La Sale Guerre : Sifaoui relance la polémique

La Sale Guerre

Sifaoui relance la polémique

Rachid Mokhtari, Le Matin, 11 juin 2002

Dans un récent ouvrage paru aux éditions Chihab, le journaliste Mohammed Sifaoui accuse Habib Souaïdia et le patron des éditions La Découverte de malversations sur la forme et le fond du manuscrit initial de La Sale Guerre. Il crie au scandale.

Une année après la publication du brûlot La Sale Guerre signé Habib Souaïdia, qui, pour l’essentiel de son contenu, accuse l’armée algérienne dans les massacres de civils, innocentant donc le terrorisme islamiste, Mohammed Sifaoui, dont le nom n’apparaît que dans la partie « remerciements », sort de sa réserve et crie à l’imposture. En effet, dans ce récent ouvrage, qui se veut une mise au point sur le fond de la thèse de Souaïdia, La Sale Guerre- histoire d’une imposture, Mohammed Sifaoui aligne au fil des pages ses vérités sur l’histoire du manuscrit initial. « J’ai été, écrit-il, l’initiateur du projet et l’auteur exclusif de ce brûlot qu’est devenu La Sale Guerre. Je me devais donc d’apporter ma vérité sur cette affaire. » Le journaliste accuse Habib Souaïdia et le patron des éditions La Découverte, François Gèze, d’« imposteurs » et se dit avoir été victime d’une « grossière manipulation ». Quels arguments avance-t-il ? Il révèle que le témoignage qu’il a recueilli de la bouche même de Souaïdia a été tronqué sur le fond. Alors que la version initiale, selon lui, ne laissait aucune zone d’ombre quant à la paternité du terrorisme islamiste dans les massacres de Bentalha et, d’ailleurs, la mouture finale a subi un traitement idéologique contraire à l’esprit du manuscrit initial, pernicieusement orienté, selon les propos de Sifaoui, sur le Qui tue qui ?

Le manuscrit, ainsi tronqué, va subir, ainsi que l’écrit Mohammed Sifaoui, plusieurs malversations et « fourberies » par les éditions La Découverte et Habib Souaïdia qui, graduellement, à mesure que s’achevait le bon à tirer de l’ouvrage, vont l’exclure comme auteur du projet. En récusant cette « fausse version», Mohammed Sifaoui entend dénoncer leur « démarche machiavélique ». Il reconstitue dans le chapitre Comment ai-je connu Souïadia ? D’abord les circonstances de sa première rencontre avec l’ex-officier de l’ANP dans les locaux parisiens de l’ONG internationale RSF, ses entretiens renouvelés avec lui, puis les retournements de ce dernier sur ses« aveux » jusqu’à la rupture déclarée qui fera de La Sale Guerre une « sale histoire » sur la véracité et la paternité de la première version dont parle Sifaoui : « Rien, absolument rien, ne laissait entendre que mon rôle consistait uniquement à « mettre en forme le manuscrit » comme le déclarera plus tard François Gèze pour tromper les médias. Aussi savait-il que j’allaisêtre le seul et le véritable auteur puisque () Souaïdia n’a aucune capacité à l’écriture comme il n’a aucune capacité à analyser ou à commenter la vie politique. Ce n’était pas son métier. » Dans la partie« Annexe » de l’ouvrage, un fac-simili d’un témoignageécrit de Habib Souaïdia atteste pourtant d’une syntaxe correcte truffée effectivement de fautes d’orthographe qui n’affectent cependant pas la lisibilité du texte.
Un autre document, (Annexe IV), le contrat d’édition, mentionne que Mohammed Sifaoui est coauteur de La Sale Guerre avec Habib Souaïdia. Dans le chapitre sur lequel repose le démenti de la thèse de Souaïdia « Autopsie d’une métamorphose – la différence entre le manuscrit remis à Gèze et le livre publié », Mohammed Sifaoui écrit : « A la lecture du livre qui venait d’être publié, je me rendais compte de l’ampleur du désastre. » De ce désastre, Sifaoui, pourtant, se contente de glaner des expressions périphériques au contenu du livre, diluant les niveaux d’intervention dans une série de rappels dont l’appréciation est laissée à l’opinion publique : « L’attaque de la caserne de Guemmar, l’attentat de l’aéroport Houari- Boumediène, l’arrêt du processus électoral, la création du FIS, les massacres de Raïs et de Bentalha, l’arrestation de Abdelhak Layada, l’attaque de l’Amirauté, l’assassinat de Boudiaf, les différentes attaques terroristes, et j’en passe, sont tous des faits connus et largement médiatisés. » En définitive, le livre de Sifaoui relance la polémique sur la paternité et la réécriture du manuscrit qui reste une« sombre » affaire.

La Sale Guerre-histoire d’une imposture. Editions
Chihab 2002