Le pouvoir continue de placer le terrorisme intégriste à l’origine des tueries en Algérie

Bien que la thèse ne fait plus tellement l’unanimité au sein de la classe politique

Le pouvoir continue de placer le terrorisme intégriste à l’origine des tueries en Algérie

Par Rabah Iguer, La Tribune,11 septembre 2001

Comme durant les années précédentes, le gouvernement algérien impute toujours les massacres et les tueries perpétrés ces derniers mois aux groupes terroristes intégristes qui sont restés en activité après la promulgation de la loi sur la concorde civile et l’amnistie décrétée par le président de la République en faveur de certains des éléments des groupes armés ayant accepté les termes de l’accord ANP-AIS, conclu en automne 1997. C’est ainsi que, tout en continuant à parler de «succès incontestable» lorsqu’il évoque la démarche de concorde civile, dont déjà les fondements ont été jetés durant le mandat du président Zeroual, le gouvernement estimera cependant que les groupes terroristes qui sont restés réfractaires à toute idée de dialogue avec le pouvoir gardent un potentiel de nuisance suffisamment important pour constituer, pendant quelque temps encore, une menace pour la sécurité publique. Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, au cours d’une conférence de presse animée samedi dernier à Oran, tout en confortant ainsi l’opinion publique sur les résultats positifs de la démarche de concorde civile en déclarant notamment, et cela sans doute pour la première fois, que plus de 6 000 terroristes avaient déposé les armes depuis l’été 1999 à nos jours, chiffre qui, selon lui, représente environ près de 80% de l’effectif global des groupes armés, réclamera néanmoins de la population un maximum de vigilance à l’égard des terroristes restés en activité, dont le nombre avoisinerait les 600. Une statistique qui comprendrait les effectifs aussi bien du GIA, le groupe le plus sanguinaire, que ceux du GSPC, à propos duquel les comptes-rendus de presse précisent que les principales forces sont concentrées en Kabylie et dans l’est du pays. La récente dégradation de la situation sécuritaire dans les régions centre et ouest du pays où, en quelques semaines seulement, ont été perpétrés de nombreux massacres de civils qui, pour le moins, ont suscité une vague de psychose au sein de la population, est ainsi essentiellement expliquée par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales par la quiétude dans laquelle la population a commencé trop vite à se complaire. Une attitude pour le moins dangereuse, a-t-il expliqué, dans la mesure où le contexte ne pardonne pas la moindre imprudence comme celle consistant, par exemple, à baisser trop vite la garde. Les partis politiques, bien que partageant globalement l’analyse du ministre de l’Intérieur, ceux-ci à l’exemple surtout du RCD, de l’ANR, du MDS ou encore du MSP, continuent néanmoins de s’interroger sur la réelle promptitude du gouvernement à en finir très vite avec le terrorisme ou, du moins, à placer la lutte antiterroriste au titre de ses priorités. Beaucoup moins enclin à donner au terrorisme les proportions que lui confèrent le gouvernement et les partis cités ci-dessus, d’autres partis politiques comme le FFS ou le PT ne font pas, pour leur part, l’économie de la lecture, mettant à l’origine d’une partie des violences et du terrorisme les guerres d’intérêts que se livrent la mafia politico-financière qui, croient savoir les observateurs, aurait établi des connexions avec le terrorisme. Des guerres que la presse aussi lie souvent aux enjeux que supposent les réformes économiques, politiques et sociales attendues par la société algérienne depuis des années. Face à cette fluctuation d’approches contradictoires à propos de l’origine et de la nature de la violence, les observateurs de la scène politique algérienne estiment, par ailleurs, que l’approche des différentes échéances électorales ne devrait pas aller sans probablement susciter une forme de surenchère concernant justement la question sensible du terrorisme.

R. I.