Alors que son livre est déjà en rupture de stock

Alors que son livre est déjà en rupture de stock

Habib Souaïdia, nouvelle star médiatique

Lahouari K., Le Matin, 14 février 2001

L’ancien officier algérien réfugié à Paris, auteur de La Sale Guerre qui met en cause l’Armée dans les massacres commis en Algérie, est devenu la coqueluche des médias français.

«La Sale Guerre ? On ne l’a plus. Revenez vendredi. » Le livre d’un ancien officier de l’Armée algérienne grimpe dans les hit-parades et les libraires parisiens regrettent déjà de n’en avoir pas suffisamment commandé. Effet d’un formidable battage médiatique autant que d’une curiosité savamment suscitée, la demande d’un livre pas comme les autres (1) ne cesse de grimper, chacun voulant connaître les « révélations » d’un militaire algérien sur les « atrocités » commises par l’armée sur sa propre population. L’émotion est, parallèlement, subtilement entretenue : des intellectuels ont réclamé la constitution d’une mission d’enquête internationale, dans une pétition publiée dans le quotidien Le Monde. Alors, c’est tout naturellement que Habib Souaïdia, 32 ans, ancien officier parachutiste, membre des forces spéciales algériennes, auteur d’un livre très controversé – La Sale Guerre – dans lequel il met en cause les forces armées dans les massacres commis en Algérie, est devenu une cible des télévisions et des journaux français pressés de présenter au public l’homme par qui le scandale arrive. Hier, sur la radio publique, à forte audience, France Inter, Souaïdia faisait sensation en confirmant ligne pour ligne ses accusations et en donnant le nom des dix généraux qui, souligne-t-il, « essayent de se protéger (), qui donnent les ordres () pour se maintenir au pouvoir, pour voler l’argent du peuple ». Le ton monocorde et volontairement désabusé, il déroule son chapelet d’accusations en prenant soin de ne pas se cacher derrière l’exil. « Tout ce qu’on demande, c’est une commission d’enquête internationale et je suis prêt à rentrer en Algérie pour témoigner, pour que la vérité et la justice soient faites », lance-t-il. Avant d’ajouter : « Mais je n’y crois pas trop. Je pense que les services secrets français ou américains savent exactement ce qui se passe. Les Américains exploitent les puits de pétrole à Hassi Messaoud. Ils ont eu ce qu’ils voulaient et maintenant ils se taisent. » Le journaliste le laisse parler. Peu importe la véracité des dires de Souaïdia, seul compte l’impact des accusations.
Dans le quotidien à grand tirage Le Parisien, Habib Souaïdia, dans une interview publiée hier, va plus loin et raconte des scènes d’horreur auxquelles il aurait assisté et participé : un garçon arrosé de kérosène et brûlé vif, des villages rasés, des hommes assassinés froidement L’homme n’économise aucun effet d’annonce et n’hésite pas à émouvoir : « Je me considère complice d’assassinat, et je suis prêt à en répondre devant un tribunal. Je n’ai pas eu le courage de m’opposer à ces atrocités et je ne me le pardonnerai jamais. »
Habib Souaïdia devrait être invité la semaine prochaine sur deux plateaux de télévision, et le directeur de la maison d’édition qui a publié son livre, François Gèze, multiplie les opérations de promotion et de propagande sur un livre qui n’a pas fini de faire des vagues. Et de déteindre sur les relations entre Alger et Paris : on évoque déjà, et officiellement, dans la capitale française la prochaine réunion de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, en avril prochain, où le cas algérien pourrait être soulevé et débattu par les Quinze. Et l’envoyée spéciale du quotidien Le Monde qui accompagnait Hubert Védrine à Alger rapporte cette déclaration d’un « observateur proche du pouvoir » qui estime que « ce ne sont pas tant les révélations dans un livre de tel ou tel officier réfugié en France qui posent problème aux responsables militaires que leur impact possible sur l’opinion publique algérienne (qui) pourrait finir par diriger son mécontentement contre ceux qui détiennent le pouvoir réel ».

(1) La Sale Guerre, par Habib Souaïdia. Editions La Découverte, février 2001

 

 

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