L’accusateur des militaires algériens annonce d’autres témoignages à charge

L’accusateur des militaires algériens annonce d’autres témoignages à charge

Propos recueillis par Antoine Menusier, Le Temps, 23 février 2001

ALGERIE. Habib Souaïdia, l’ex-lieutenant réfugié en France qui a dénoncé les atrocités commises par l’armée, veut poursuivre son combat

Habib Souaïdia, ex-lieutenant de l’armée algérienne réfugié en France après cinq ans passés en prison, est l’auteur du livre* qui dénonce les exactions commises contre des civils par des officiers de l’armée algérienne. Il entend poursuivre son combat pour la vérité. Interview.

Le Temps: Votre témoignage en annonce-t-il d’autres?
Habib Souaïdia: Certainement. Je suis en contact à ce propos avec le MAOL (Mouvement algérien des officiers libres, ndlr), qui a sa base en Espagne. Par ailleurs, d’autres officiers algériens, non affiliés au MAOL, m’ont approché depuis la publication de mon livre.
Ils sont prêts à témoigner à visage découvert, dont un commandant qui réside en France et qui fut proche des généraux au pouvoir. Il a des choses à dire.

– Combien de membres compte le MAOL?
– Je ne peux pas répondre à cette question.

– Dans votre livre, vous citez nommément des officiers dont vous dites qu’ils ont torturé des innocents? Pourquoi donnez-vous leur nom?
– Je les cite parce que je les connais. Ils travaillaient avec moi et je me sens complice de leurs actes, même si je n’ai jamais pratiqué la torture. Mais je n’ai pas pu l’empêcher non plus. C’est insupportable de voir quelqu’un se faire torturer. Les tortionnaires dont je mentionne les noms, des officiers subalternes comme moi, étaient les instruments des généraux. C’est le cas du lieutenant Mouloud Rouani, du 17e régiment d’infanterie mécanisée, arrêté en 1996 et condamné à 15 ans de prison pour avoir abattu cinq innocents après les avoir torturés pendant plusieurs jours. Ses supérieurs n’ont pas été inquiétés. Or, il obéissait aux ordres du général Saïd Elbay, commandant la 1re région militaire, qui couvre Alger et Blida.

– Les officiers dont vous citez les noms sont-ils en danger?
– Oui, ils sont dans la merde, passez-moi l’expression. Le pouvoir s’arrangera pour les faire disparaître, car ils sont désormais des témoins à charge potentiels. Ils ne se gêneront pas pour faire remonter la chaîne des responsabilités jusqu’au sommet. C’est pourquoi il faut faire vite. Je lance un appel aux parlementaires européens afin qu’ils organisent l’envoi d’une commission d’enquête internationale en Algérie, qui se pencherait sur les crimes commis de tous côtés, islamiste et militaire. Il faut dire la vérité. On a assassiné des gens. Des officiers témoigneront si une commission se rend sur place.

– L’armée algérienne n’a-t-elle qu’un visage?
– Les officiers qui en ont marre de la sale guerre sont écartés, mais ils ne peuvent rien dire, sous peine de représailles.

– Vos révélations peuvent-elles aboutir à une purge au sein de la hiérarchie militaire, qui écarterait du pouvoir certains officiers trop impliqués dans la répression?
– C’est possible, mais ce qui m’importe, c’est que les coupables soient jugés par un tribunal international.

* La Sale guerre, Habib Souaïdia, La Découverte, 2001.

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