Canal+ relance le « Qui tue qui ? »

Alors que les deux auteurs des attentats de Paris sont condamnés à perpétuité

Canal+ relance le « Qui tue qui ? »

Le Matin, 2 novembre 2002

Condamnation à perpétuité de Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem, deux islamistes algériens jugés par la cour d’assise de Paris pour les attentats de Paris en 1995. La reprise de ce procès, notamment pour l’attentat du RER Saint-Michel du 25 juillet qui a fait 8 morts et 150 blessés après l’extradition de Rachid Ramda, actuellement détenu à Londres, risque de relancer le « Qui tue qui ? ». Canal +, la chaîne de télévision française, a développé lundi dernier, juste avant le verdict de Paris, sa thèse. « Les attentats de 1995 n’ont pas été commandités par des islamistes décidés à convertir la France, mais par un GIA (Groupe islamique armé) instrumentalisé par les services algériens », c’était la conclusion d’une enquête qu’elle a diffusée. Selon Canal +, les généraux s’intéressent au GIA pour, un, terroriser la population algérienne et faire apparaître le régime comme l’ultime rempart, deux, abattre les dirigeants influents du FIS, et, trois, faire taire les critiques de la France. La chaîne française a pris pour argent comptant la déclaration de Mohamed Semraoui, un officier algérien dissident, faite lors du procès qui a opposé en juillet dernier à Paris le général Nezzar à Habib Souaïdia. « Ali Touchent est un agent des services », a-t-il dit. Il n’est pas le seul à être mis à contribution par la chaîne. Alain Marsaud, ex-patron du service central de la lutte antiterroriste, aussi. « Plus on avance sur le réseau Kelkal, plus on trouve des Algériens des services officiels () A un moment où à un autre, le GIA a été une organisation écran utilisée pour porter le feu en France », assène le français. Canal + et les médias francais partisans du « Qui tue qui ? » remontent jusqu’au
15 septembre 1995, période durant laquelle les relations entre Alger et Paris étaient au plus bas. Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, aurait déclaré à des journalistes : « La Sécurité militaire algérienne a tenté d’orienter les policiers français sur de fausses pistes pour qu’on élimine des gens qui les gênent. »
Un constat. Six ans d’instruction et la mobilisation de tous les services de police français n’ont pas suffi à la justice française pour faire toute la lumière sur ces attentats. Les médias qui ont suivi ce procès parlent d’auteurs non identifiés. La police a établi avec certitude la présence d’au moins quatre membres du GIA à Paris le 25 juillet 1995. Soit, Ali Touchent, chef du groupe, tué à Alger en 1997, Khaled Kelkal, tué le 29 septembre 1995, Abdelkader Maâmeri et Ali Benfatoum. Deux islamistes qui ont purgé leur peine de prison pour « association de malfaiteurs ». La justice française, qui aura certainement à revenir sur cette « affaire », n’exclut pas la participation de Yahia Rihane, dit Kronfel (clou de girofle), un membre actif du GIA, très connu des policiers algériens. Pour ces médias, il est impossible de « comprendre » ce qui s’est passé en 1995 sans entendre Rachid Ramda. Chose que la justice française s’attelle à réaliser. Une nouvelle demande vient d’être présentée par Paris. Elle sera examinée par un tribunal de première instance à Londres le 23 novembre, selon le ministère français de la Justice. Vers la reprise de ce procès au point zéro pour faire toute la lumière ou pour relancer la question « Qui tue qui ? » en Algérie ?
Djamel Boukrine