Une «anatomie du FLN», un travail qui fera date

Une «anatomie du FLN», un travail qui fera date

Le Jeune Indépendant, 4 décembre 2002

C’est un livre qui «fera date dans la connaissance et la compréhension du FLN». Mohamed Harbi, dont les travaux ont inspiré et nourri les réflexions de Gilbert Meynier, ne doute pas un instant de l’importance du travail du professeur d’histoire de Nancy. Invité par ce dernier à rédiger la préface, Harbi décèle, au fil des pages d’Histoire intérieure du FLN, la trame d’un travail singulier, à l’approche tout à fait nouvelle. «A partir d’une problématique originale qui ne fait l’impasse ni sur l’histoire év
énementielle ni sur l’analyse des structures», Meynier, note l’auteur de FLN, mirage et réalité, propose aux lecteurs une «anatomie du FLN». Un mouvement comme «acteur mais aussi produit d’une société musulmane, travaillée dans ses profondeurs par un idéal communautaire».

Le premier des mérites de Meynier auquel Harbi a ouvert ses archives personnelles est de s’être attelé, à toutes les étapes de sa recherche, à comprendre la nature du mouvement, d’en expliciter les fondements idéologiques, les structures. «En étudiant, en historien, l’évolution du FLN, Meynier a pu, sans céder à l’illusion rétrospective, en déceler la matrice dans le fonctionnement interne et dans ses rapports avec la société».

Les enseignements tirés au fur et à mesure de l’enquête ont été nombreux. A commencer par une question qui, récurrente, apparaît en filigrane dans nombre des chapitres.

«Derrière une rhétorique de rupture et l’invocation rituelle des mythes émancipateurs, écrit le préfacier, on asiste à la genèse de formes politiques contraignantes dont ne saurait rendre compte l’opposition entre modernité et tradition». La résistance au colonialisme, si elle a débouché sur l’indépendance, n’en a pas moins «abouti à l’instauration d’un régime autoritaire». A travers son analyse et grâce à sa «sensibilité historienne» et à sa connaissance de l’Algérie et des algériens, Meynier était bien
outillé pour observer les courants idéologiques et les stratifications sociales qui marquent une société «occultée par l’autoritarisme». Dans le décor que l’historien plante dans les 812 pages de son ouvrage, résume Harbi, «il y a en vrac une Algérie libérale, une Algérie socialiste, une Algérie libertaire et une Algérie islamique, et cette diversité est prometteuse à ses yeux de futures innovations politiques». Avant de terminer sa préface, Harbi ne peut s’empêcher de faire une remarque de forme qui n’en
traduit pas moins un problème de fond dans la prise en charge de l’histoire du mouvement national. Meynier «aurait souhaité consulter les archives algériennes pour mieux évaluer une histoire prisonnière du dogme de la lutte armée et rendre justice à la résistance du peuple, mais les autorités algériennes ont refusé d’accéder à sa demande. C’est tout dire».

M. K.