« La sale guerre » de l’armée algérienne

« La sale guerre » de l’armée algérienne

Dans un livre-témoignage paru ce jeudi, un ancien officier parachutiste dénonce les méthodes utilisées dans la lutte contre les islamistes.

Le nouvel Observateur, 8 fevrier 2001

Le livre « La Sale Guerre » (La Découverte) est paru ce jeudi 8 février. Il s’agit du premier témoignage sur les exactions menées par l’armée algérienne contre les islamiste, écrit par un ancien officier parachutiste dans les forces spéciales de l’armée nationale populaire, Habib Souaïdia. Exemples et mises en causes nominatives à l’appui, Habib Souaïdia démontre qu’en Algérie, deus barbaries s’affrontent. L’auteur est aujourd’hui réfugié en France.
Il raconte comment, engagé en 1989 et devenu jeune sous-lieutenant, il entre au service de la lutte antiterroriste en 1992, alors que sa formation n’est pas achevée. Au printemps 1993, il est muté dans l’Algérois. Avec une vingtaine d’hommes, certains habillés en civils, il conduit sur ordre un massacre dans un village pro-islamiste. Le lendemain, les journaux annoncent qu’il s’agit d’une attaque de terroristes. La « sale guerre » d’Habib Souäiba vient de commencer.
« J’ai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. J’ai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. J’ai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. J’ai vu des officiers torturer à mort des islamistes. J’ai vu trop de choses », écrit-il.
Printemps 1994. Habib Souaïba est muté à Lakhdaria, territoire islamiste. Il accompagne un commando de soldats déguisés en terroriste qui kidnappent une demi-douzaine de présumés sympathisants islamistes. Ils seront tous assassinés.
« Souvent, les militaires effectuaient des opérations en étant drogués », ajoute-t-il. Selon lui, près de 80% des soldats et des sous-officiers de l’armée algérienne se droguent. Habib Souaïbia décrit aussi les soldats qui passent dans le camp adverse, le matériel obsolète.
Dans la préface de « La Sale Guerre », le juge italien Ferdinando Imposimato écrit que dans ce livre, « des indications précises de noms, de lieux et de dates peuvent servir de base à des actions pénales des victimes ou de leurs familles, y compris devant des tribunaux européens ».

 

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