Le général Khaled Nezzar assure qu’il sera « à Paris le 12 février »

Le général Khaled Nezzar assure qu’il sera « à Paris le 12 février »

Propos recueillis par Florence Beaugé, Le Monde, 10 octobre 2001

L’ancien ministre algérien de la défense affirme son intention d’être présent à Paris pour l’ouverture du procès en diffamation qu’il a intenté contre Habib Souaïdia, l’auteur de « La Sale Guerre », même s’il fait lui-même l’objet d’une plainte déposée par une famille dont le fils est mort sous la torture.

Le général Khaled Nezzar, 64 ans, est ancien ministre de la défense et ex-membre du Haut Comité d’Etat (HCE), la présidence collégiale quidirigeait l’Algérie après l’interruption du processus électoral dejanvier 1992 décidée par l’armée pour barrer la route au Front islamique dusalut (FIS).

Passé avant l’indépendance de l’Algérie par les écoles militaires françaises de Strasbourg et de Saint-Maixent, Khaled Nezzar a longtemps été l’un des hommes clés du pouvoir en Algérie.

Le 24 août 2001, l’ancien ministre a assigné devant les tribunaux un ex-officier de l’armée algérienne, Habib Souaïdia, auteur de La Sale Guerre (éditions La Découverte), en raison des propos tenus par ce dernier lors de l’émission « Droits d’auteur » diffusée sur la Cinquième le 27 mai 2001. « Cela fait dix années qu’il n’y a pas de président, avait alors affirmé Habib Souaïdia. Il y avait des généraux, ce sont eux les politiciens, c’est eux les décideurs, c’est eux qui ont fait cette guerre. C’est eux qui ont tué des milliers de gens pour rien du tout. C’est eux qui ont décidé d’arrêter le processus électoral, c’est eux les vrais responsables. (.) Je ne peux pas pardonner (.) au général Nezzar. Il faut qu’on juge les coupables (.). »

La plainte pour « diffamation » déposée par le général Nezzar sera examinée les 12, 13 et 19 février 2002 par le tribunal correctionnel de Paris.

« Général Nezzar, avez-vous l’intention de vous rendre à Paris le 12 février, en dépit des risques que vous courez si vous revenez sur le territoire français?

– Il va de soi que je serai à Paris le 12 février prochain. Je n’y suis pas tenu, mais un soldat n’abandonne jamais ses troupes. Je ne vais tout de même pas envoyer des témoins à ce procès sans y participer, d’autant plus que Souaïdia m’accuse de lâcheté! L’enquête préliminaire ouverte contre moi a été classée sans suite par le parquet de Paris en juin dernier, mais je n’ignore pas qu’elle peut être rouverte dès que j’aurai à nouveau posé le pied sur le sol français.

De par mes fonctions passées, j’ai à vie un passeport diplomatique, mais cela ne me met pas à l’abri de poursuites judiciaires.

Pourtant, je préfère affronter la justice française que laisser faire les médias, et je suis prêt à répondre à une convocation de police. J’ai la conscience tranquille et je dispose d’assez d’arguments pour ne pas craindre une mise en examen.

– Pourquoi, dans ce cas, avoir quitté précipitamment la France le 25 avril?

Si cela n’avait tenu qu’à moi, je ne serais pas parti. Cela ne m’a pas plu de le faire. Je voulais rester à Paris pour crever l’abcès, j’estimais que je ne risquais rien et que je pouvais accepter d’être entendu par la police. Mais je sentais bien que je gênais, du côté français comme du côté algérien, c’est pour cela que je me suis résolu à partir, mais cela ne m’a pas plu, je vous le répète. Quelques semaines plus tard, Souaïdia m’a donné l’occasion de reprendre l’offensive. Ce n’est pas lui ni son brûlot – qu’il n’a même pas écrit lui-même – que je m’abaisse à poursuivre. Souaïdia n’est qu’un prétexte.

Je veux simplement réagir à ce que j’estime être une orchestration dirigée contre moi et contre ceux qui ont interrompu le processus électoral en 1992. J’en veux pour preuve le fait que je vais à Paris entre trois et six fois par an. Je ne me cache jamais pendant ces déplacements. Je me promène partout, on me reconnaît, les Algériens me saluent, et personne n’a jamais cherché à porter plainte contre moi pour tortures.

Il a suffi que j’annonce que j’allais faire une conférence au Centre culturel algérien à Paris pour que survienne une plainte. Ma seule explication, c’est qu’on voulait m’empêcher de parler. Le procès que j’intente à Souaïdia va donc me permettre de m’exprimer et de montrer la véritable image de l’Algérie.

– Ne craignez-vous pas que cette opération se retourne contre vous et qu’elle se transforme en grand déballage sur l’armée algérienne, à partir du territoire français?

– De toute manière, le procès de l’Algérie est déjà fait! Et le pire, c’est qu’il est fait essentiellement par des Algériens. N’importe quel émigré ou Français se pose des questions, avec tout ce qui a été dit et écrit. Je sais bien que certains intellectuels français sont contre moi en ce moment. Parmi eux, il y a des amis de l’Algérie qui ont pris des positions très courageuses à l’époque de la guerre de libération, et je comprends qu’ils s’interrogent après avoir lu des brûlots comme celui de Souaïdia. Ils ont droit à des réponses, et plus encore que n’importe quel maquisard algérien, car ils ont été autrefois des maquisards à leur manière.

Je voudrais qu’ils sachent qu’ils ont eu raison et qu’ils ont combattu pour la bonne cause. Je suis prêt à les rencontrer et je suis sûr de les convaincre. Qu’ils viennent en Algérie, ils seront mes invités, ils pourront aller n’importe où. Ils verront que les huit dixièmes des Algériens savent très bien qui tue qui, même s’il en reste deux dixièmes qui leur affirmeront que c’est l’armée qui tue. Ces deux dixièmes appartiennent soit à l’ex-FIS Front islamique du salut, soit au FFS Front des forces socialistes. »

 

 

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