La Seine se souvient du massacre

40e anniversaire du 17 Octobre 1961

La Seine se souvient du massacre

R. N., Quotidien d’Oran, 16 octobre 2001

Le quarantième anniversaire de la manifestation pacifique du 17 Octobre 1961 à Paris, contre le couvre-feu imposé aux Algériens et pour l’indépendance nationale, sera célébré, demain, dans une ambiance particulière marquée par les remous provoqués par le match France-Algérie. En cette journée, des dizaines d’Algériens, selon des historiens français et près de 300 selon les Algériens, furent jetés dans la Seine, roués de coups dans le métro et les autobus parisiens, tués par balles par la police. En effet, d’année en année, le silence observé sciemment autour d’un point noir de l’histoire de la France coloniale est brisé. Des écrits et des témoignages nouveaux viennent renforcer la conviction que la guerre d’Algérie, loin d’être une simple opération de maintien de l’ordre, était une guerre affreuse où des moyens horribles étaient systématiquement utilisés avec l’aval des plus hautes autorités de la IVe république.

Des écrits et des témoignages qui viennent rétrécir les nombreuses zones d’ombre d’une guerre, qui n’a pas tout révélé de son caractère inhumain. Face à cette obstination de la réalité et de la vérité à éclater, les officiels français, sous la pression de leur opinion publique, commencent à avoir un autre regard sur ce passé peu honorable. Ainsi, à cette occasion, une cérémonie officielle est prévue demain dans la capitale française au cours de laquelle Bertrand Delanoe, le maire de Paris, apposera, en présence de plusieurs élus et d’officiels de la ville, une plaque commémorative sur le pont Saint Michel, en mémoire des centaines d’Algériens, victimes de la répression ordonnée par Maurice Papon, le préfet de police de l’époque. «Ce travail de mémoire est aussi une façon de tourner la page et de préparer sereinement l’avenir», a déclaré Denaloe, ajoutant que «les blessures les plus longues à se refermer sont celles qu’on refuse d’examiner en tant que telles». L’association «17 Octobre 1961 contre l’oubli’ et le collectif unitaire «Octobre 61-Octobre 2001», qui regroupe plusieurs partis politiques de gauche et d’associations, qui militent pour la reconnaissance historique de cette journée, organisent des projections de films, pour certains inédits, ainsi que des concerts et des expositions de photographies. Pour l’association «17 Octobre contre l’oubli», des «historiens opiniâtres ont pu établir de façon indiscutable l’incroyable violence» de la répression de la police française qui a fait, selon Jean-Luc Einaudi, auteur de «La bataille de Paris», près de trois cents morts parmi les manifestants, certains jetés dans la Seine. Pour les associations qui se battent contre l’oubli, quarante ans après, «il n’est plus acceptable que se poursuive le silence. Même s’il n’existe que très peu d’images de ce drame – celles qui ont pu être prises ont, pour beaucoup, été cachées ou détruites -, de nombreuses traces restent dans la chair et la mémoire de ceux qui l’ont vécu», soulignent les animateurs de l’association, qui entend donner un coup de projecteur sur une «réalité confisquée». Une manifestation est également prévue, mercredi en fin de journée, à proximité du cinéma Rex, où furent détenus plusieurs manifestants. Selon le MRAP (Mouvement français contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), elle n’est pour le moment «ni autorisée ni interdite» par la préfecture de police de Paris. Le forum des images de Paris proposera la projection de pas moins de 11 films et courts métrages consacrés au 17 Octobre 1961 et notamment le «Silence du fleuve» d’Agnes Denis et Mehdi Lallaoui, «Vivre au paradis» de Boualem Guerdjou, «Une journée portée disparue», de Philipp Brooks et Alan Hayling, un document exemplaire élaboré sur la base d’archives et de récits de témoins filmés sur les lieux du drame. A l’initiative de l’association «Contre l’oubli», un ouvrage collectif vient d’être publié à Paris et reprend les témoignages et les documents sur la journée du 17 Octobre. Par ailleurs, les ouvrages «La bataille de Paris» de Jean Luc Einaudi et «Ratonnades à Paris-Les harkis à Paris» de Paulette Peju, seront réédités pour l’occasion.

Enfin, un appel est lancé pour «la reconnaissance officielle de ce crime contre l’humanité, le libre accès aux archives pouvant aider à écrire l’histoire de cette guerre coloniale et, en particulier, de cette journée du 17 Octobre 1961, l’introduction et l’étude de ces évènements dans les programmes et les manuels scolaires, la création d’un lieu du souvenir à la mémoire des victimes».

R. N.

 

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