55e anniversaire du massacre, «vérité et justice».

Pour les rédacteurs, il est temps que le président de la République, au nom de la France, confirme, par un geste symbolique, la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’Etat. «55 ans après, la vérité est en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées — en particulier la Guerre d’Algérie —, ni dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’Etat que constitue le 17 Octobre 1961», signalent les signataires de l’appel.

Dans l’appel repris par le site en ligne Mediapart, les rédacteurs rappellent que le 17 octobre 2012, le président français a, certes, fait un premier pas important, en déclarant : «Le 17 Octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits.

Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes.» Mais, précisent-ils, le terme de crime n’est pas repris, et la responsabilité, sous-entendue, n’est pas clairement définie. «Nous demandons une parole claire aux autorités de la République, au moment où certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des ‘‘bienfaits de la colonisation’’, à célébrer le putsch des généraux à Alger contre la République, à ‘‘honorer’’ les criminels de l’OAS», soutiennent les signataires.

Des «mesures significatives» sont exigées des autorités françaises, à l’instar de la création d’un lieu de mémoire dédié à cet événement, demandée dans la résolution votée par le Sénat en octobre 2012. «Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la Guerre d’Algérie, à savoir le racisme, l’islamophobie dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières», estiment les signataires. Un rassemblement est prévu lundi 17 octobre 2016 à 18h au pont Saint-Michel, à Paris.

Henri Pouillot interpelle Hollande

Le militant antiraciste, anticolonialiste Henri Pouillot a interpellé le président français, François Hollande, sur les massacres du 17 octobre 1961, lui rappelant son engagement de campagne de reconnaître ce «crime d’Etat».

Dans une lettre ouverte à François Hollande, publiée sur son blog et reprise par l’APS, le militant anticolonialiste a rappelé au chef de l’Etat que le 15 octobre 2011, en sa qualité de candidat à la présidence de la République, il avait signé la pétition initiée par le Collectif du 17 octobre 1961 demandant au président de la République de «reconnaître et de condamner ce crime d’Etat commis par la France le 17 octobre 1961».

Réagissant au discours prononcé le 25 septembre dernier par François Hollande sur les harkis, le militant anticolonialiste reproche au chef de l’Etat français d’avoir oublié, dans sa position «laconique» vis-à-vis des massacres du 17 octobre 1961, d’évoquer qui est responsable de «ces faits».

«Ils ne sont pas reconnus comme un crime d’Etat, comme vous vous étiez engagé un an plus tôt à le faire», signale Pouillot. Pouillot reste toutefois sceptique : «Je suppose que cette lettre, comme les précédentes que je vous ai adressées, restera sans réponse.» N. Iddir

Nadir Iddir