Une source du ministère de la Défense: « Que chacun prenne ses responsabilités »

UNE SOURCE AUTORISEE DU MDN AU « SOIR D’ALGERIE’

“Que chacun prenne ses responsabilités”

Propos recueillis par Nacer Belhadjoudja, Le Soir d’Algerie, 23 juin 2002

“Effectivement, les Américains ont accepté de nous vendre du matériel destiné à la vision nocturne. Contrairement à d’autres pays, les USA ne nous ont pas imposé de conditions hormis celles prévues par le droit international.” C’est ce que nous a révélé une source autorisée du ministère de la Défense nationale. Cette source précise, par ailleurs, que, “pour le moment, nous ne sommes pas encore au stade de négociation du prix de ce matériel et, de toute façon, personne ne nous mettra le couteau sous la gorge”. Du côté du MDN, on est formel : “Il s’agit pour nous de conclure une transaction qui ne grève pas le budget. Comme l’ensemble des autres institutions du pays, le MDN doit se plier également à l’exigence de rigueur dans les dépenses. Malgré les appels répétés de la commission de défense nationale de l’APN pour revoir à la hausse notre budget annuel, nous avons refusé cette offre.” Le matériel de vision nocturne doit être accompagné également de l’armement qui lui sied. La source autorisée du MDN affirme que ce type de matériel est important dans la lutte contre le terrorisme et ne manquera pas de rappeler le massacre de Bentalha et Raïs : “Il était impossible pour nos unités de distinguer de nuit, et de surcroît dans la confusion générale, les terroristes des habitants qui fuyaient dans tous les sens”. Invitée à nous fournir quelques données chiffrées sur la lutte contre le terrorisme, notre source s’est montrée catégorique : “Pourquoi certains avancent le chiffre de 100 000 morts et même 200 000 alors qu’il est de 50 000, ce qui est déjà trop.” Dans ces 50 000 morts, notre source précise qu’il y a 18 000 terroristes abattus et dont les corps ont été récupérés : “Bien évidemment, on ne comptabilise pas les terroristes tués par leurs acolytes ou ceux morts dans des bombardements de l’aviation. Il faut savoir qu’au début de l’action subversive, ils étaient environ 27 000 terroristes armés. Aujourd’hui, l’estimation la plus haute des terroristes armés encore en activité se situe entre 700 et 800 éléments.” La source autorisée du MDN s’est montrée offusquée lorsqu’on lui demande les clauses de l’accord passé avec l’AIS, le bras armé du FIS : “Il n y a jamais eu d’accord avec cette organisation. Le seul document que nous avons est un écrit de Madani Mezrag dans lequel il déclare qu’il n’y a qu’une seule armée en Algérie, en l’occurrence l’ANP. Le seul contact qu’il a eu avec nous, c’est lorsqu’un officier supérieur est allé le rencontrer à Jijel pour lui signifier l’ultimatum et lui faire signer la déclaration de reconnaissance de l’ANP comme seule armée dans le pays.” Concernant la concorde civile et l’amnistie, notre source précisera qu’ “au départ, il était clair pour nous que chaque terroriste qui voulait se rendre devait remplir un formulaire de déclaration sur l’honneur qu’il n’a pas participé à des assassinats. Par contre, ceci ne devait en aucune manière l’absoudre de poursuite judiciaire si une enquête venait à confirmer son implication dans une tuerie. L’amnistie, nous l’avons apprise au MDN comme l’ensemble des Algériens. Et, d’ailleurs, pour qu’il y ait amnistie, il faut d’abord un jugement.” La source autorisée du MDN évoquera, par ailleurs, les difficultés rencontrées au début de la lutte contre le terrorisme et la « démission de certains devant la tâche de sauvegarde de l’Algérie”. Et d’ajouter : “Figurez-vous qu’il a fallu parfois l’intervention des plus hautes autorités militaires pour qu’un wali ordonne à ses services la fermeture du gaz et la coupure de l’électricité dans un quartier pour que nos unités puissent intervenir dans une opération antiterroriste sans mettre en danger la vie de nos concitoyens.” Tout en rappelant l’engagement de la population aux côtés de l’ANP, la source autorisée du MDN admet que cette mobilisation des citoyens s’est considérablement atténuée “du fait d’un certain discours politique ambiant qui n’est pas fait pour maintenir intacte cette mobilisation. Bien au contraire”. La