Le conseil des ministres se penche sur les retards dans la lutte contre le terrorisme

Le conseil des ministres se penche
sur les retards dans la lutte contre le terrorisme

Sifaoui el Hadjadj, 5 mars 2001

la lutte contre le terrorisme a pris beaucoup de retard sur les délais prévus. Commencée en 1992, elle devait s’achever au bout de deux ans. Depuis, de rallonge en rallonge, l’opération est entrée dans sa dixième année sans avoir pu être bouclée, malgré un bilan loin d’être négatif. Ce bilan a été présenté hier en Conseil des ministres. Le ministre de la lutte anti-terroriste a donné des chiffres et expliqué les causes du retard. Il a d’abord cité le flou juridique quant à la définition du terrorisme. Cette définition s’est faite de manière pragmatique, « sur le tas », au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Aujourd’hui, a-t-il dit, nous disposons d’une définition très large, souple et adaptable, qui nous donne une bonne marge de manoeuvre. Le problème est que, avec une telle définition, le nombre de terroristes a beaucoup augmenté. A ce jour, on dénombre dans le pays près de 30 millions de terroristes, sans compter ceux qui naissent tous les jours. D’autres causes à ce retard ont aussi été évoquées telles que les problèmes de salaire, logement, transport, retraite des fonctionnaires préposés à la lutte anti-terroriste, le sous-équipement, la formation, etc… D’autres sont conjoncturelles, comme la dévaluation du DA, ou les élections. Les chiffres en effet montrent une nette baisse de productivité pendant les campagnes électorales. Les services de sécurité arguent du fait qu’ils ne peuvent pas faire deux choses en même temps, lutter contre les terroristes et empêcher les gens de voter. Une étude a donc été commandée à un bureau d’experts et de consultants nationaux et étrangers, pour étudier le moyen le plus efficace de solutionner ce problème. Un volumineux rapport a été remis au ministère de tutelle, qui présente une analyse très complète, avec mesures, courbes et chiffres à l’appui. En conclusion, il est préconisé de supprimer les élections, celles-ci s’avérant contre-productives. Mais le ministre de la lutte anti-terroriste a dit que le problème ne venait pas des élections. D’ailleurs, a-t-il ajouté, si j’avais les moyens d’augmenter la productivité et l’efficacité de mes services, la question se règlerait d’elle-même puisqu’il ne resterait plus de votants. Il a promis en particulier d’activer le service de l’épuration électorale, mais il a demandé de nouveaux financements pour cela. Le ministre des Finances ne voit pas les choses de cette façon. Il a dit que les retards de la lutte anti-terroriste coûtaient beaucoup trop cher à l’Etat, et qu’il fallait songer à libéraliser le secteur. Il a proposé d’avoir recours au partenariat avec l’étranger et même aux privatisations. Des repreneurs tels que l’OTAN sont en vue. Il a dit aussi qu’il y avait des lignes de crédit dans le programme MEDA de l’Union Européenne, et d’autres possibilités d’attirer l’aide et les investissements étrangers car c’est selon lui un « créneau porteur ». Il a d’ailleurs cité le récent contrat d’aide à la lutte anti-terroriste signé avec l’Union Européenne lors du dernier passage de Romano Prodi à Alger. « C’est avant tout une question de communication et de marketing, il faut savoir vendre le produit Algérie », a-t-il ajouté. Avec la restructuration des entreprises publiques, qui elle aussi traîne depuis plus de 15 ans et a englouti des milliards de dinars, le retard de la lutte anti-terroriste est une des principales préoccupations du gouvernement. Il a donc été décidé de lui allouer de nouveaux financements, accompagnés cette fois d’engagements et de délais fermes, ainsi que d’un programme de mise à niveau.

 

 

algeria-watch en francais