Le général Toufik serait partant

PATRON DE LA PUISSANTE DRS DEPUIS 1990

Le général Toufik serait partant

S. Ghazi, El Watan, 23 avril 2001

Le conflit latent qui oppose le président Bouteflika à certains cercles des décideurs (c’est comme cela qu’on les appelle) au niveau de l’institution militaire est un secret de Polichinelle.

Comme l’est d’ailleurs «l’intronisation» de l’ex-ministre des Affaires étrangères sous Boumediène à la plus haute responsabilité du pays, par ces mêmes cercles qui pensaient, au lendemain de la démission de Liamine Zeroual, avoir trouvé l’homme idoine pour diriger l’Algérie… en attendant mieux. Abdelaziz Bouteflika aura beau affirmer que son investiture a été le résultat d’une «élection populaire libre et démocratique», cette thèse n’a pas pour autant échappé au phénomène de la suspicion pour s’installer dans les esprits de l’opinion publique comme une fatalité du système qui cache mal les apparences. En un mot, tout le monde sait que c’est l’Armée qui a ramené Bouteflika au pouvoir, même si ce dernier n’hésite pas à dire le contraire pour conserver intacte sa crédibilité tant sur le plan national qu’international.
Un retour fulgurant donc aux affaires pour un homme frappé d’une disgrâce qui aura duré une vingtaine d’années et sanctionnée par un long exil à l’étranger, mais qui, pour les décideurs, en matière de choix stratégique, s’avéra deux ans après une véritable catastrophe. Bien que restée comme impression réservée de l’institution militaire, mais néanmoins de plus en plus partagée, l’option Bouteflika sous le parrainage de la grande muette a suscité parfois des critiques très acerbes et des débats intenses au sein même de l‘institution où le sujet ne pouvait plus être évité ni occulté. C’est à ce titre qu’à ceux qui ont influé de tout leur poids sur le cours des événements et par là même réussi à imposer le retour de Bouteflika sur la scène politique, il est fait le reproche d’avoir fait fausse route et donc d’assumer, aujourd’hui, d’une certaine manière, leur responsabilité devant l’échec d’une gestion présidentielle par un homme grisé par son ambition personnelle. Parmi les hommes en uniforme qui ont joué un rôle-clé, dans le rappel de Bouteflika, le général-major Mediène, dit «Toufik», est certainement celui qui est le plus cité. «Il a pris une part active et essentielle dans le choix de l’actuel président», dit-on, et dans cette optique, c’est vers lui que sont retournés les reproches de ses pairs, renouvelés à chaque fois que Bouteflika ajoute une mauvaise note dans sa manière très particulière de diriger le pays. On laisse entendre que le mécontentement soulevé par le pouvoir personnel de Bouteflika au sein de l’Armée a même pris les allures de mini-crises parfois, et engendré des climats de tension épisodiques qui donnent ainsi l’occasion de «fulminer» contre le ou les principaux responsables de cette réhabilitation d’un homme avec lequel l’institution militaire a toutes les difficultés à s’adapter. Les griefs qui sont faits au président étant connus, c’est donc sur les erreurs commises quant à la fiabilité de l’option politique qu’on s’est concentré, et là il est évident que le duo Toufik-Lamari aura été soumis à une pression parfois insoutenable. Du moins, c’est ce qui se dit à propos des implications de «l’effet Bouteflika» sur la grande muette, laquelle cependant continue de ne tolérer aucunement à ce dernier de franchir les lignes rouges qu’elle lui a tracées.

 

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