Quand le repenti algérien se repent…

Quand le repenti algérien se repent…

Les révélations de l’ex-émir des GIA revues à la baisse

Florence Aubenas et José Garçon, Libération, 20 février 2001

A trop vouloir prouver, on se piège. Les «révélations» d’Omar Chikhi, un émir des GIA aujourd’hui repenti, tombaient trop bien pour être désintéressées (Libération d’hier). Plusieurs années après les faits, il affirmait, samedi dans le quotidien El Youm, que les GIA voulaient, en 1994, faire exploser l’Airbus d’Air France au-dessus de Paris et avaient exécuté les sept moines français de Tibéhirine afin de contraindre Paris à lâcher Alger. Il se vantait aussi d’avoir tué plusieurs journalistes, provoquant un tollé dans la presse algérienne ce week-end.

«Hors micro». Mais à en croire l’émir, cet entretien a été revu et corrigé concernant les assassinats de journalistes. Embarrassés, deux des interviewers algériens expliquent que l’ex-émir a bien dit ce qu’il a dit ou, en tout cas, «dans une version proche» et «hors micro». Pour obscurcir plus encore ces petites embrouilles, on apprend que l’entretien avec Omar Chikhi a été réalisé… il y a presque deux ans par une revue saoudienne, qui l’a utilisé seulement le 14 janvier. La presse algérienne n’a jugé bon de le reprendre qu’un mois plus tard. Ce retard n’est pas fortuit. Les «confessions» de l’émir sur les atrocités des GIA tombent au moment où un témoignage sur «la sale guerre» fait grand bruit en Algérie comme en France. Un ex-officier algérien, Habib Souaïdia, y accuse l’armée de tueries.

Un émir contre un officier: tout cela ressemble à s’y méprendre à une riposte d’Alger aux remous provoqués par Souaïdia. Depuis dix ans, le régime algérien a en effet érigé la manipulation en mode de gestion de la guerre civile. Attaqués sur un terrain particulièrement sensible – la responsabilité de l’armée dans certains massacres -, les généraux redoutent plus que tout de devoir un jour rendre des comptes. Et les signes de panique suscités par cette affaire au sein du pouvoir se multiplient. Un journal algérien vient ainsi de se voir conseiller fermement de ne pas réserver un écho favorable au livre de Souaïdia. Abdelaziz Bouteflika, lui, a attaqué bille en tête Hubert Védrine lors de sa visite officielle à Alger la semaine dernière, reprochant quasiment à la France et à l’Internationale socialiste de comploter contre l’Algérie en «ne faisant rien contre le livre de Souaïdia et ceux qui en parlent».

«Tissu de mensonges». La contre-offensive, elle, s’organise. L’écrivain Yasmina Khadra, pseudonyme d’un ancien commandant de l’armée algérienne, semble ainsi avoir repris du service pour défendre l’institution militaire. «Le livre de Souaïdia est un effroyable tissu de mensonges écrit par un homme qui a prêté son nom à des manipulations», déclarait-il samedi au quotidien El Watan en se demandant comment «un jeune officier qui a exercé uniquement deux ans dans un même endroit peut parler avec facilité de la plus haute sphère de l’armée, cet univers fermé». Des arguments qui sont très exactement ceux employés par Mohamed Ghoualmi, l’ambassadeur d’Algérie en France.

 

 

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