Torture pendant la guerre de libération: Naissance d’un comité

TORTURE PENDANT LA GUERRE DE LIBERATION

Naissance d’un comité

K.Azzoun, Le Quotidien d’Oran, 21 janvier 2001
Son objectif est de prendre en charge le dossier sur lequel le gouvernement reste muet.
Les témoignages de Louisette Ighilahriz, une femme torturée durant la guerre de libération par les hommes de Bigeard et Salan, ont brisé la chape du silence sur un dossier tabou. La question agite désormais la classe politique française qui ne peut se dérober au devoir de mémoire vis-à-vis des victimes. Paradoxalement, dans notre pays c’est le silence radio de la part des officiels qui ne voudraient certainement pas « encombrer » les relations algéro-françaises au moment où celles-ci sont au stade de réchauffement. C’est précisément ce silence qui est à l’origine de l’initiative prise par Fawzi Rebaïne et ses amis qui ont décidé de mettre sur pied un « comité contre la torture et les disparus durant la guerre de libération nationale ». L’annonce en a été faite hier à la maison de la presse Tahar Djaout où les membres du dit comité, parmi lesquels il y a des anciens moudjahidine, ont animé une conférence de presse dans laquelle ils ont expliqué les raisons de leur démarche. Le porte-parole du comité, connu pour son langage qui ne fait pas dans la dentelle, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère à l’égard du chef du gouvernement et même du président de la République dont il dit ne pas « comprendre le silence » face aux flots de déclarations des responsables français. Pour lui, la realpolitik dictée par les relations bilatérales ne doit en aucun cas se faire au détriment du devoir de vérité vis-à-vis des victimes de la torture. « Le gouvernement algérien doit faire connaître sa position », dit M. Rebaïne qui ajoute que le dossier doit être pris en charge par des instances officielles et non par un comité ou une association. Revenant à la charge sur le silence gêné du président de la République, il affirme qu’on « ne peut pas biaiser l’histoire au nom de la raison d’Etat, il s’agit d’une mémoire collective qu’il faut rafraîchir ». Mieux vaut tard que jamais, le porte-parole du comité contre la torture se dit néanmoins heureux d’avoir à s’occuper avec ses amis d’une telle « mission de salubrité publique ». Tout comme il se félicite aussi de la création d’un comité similaire en France. « Notre souhait est de pouvoir rencontrer ses membres pour que nous puissions voir dans quelle mesure on pourra coordonner nos actions pour faire la lumière sur la torture pratiquée par l’armée coloniale ».

La tâche est loin d’être aisée, d’autant que du côté de l’Hexagone le dossier demeure encore tabou, en dehors des cercles intellectuels. A ce sujet, M. Rebaïne rend hommage au groupe d’intellectuels français qui ont lancé un appel dans la presse invitant le pouvoir politique français à rompre le silence. Tout en reconnaissant la difficulté de la démarche, il n’exclut pas, le cas échéant, le recours à « la Cour internationale de La Haye pour mener nos investigations ». La population est par ailleurs conviée à se joindre au comité, « comme l’ont fait les Chiliens à l’égard du dictateur Pinochet ».

Sur la finalité de la démarche, M. Rebaïne lève une ambiguïté en expliquant qu’il ne s’agit nullement de demander à la France une réparation financière mais seulement la vérité sur la torture. Au sujet de la torture dont se seraient rendus responsables des responsables de l’ALN, le conférencier estime qu’il s’agit là « d’un autre débat ».

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