Ahmed Merah est mort

Du Bouyalisme au  » patriotisme « 

Ahmed Merah est mort

Mohamed Mehdi, Quotidien d’Oran, 20 février 2002

Ahmed est mort hier, à l’Hôpital Mustapha d’Alger, où il avait été évacué en urgence. On ne connaît pas, à l’heure actuelle, les circonstances exactes ni les causes du décès d’un personnage intrigant de la vie publique algérienne. Dans sa dernière sortie, publiée dans l’édition du 12 février 2002 du journal Liberté, il s’en prenait vigoureusement à « la guerre des clans par Kabyles interposés » qui survient, selon lui, après une « manipulation des islamistes et du terrorisme ». « Malgré elle, la Kabylie meurtrie sert d’enjeu aux luttes de clans, en attendant l’embrasement d’autres régions. De toutes les manières, l’Algérie a toujours été gérée par les véritables détenteurs du pouvoir, tel un échiquier dans lequel il leur suffit de déplacer le roi, les chevaux, les fous et les pions, pour maintenir l’équilibre indispensable à la survie du système rentier », écrivait Merah. « En définitive, ajoutait-il, le problème du pouvoir n’est ni les islamistes ni le terrorisme, mais quiconque menacerait ses intérêts ».

Assistant technique de la Commission Issad, Ahmed Merah était un ancien lieutenant de Mustapha Bouiali, dans les années 1980. A sa sortie de prison en 1989, il entra dans les affaires commerciales, sans avoir une présence publique visible. Celle-ci ne se manifestera réellement qu’après l’arrêt des élections en 92 et le début des violences où, selon ses déclarations au Quotidien d’Oran en août 2001, il se retrouva à la tête d’un réseau de patriotes dans les quartiers populaires d’Alger. Dans cet entretien, il avait mis en cause le gouvernement de Rédha Malek, en affirmant que « la presque totalité des disparitions avaient eu lieu pendant les années 1993 et 1994, à l’époque du fameux slogan « la peur doit changer de camp » lancé par l’ancien premier ministre ». Merah avait, à maintes reprises, vivement pourfendu Mahfoud Nahnah qu’il avait accusé publiquement d’avoir accepté, à la demande des services, de créer un parti politique pour s’opposer au FIS. Il l’avait accusé également d’avoir supervisé l’envoi de jeunes Algériens en Afghanistan dans les années 80.

Très prolixe, Ahmed Merah avait publié quatre livres à compte d’auteur, qui sont parfois de véritables brûlots, contre des responsables. Deux de ses ouvrages sont consacrés à « l’Affaire Bouiali », un troisième à la « Troïka des généraux ». Ces écrits accusateurs n’ont jamais été contredits officiellement, ni fait l’objet de poursuites judiciaires. Dans son dernier livre intitulé « Le terrorisme judiciaire d’une mafia au pouvoir », Merah décrit ce qui ressemble fort à une « machination » et les « représailles » judiciaires contre lui et sa famille dans « l’affaire ENCG » qui avait duré plusieurs mois au bout desquels, lui, sa femme et ses enfants ont bénéficié d’un non-lieu. L’homme qui se prévalait de la préparation d’un nouveau livre sur les circonstances de la création de RCD et du Hamas, est parti, en emportant avec lui ses secrets.