Polémique franco-algérienne à propos du livre  » La Sale Guerre « 

Polémique franco-algérienne
à propos du livre  » La Sale Guerre « 

M. Védrine, ministre des affaires étrangères, devrait se rendre à Alger mardi.

Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde 13 février 2001

Une nouvelle affaire agite les relations franco-algériennes. Il s’agit de la publication, jeudi 8 février, de La Sale Guerre (Editions La Découverte), le livre d’un jeune officier algérien, Habib Souaïdia, qui raconte par le menu ce qu’il a vu entre 1992 et 1995 :  » la torture, les exécutions sommaires, les manipulations, les assassinats de civils  » perpétrés par l’armée (voir nos éditions du 9 février). Le même jour, dans un appel lancé dans les colonnes du Monde, des intellectuels français accusaient Paris de se faire le complice du pouvoir algérien.  » Le gouvernement français n’a t-il pas trop longtemps soutenu la politique algériennes qui, sous couvert de lutte antiterroriste, n’est rien d’autre que l’éradication, tant politique que physique, de toute opposition ?  » s’interrogeaient les signataires parmi lesquels le sociologue Pierre Bourdieu et l’historien Pierre Vidal-Naquet, avant de réclamer l’envoi en Algérie d’une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur les massacres de civils.

CAMPAGNE DE PRESSE

Pour les autorités algériennes, la sortie du livre et la mobilisation concomitante des intellectuels n’ont rien de fortuit. Les deux visent à perturber la visite, mardi 13 février à Alger, du ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine. C’est la première fois en effet que le chef de la diplomatie française se rend en Algérie depuis la visite en France du président Boutefllika à à Paris, en juin 2000. Depuis, entre les deux capitales, les relations n’ont pas connu la relance escomptée.

En riposte à la publication de La Sale Guerre, le régime algérien s’efforce de faire pression sur l’auteur, réfugié en France. Des policiers et des membres de l’ancienne sécurité militaire (SM) sont venus samedi et dimanche interroger sa famille et les habitants du quartier où il habite, à Tebessa. Le magasin du frère de l’ancien officier a par ailleurs été dévalisé.

Une campagne de presse se développe également, qui vis à faire de Habib Souaïdia un personnage au passé  » trouble « . Selon le journal L’Expression,  » Habib n’est pas importe qui. (…) Le jour en tenue des forces spéciales, il supervise un barrage militaire (…), mais le soir, Habib devenait un autre homme. En tenue civile, avec quelques complices, il supervisait cette fois des faux barrages et volet des véhicules.  » Le journal précise avoir recueilli des informations auprès d’anciens complices et amis de l’auteur mais sans donner davantage de détails.  » Ils racontent n’importe quoi. Pourquoi ne citent-ils pas de noms ? Pourquoi ne publient-ils pas les témoignages de ceux qui me connaissent ?  » a indiqué Habib Souaïdia, contacté lundi matin par Le Monde.

Tandis qu’en France l’association France-Algérie, présidée par l’ancien ministre RPR Jean Charbonnel, publiait dimanche un communiqué pour s’étonner de  » l’utilisation tapageuse  » du livre fait par la presse française, en Algérie même le journal pro-gouvernemental L’Expression dénonçait une  » partie de l’intelligentsia la française  » assimilée à  » l’internationale socialiste  » qui a  » tout bonnement perdu la raison  » en privilégiant le témoignage d’un officier félon. Les médias français oublient que  » plus d’une centaine de membres des forces de sécurité convaincus d’abus de dépassement se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux  » rappelait de son côté La Nouvelle République.

 

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