Pétition pour la tenue d’une enquête de l’ONU sur les massacres en Algérie

Pétition pour la tenue d’une enquête de l’ONU
sur les massacres en Algérie

Gilles Paquin, La Presse, 22 février 2001

DEVANT L’ÉCHEC de la politique de Concorde civile du président algérien Abdelaziz Bouteflika, des intellectuels québécois et européens réclament la tenue d’une enquête de l’ONU sur la violence en Algérie.

Dans une pétition qu’ils feront parvenir à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, au moment de la reprise de ses travaux prochainement à Genève, les auteurs de la pétition affirment que de nouveaux témoignages mettent en cause les forces de sécurité de l’État.

L’Algérie est depuis neuf ans le théâtre d’une guerre effroyable et de violations massives des droits humains, écrivent-ils. Selon eux, la torture est utilisée de manière systématique par les forces de sécurité tandis que des massacres à grande échelle sont officiellement attribués aux groupes armés islamistes.

Cette guerre civile aurait déjà fait 200 000 morts et disparus en plus de pousser à l’exil près d’un demi-million de personnes et de provoquer des déplacements massifs de population, ajoute la pétition endossée par le GRILA (Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique) à Montréal.

Selon le porte-parole de l’organisme, Mouloud Idir, de nombreux témoignages ont permis d’établir qu’une grande partie de ces violations étaient le fait des forces de sécurité. À titre d’exemples il cite deux livres parus en octobre 2000 et février 2001.

Ces deux ouvrages font état de graves accusations à l’encontre du commandement de l’armée. Le premier, Qui a tué à Benthala relate les détails d’une tuerie survenue dans ce village. Le deuxième, La Sale Guerre, de Habib Souaidia, vient de paraître aux éditions La Découverte.

La Sale Guerre est l’oeuvre d’un ancien officier des forces spéciales, engagé de 1992 à 1995 dans la lutte antiterroriste. Son livre décrit les méthodes employées par l’armée dans ce qui se révèle être une véritable stratégie de la terreur: rafles, ratissages, tortures et exécutions sommaires attribuées ensuite aux groupes islamistes armés.

Avec ces témoignages, l’hypothèse d’une implication de la haute hiérarchie de l’armée dans des crimes contre l’humanité est suffisamment étayée pour que l’exigence d’une commission d’enquête internationale ne soit plus discutable, soutient M. Idir.

Le Canada est présent en Algérie et y dépêche des missions ministérielles, il ne peut rester muet face à ces nouveaux témoignages, croit M. Idir. Ottawa et Québec interviennent pour faciliter les investissements et considèrent le gouverne-ment de ce pays «normal et légitime», souligne M. Idir.

Leur silence ne peut plus continuer, estime le GRILA. Le moins que l’on puisse attendre d’eux c’est qu’ils appuient la demande d’enquête devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Un tel geste serait certainement apprécié par les quelque 30 000 citoyens d’origine algérienne établis au Québec.

Au nombre des signataires de la pétition, on trouve notamment Marie-Blanche Tahon professeur de science politique à l’Université d’Ottawa, le professeur Fall Aziz de McGill et le sociologue français Pierre Bourdieu du Collège de France

Mercredi 21 février 2001

Pétition pour la tenue d’une enquête de l’ONU sur les massacres en Algérie
Gilles Paquin
La Presse

DEVANT L’ÉCHEC de la politique de Concorde civile du président algérien Abdelaziz Bouteflika, des intellectuels québécois et européens réclament la tenue d’une enquête de l’ONU sur la violence en Algérie.

Dans une pétition qu’ils feront parvenir à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, au moment de la reprise de ses travaux prochainement à Genève, les auteurs de la pétition affirment que de nouveaux témoignages mettent en cause les forces de sécurité de l’État.

L’Algérie est depuis neuf ans le théâtre d’une guerre effroyable et de violations massives des droits humains, écrivent-ils. Selon eux, la torture est utilisée de manière systématique par les forces de sécurité tandis que des massacres à grande échelle sont officiellement attribués aux groupes armés islamistes.

Cette guerre civile aurait déjà fait 200 000 morts et disparus en plus de pousser à l’exil près d’un demi-million de personnes et de provoquer des déplacements massifs de population, ajoute la pétition endossée par le GRILA (Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique) à Montréal.

Selon le porte-parole de l’organisme, Mouloud Idir, de nombreux témoignages ont permis d’établir qu’une grande partie de ces violations étaient le fait des forces de sécurité. À titre d’exemples il cite deux livres parus en octobre 2000 et février 2001.

Ces deux ouvrages font état de graves accusations à l’encontre du commandement de l’armée. Le premier, Qui a tué à Benthala relate les détails d’une tuerie survenue dans ce village. Le deuxième, La Sale Guerre, de Habib Souaidia, vient de paraître aux éditions La Découverte.

La Sale Guerre est l’oeuvre d’un ancien officier des forces spéciales, engagé de 1992 à 1995 dans la lutte antiterroriste. Son livre décrit les méthodes employées par l’armée dans ce qui se révèle être une véritable stratégie de la terreur: rafles, ratissages, tortures et exécutions sommaires attribuées ensuite aux groupes islamistes armés.

Avec ces témoignages, l’hypothèse d’une implication de la haute hiérarchie de l’armée dans des crimes contre l’humanité est suffisamment étayée pour que l’exigence d’une commission d’enquête internationale ne soit plus discutable, soutient M. Idir.

Le Canada est présent en Algérie et y dépêche des missions ministérielles, il ne peut rester muet face à ces nouveaux témoignages, croit M. Idir. Ottawa et Québec interviennent pour faciliter les investissements et considèrent le gouverne-ment de ce pays «normal et légitime», souligne M. Idir.

Leur silence ne peut plus continuer, estime le GRILA. Le moins que l’on puisse attendre d’eux c’est qu’ils appuient la demande d’enquête devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Un tel geste serait certainement apprécié par les quelque 30 000 citoyens d’origine algérienne établis au Québec.

Au nombre des signataires de la pétition, on trouve notamment Marie-Blanche Tahon professeur de science politique à l’Université d’Ottawa, le professeur Fall Aziz de McGill et le sociologue français Pierre Bourdieu du Collège de France

 

 

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