Refus d’informer requis dans l’affaire Audin

Refus d’informer requis dans l’affaire Audin

11 juillet 2002

PARIS (Reuters) – Le parquet de Paris a requis un « refus d’informer » pour des motifs juridiques après la plainte de l’épouse de Maurice Audin, un enseignant communiste disparu en juin 1957 à Alger après avoir été arrêté par l’armée française, a-t-on appris de source judiciaire.

Le procureur juge impossible de relancer une enquête en raison de l’amnistie du 31 juillet 1968 sur les crimes de la guerre d’Algérie. Il juge aussi les faits prescrits et estime qu’un non-lieu rendu en avril 1962 par un juge de Rennes dans une première enquête revêt « l’autorité de la chose jugée ».

Le juge d’instruction Jean-Paul Valat prendra avant la fin juillet la décision définitive sur l’ouverture éventuelle d’une enquête. Josette Audin, épouse du disparu, a porté plainte en mai 2001 pour « séquestration et crimes contre l’humanité ».

La disparition de ce mathématicien, qui fit à l’époque scandale, est considérée comme emblématique des crimes prêtés à l’armée française durant la guerre d’indépendance algérienne

(1954-1962).

Maurice Audin, 25 ans, a été arrêté par des parachutistes et torturé, selon plusieurs témoins comme le journaliste Henri Alleg. Il aurait ensuite été exécuté sommairement le 20 ou le 21 juin 1957 mais l’armée a toujours affirmé qu’il s’était évadé.

Après la publication du livre du général Paul Aussaresses qui évoquait le cas Audin sans reconnaître le crime, Josette Audin a fait valoir dans sa plainte de 2001 plusieurs témoignages nouveaux. Le fils du lieutenant parachutiste Paul Charbonnier, qui a interrogé Audin, a notamment expliqué que selon son père aujourd’hui décédé l’enseignant aurait bien été assassiné.

Le parquet de Paris n’a pas entendu ces témoins mais a en revanche retrouvé au ministère de la Justice certaines pièces du dossier instruit à Rennes et dont l’original a été détruit dans un incendie en 1994.