Autopsie d´un bourrage de crâne

Autopsie d´un bourrage de crâne

Iskander Debbache, 6 avril 2001

Jean Paul Mari du nouvelobs dans son autopsie des massacres croit avoir déjà résolu la question du qui tue qui? Tout d´abord il n´est pas question selon lui de renvoyer dos à dos un mouvement clandestin armé et un état qui revendique une légitimité internationale. Evoquant un mouvement clandestin armé, l´auteur ne dit pas de qui il s´agit. S´il parle du F.I.S., à ma connaissance ce dernier a été le grand vainqueur des elections tant communales que législatives; rien qu´à ce titre et jusqu´à preuve du contraire, il est l´état.
Quand la cécité est mère de tous les égarements, l´intransigeance est celle des fossoyeurs. On ne va pas à contre courant de la volonté populaire. Mohamed Lamari et ses compagnons de gloire, oublient qu´en Algérie depuis kheireddine Baba arroudj aucune dictature fût elle militaire n´est sortie indemne d´une insurrection populaire.

Dès le départ, il joue sur un amalgame classique dont il ne se départira plus jusqu´à la fin de l´article: celui là même qui consiste à faire passer les G.I.A. pour une partie dissidente de l´A.I.S. A vouloir nous faire avaler pareille couleuvre, il aurait peut être fini par me faire croire que je n´étais pas à Alger à l´époque dont il parle. J´y exerçais dans l´un des services chargés de l´information, opérant au sein même de l´institution militaire et autant que je sache, les G.I.A. ont publié leur faire part de naissance à grands fracas au moyen de ce qu´il aurait été convenu de considérer comme une action d´éclat à savoir l´enlèvement des fonctionnaires du consulat de France et en l´occurence, le couple J.C. et Michèle Thévenot et Alain Fressier le 24 Octobre à Alger. Cette opération jointe à celles de l´Airbus d´air France, des moines de Thibérine et des attentats successifs dans les stations St Michel et port Royal a eu pour effet presque immédiat de faire basculer l´opinion de la presse et de la classe politique Françaises, jusque là hostile à l´interruption du processus électoral, au profit des putchistes d´Alger.

S´agissant des massacres de civils, l´état major général de l´armée n´a rien inventé. Rompu aux techniques d´infiltration et de mimétisme sur le terrain, le capitaine léger a légué à ses supplétifs d´hier et disciples d´aujourd´hui, un capital de connaissances qu´ils ont su mettre à profit dans leur guerre anti-subversive. Le village martyr de Mellouza en sait quelque chose. Ceux de Raís et Bentalha aussi…. Aujourd´hui, l´impunité consacrée aux généraux Algériens, tourne au cas d´école. Des Chiapas à Bornéo, de la Colombie au Guatémala, le schémas est désormais classique: pour lutter contre la pratique du poisson dans l´eau, il suffisait de retirer l´eau pour asphyxier le poisson. Alors pourquoi s´en priver!
Mais là où le bât blesse, c´est lorsque J.P. Mari justifie l´inertie d´une armée formée à la soviétique et qui aurait oublié d´être léthargique la nuit du putch de Janvier 92, par son extrême léthargie sur le terrain et c´est certainement cette même léthargie naguère contractée chez les soviétiques qui a sans doute produit les massacres de civils en Tchéchénie avec l´impunité assurée et la bonne conscience de la désafghanisation en prime…
C´est au nom de cette même léthargie que la nuit du 5 Septembre 1997 à partir de 20 heures, aucune unité de la police de l´armée ou de la gendarmerie ne se trouvait dehors pendant que se déroulait un horrible carnage à Beni-Messous oublié le lendemain même par la télévision Algerienne qui a préféré montrer en direct et pendant toute la journée les images sur… l´enterrement de Lady Diana.!!!!
La même nuit, lors d´une tentative de diversion opérée par des éléments de la D.R.S. au quartier El-Idrissi à El Biar, en entendant les cris de femmes et d´enfants dégringolant les flancs de colline de Bouzareah jusqu´au ¨frais vallon¨ j´ai personnellement appelé le commissariat du 13º arr. Et la brigade de gendarmerie d´El Biar où je m´étais vu opposer une fin de non recevoir délibérée en des termes qui ne seraient pas agréable à entendre.
J´aimerai alors rappeler à J.P. Mari qu´en Algérie, les lois et règlements civils ou militaires font obligation aux corps constitués d´intervenir en cas de danger frappant des civils.
Cette nuit là de mon domicile à la cité Baranès à Châteauneuf d´où je dominais l´autoroute du ¨Frais Vallon¨ je ne distinguais plus que les va-et-vient d´un camion jaune à chassis long que les agents de la D.R.S. connaissent bien et qui ne sort que précédé et suivi par des voitures militaires hérissées de projecteurs. Ceux là même qui venaient de décrocher d´El-Idrissi sous l´intervention et le feu nourri des commandos de l´A.I.S. pullulant dans le coin.
C´est cette même léthargie qui a permis aux assassins de la D.R.S. d´investir le quartier à bord de véhicules de la protection civile pour mettre les habitants en confiance et tromper par la même, leur vigilance. De taille athlétique, apparemment bien nourris, vêtus de combinaisons noires, passe-montagne, Rangers ¨para¨ et mitraillette UZI à la bretelle, ils ne ressemblaient en rien à des groupes armés traqués dans les maquis de Sidi-Youcef comme l´a décrit El watan du lendemain.
Cependant il y a une contradiction de taille dans son article, J.P. Mari affirme plus loin en décrivant les services de la sécurité militaire eux même issus de l´armée: entrainés par les services de l´Est, ils sont connus pour leur capacité d´infiltration et de manipulation. Au fait, où est la léthargie ?
Quant aux milices armées, pour ne citer que celles de Boualem Mekhfi et du capitaine Okba, sévissant entre Bouira, Lakhdaria et Laghar Omar, elles sont placées à ma connaissance et jusqu´à preuve du contraire sous l´autorité du commandant Omar du secteur militaire de Bouira. De plus, quels textes de la constitution Algerienne autorisent SONATRACH à recruter des mercenaires ?

En somme J.P. Mari accuse tout le monde pêle mêle: les civils, les tribus rivales, les Harkis, les miliciens, des éléments des forces spéciales, contre l´avis bien sûr de leur hiérarchie frappée de léthargie à la soviétique, les bandits, les proxénètes et même les banquiers. Tous! Sauf les généraux!
Tous les cas de figure sont représentés. L´autopsie d´un massacre ressemble étrangement au recueil de directives frileuses que fournissait la D.R.S. à la presse dite indépendante pour justifier ou tenter d´expliquer des crimes inqualifiables.

Cependant, une seule thèse manque à l´inventaire: celle des massacres attribués alors, par la presse dite indépendante à une secte satanique dissidente des G.I.A. ¨El ghadiboune ââla allah¨ et dont les adeptes se distingueraient par leurs cranes rasés comme des skins head version post-apocalyptique, les sourcils rasés , les barbes tressées et l´index de la main droite coupé. C´est dire combien dans l´euphorie de l´orgie sanguinaire de l´époque, jusqu´à quel point le cynisme de la presse pouvait le disputer à l´horreur et aux crimes de ses commanditaires.

Buenos aires le 6 Avril 2001
Iskander DEBBACHE

 

Retour

algeria-watch en francais