La «Grande muette» retrouve le silence

GRAVE DEGRADATION DE LA SITUATION SECURITAIRE

La «Grande muette» retrouve le silence

L’Expression, 7 janvier 2003

La mue entreprise par l’ANP semble avoir été stoppée net dans son essor.

Les services concernés de l’ANP, depuis dimanche, se murent dans un silence pour le moins troublant. Ils ne confirment, ni n’infirment l’ensemble des attentats meurtriers dont ont été victimes, au début de cette semaine, les troupes de notre armée.
Ce silence paraît d’autant plus troublant que l’ANP avait, depuis de nombreux mois, entrepris une mue en profondeur dans laquelle figure en bonne place l’installation de cellules de communication pour chaque région militaire ainsi qu’une cellule centrale rattachée à l’état-major. L’ensemble de ce dispositif vise à rapprocher le peuple de son armée, via les médias, afin que l’ANP ne perde jamais de vue son cachet d’armée nationale et «populaire».
Or, un indescriptible cafouillage accompagne, depuis dimanche, les alarmantes informations faisant état de nombreuses patrouilles militaires tombées dans des embuscades essuyant de lourdes pertes en un laps de temps trop court et en de trop nombreux endroits du pays.
Si l’armée n’a rien dit, officiellement, ne confirmant même pas l’ensemble de ces information obligeant les médias à naviguer de nouveau à vue comme à une certaine période que l’on pensait révolue, c’est que cette brusque et inquiétante recrudescence terroriste donne l’air de démentir les données chiffrées et techniques livrées depuis peu par des sources officielles de l’ANP à propos des groupes terroristes encore en activité dans les maquis. Ces derniers, divisés en 5 groupes rivaux et fortement affaiblis, ne disposent que d’un peu plus de 500 hommes; incapables donc de mener des offensives aussi spectaculaires, nombreuses, disséminées à travers le territoire national et, dirait-on, presque coordonnées.
Pourtant l’ANP ne devrait pas ignorer qu’une presse digne de ce nom, comme cela se passe dans tous les pays du monde, aussi démocratiques soient-ils, se refuserait à parler de revers essuyés, connaissant l’aspect insaisissable et inattendu de cette forme de violence même si l’expérience acquise sur le terrain et le matériel nouveau dont se servent nos troupes, auraient dû les prémunir contre ce genre de terribles choses.
Or, c’est dans ce cas de figure précis que des explications techniques, quitte à aller vers une conférence de presse, auraient été les bienvenues afin de rassurer le simple citoyen via les médias. Cela n’a pas été le cas. Le pire est à craindre à la lumière des folles rumeurs et spéculations qui circulent, colportées par médias interposés et distillées par des officines pas toujours favorables à la survie de la nation algérienne. C’est dans de pareilles conjonctures, difficiles en d’autres termes, qu’apparaissent la vraie valeur des cellules mises en place et leur efficience tant en matière de communication positive que pour ce qui est de mettre un terme aux fausses informations, de plus en plus nombreuses et de plus tendancieuses, visant, sans nul doute, à ébranler le moral des services de sécurité sous le fallacieux prétexte de mettre à mal le Président de la République et de tenter de faire capoter son projet portant concorde nationale.

Mohamed ABDOUN