transition est toute trouvée pour évoquer avec notre interlocuteur les rapports de l’institution militaire avec la Présidence et le gouvernement. “Pour notre part, nous avons toujours souhaité la nomination d’un ministre de la Défense. Nous avons même dit qu’un civil ferait l’affaire, quand bien même celui-ci n’ayant pas accompli son service national”, précise de prime abord notre source avant d’ajouter: “L’incompétence chez certains ne doit pas être cachée par des attaques répétées contre l’institution militaire. Certains ont affirmé, par exemple, que l’armée est derrière l’assassinat du jeune Massinissa Guermah afin de mettre le Président Bouteflika en difficulté. Cela est archi-faux. Nous avons invité la commission Issaâd à aller enquêter là où elle voudrait le faire pour qu’elle ne reste pas aux portes des casernes comme elle le laisse entendre dans son rapport préliminaire. Même les militaires mis en prison pour usage d’armes, elle n’a pas jugé utile de les rencontrer alors qu’elle avait l’autorisation de le faire.” Par ailleurs, l’occasion nous était offerte pour évoquer avec cette source autorisée les conditions qui ont conduit l’ANP à opter pour Bouteflika lors des dernières élections présidentielles d’avril 1999 : “Là aussi, l’armée s’inscrit en faux contre ces allégations. A l’époque, notre souhait, à l’instar de tous les Algériens, était de choisir le moins mauvais de tous. L’ambition de l’ANP est que chacun assume convenablement ses missions. Le temps des béni-oui-oui doit être banni. C’est pour cela que nous estimons que le gouvernement actuel doit assumer pleinement ses devoirs. Cela nous paraît comme une exigence de l’heure.” La décision d’ester en justice un certain nombre de journaux et de journalistes relève, selon la source autorisée du MDN, “d’un droit à chaque fois que l’institution se sent diffamée. On ne peut pas accepter ces campagnes de dénigrement sans réagir. Mais, pour que les choses soient claires, il n’est pas dans l’intention de l’armée de remettre en cause le principe de la liberté d’expression et cela de quelque manière que ce soit. Notre action est publique et, de ce fait, elle est sujette à des critiques lorsqu’elles sont fondées et ne relèvent pas de la tentative de déstabilisation.” Et d’ajouter : “Pour nous, il y a une presse nationale avec laquelle il faudra communiquer d’où la décision qui vient d’être prise et qui consiste en l’ouverture de services de communication au niveau de chaque région. On ne peut pas ignorer superbement notre presse, le devoir nous commande de nous ouvrir à elle.” Qu’en est-il exactement du volet relatif à la professionnalisation de l’armée ? A cette question, notre interlocuteur affirme que , “s’agissant de nos forces aériennes, on peut dire sans risque de nous tromper que ces dernières ont réussi une mise à niveau assez appréciable. Les forces navales sont sur la même voie. Il nous reste un effort à accomplir auprès de nos forces terrestres”. Depuis le 11 septembre dernier et les attentats qui ont ciblé les Etats-Unis s’est vite développée cette idée de prise de conscience internationale sur le danger que représente le terrorisme. Notre interlocuteur est plus nuancé dans ses propos : “Si certains pays préfèrent parler de terrorisme international, nous, on lui préfère la dénomination de terrorisme transnational. Par ailleurs, nous avons suffisamment averti du danger qui nous guette et qui consiste à asseoir l’idée qu’il puisse exister le bon et le mauvais terroriste. Des chefs terroristes circulent librement dans certains pays munis de passeports délivrés par les autorités et bénéficient du statut de réfugié politique. Il est pour le moins inadmissible que Heddam puisse affirmer à partir des USA que le sanguinaire Zouabri est une fabrication de l’armée algérienne qu’elle a éliminée après l’avoir utilisée dans les massacres de civils. Il est quand même dommage que de tels propos soient tenus à partir d’un pays qui connaît maintenant une partie de ce qu’a vécu le peuple algérien durant toute cette dernière décennie. Pour ce qui nous concerne, nous estimons que la lutte contre le terrorisme est d’abord une question nationale et que, de ce fait, nous devons compter d’abord sur nous-mêmes.
N. B.