Au premier jour de son procès, P. Aussaresses affirme que F. Mitterrand était informé de la torture

Au premier jour de son procès, P. Aussaresses affirme que F. Mitterrand était informé de la torture

Le Monde, 27 novembre 2001

Le général, qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour « complicité d’apologie de crimes de guerre », a affirmé qu’en 1957, le garde des sceaux, François Mitterrand, était quotidiennement informé de la pratique de la torture en Algérie.
Droit à la barre, vêtu d’un costume sombre, son œil gauche couvert par un pansement, le général Paul Aussaresses, qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour « complicité d’apologie de crimes de guerre », commis pendant la guerre d ‘Algérie, tient fermement son micro. Un peu sourd, le militaire, âgé de 83 ans, demande souvent à la présidente du tribunal, Catherine Bezo, de répéter ses questions.

Au permier jour de son procès, lundi 26 novembre, il a affirmé qu’en 1957, François Mitterrand, alors ministre de la justice, était informé quotidiennement de la torture et des exécutions sommaires à Alger. « Jean Bérard, un magistrat affecté au côté du général Massu, était un ami proche de François Mitterrand, il communiquait avec lui par téléphone tous les jours », a-t-il dit.

MASSU EXCUSÉ

Le juge Bérard savait que les suspects indépendantistes étaient torturés et exécutés sommairement, a indiqué le général, par lui-même, alors officier de renseignement, et ses hommes, placés sous les ordres du général Jacques Massu. Le juge – aujourd’hui décédé – couvrait ces comportements et transmettait directement ces informations au garde des sceaux. François Mitterrand avait consenti avec le reste du gouvernement de l’époque à octroyer des pouvoirs spéciaux de police et de justice à l’armée.
Jacques Massu, cité comme témoin par la défense de Paul Aussaresses, a fait savoir qu’il ne viendrait pas pour raisons de santé.

Le général a confirmé à l’audience les récits faits dans son livre, Services spéciaux, Algérie 1955-1957, dont la publication, en mai, lui a valu une mise à la retraite d’office, sur demande du président Jacques Chirac. Il est revenu en particulier sur l’exécution sommaire, en 1957, du dirigeant indépendantiste Larbi Ben M’Hidi, maquillée en suicide. Il a même raconté qu’il consignait chaque jour tous ces faits dans un cahier. Trois copies étaient fournies aux autorités, dont l’une au ministre-résident à Alger, Robert Lacoste.

DEMANDE DE L’ÉDITEUR

Il a une nouvelle fois justifié la torture par l’état de « nécessité » créé, à ses yeux, par la vague d’attentats du FLN lancée à Alger en 1957. « Ça ne m’amusait pas, tout ça, je n’ai pris aucun plaisir à le faire », a-t-il dit à la barre.

Le général a également révélé que son livre autobiographique avait été centré sur la guerre d’Algérie à la demande de l’éditeur, alors qu’à l’origine il s’agissait d’un livre de Mémoires, couvrant une période bien plus large. Ce « recentrage » du manuscrit a été décidé peu après un entretien au Monde, où l’officier évoquait la torture en Algérie, ce qui avait provoqué un vif débat public.

Le procès doit durer trois jours. Trois associations de défense des droits de l’homme ont annoncé leur intention de se constituer parties civiles. Paul Aussaresses risque en théorie une peine maximale de cinq ans de prison et 300 000 francs d’amende.

Avec AFP et Reuters

 

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