«Les terroristes profitent du laxisme de la population»

FODIL CHERIF BRAHIM, GENERAL MAJOR, CHEF DE LA 1er REGION MILITAIRE

«Les terroristes profitent du laxisme de la population»

El Watan, 15 juin 2002

Le chef de la 1re région militaire, le général major Fodil Cherif Brahim, a déclaré hier que l’administration et la population observent «un laxisme des plus criants».

«Ils réagissent comme si le terrorisme a été complètement éradiqué.» L’officier supérieur refuse de parler d’une «nouvelle stratégie des groupes armés» et préfère plutôt mettre la recrudescence des actes terroristes sur le compte du «laxisme et de l’absence de vigilance» observés ces derniers temps. «Je disais il y a quelque temps qu’il restait au GIA 30 à 35 éléments armés qui peuvent organiser des dizaines de massacres par jour. Nous les avons chassés des montagnes ; ils ont opté pour les villes où la population semble vivre comme si le terrorisme n’existait pas.» Le général major explique que les troupes du GIA activent en petits groupes de 3 à 4 individus qui utilisent, pour circuler, les bus et les transports publics où aucune mesure de sécurité n’est prise. «Les terroristes savent profiter du manque de vigilance de la population et du laxisme de l’administration qui ne fait rien pour assurer l’éclairage public et le bon fonctionnement des réseaux de télécommunication.» Une situation, explique le chef de la 1re région militaire, aggravée par cette «démobilisation» observée chez les GLD au moment des attaques terroristes. «Le numéro vert mis à la disposition de la population et qui a permis aux forces de sécurité d’avoir des informations précieuses, à l’origine de l’anéantissement de nombreux groupes armés, ne sonne plus depuis plus de deux ans. Personne n’appelle ce numéro, comme si le terrorisme a pris fin.» Le général major estime par ailleurs que la stratégie de lutte contre les groupes armés concerne tout le monde et ne doit pas être l’apanage des seules forces de sécurité. En outre, il reconnaît que l’un des paramètres qui ont attisé l’activité terroriste est la libération de certains d’entre eux des prisons en l’an 2001 lors de la grâce présidentielle. «Les élargis constituent un terrain important pour la logistique des groupes armés. Ce qui rend la collaboration de la population capitale, pour la neutralisation de ces bandes de desperados qui sèment la terreur.»

Par S. T.

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Face au danger terroriste

L’ANP accuse l’administration locale de laxisme

La léthargie des pouvoirs publics et des administrations communales ne date pas d’hier.

Un laisser-aller condamné par l’ANP qui s’apparente à une complicité passive

Nordine Benkhodja, Le jeune Indépendant, 16 juin 2002

Depuis mardi dernier, les massacres terroristes s’opèrent au quotidien. Le bilan de ces quatre derniers jours est lourd : 24 morts et 25 blessés. Les services de communication de l’ANP, seule structure officielle habilitée à traiter et à diffuser l’information sécuritaire, pointent ouvertement un doigt accusateur vers les administrations locales communales pour laxisme caractérisé, mais aussi vers les citoyens pour leur manque de vigilance.
« Cet acte ignoble a donc été favorisé par l’incroyable léthargie qui caractérise tant l’administration locale communale, défaillante dans le cas d’espèce, que celle de la population qui fait montre d’absence patente de vigilance », peut-on lire dans le communiqué de la cellule de communication de la 1re Région militaire. Selon ces mêmes services, « les forces de l’ordre, services de sécurité et unités de l’ANP confondus, font tout ce qui est dans leur pouvoir pour venir à bout de ces dangereux criminels », mais l’apport des citoyens et de l’administration est indispensable afin de mener à bien cette mission et éviter de nouveaux massacres. Le général-major Fodhil Chérif, chef de la 1re Région militaire, expliquera à la presse qu’à Khraïssia (lieu du dernier carnage) il n’y avait pas d’éclairage parce que les lampes ont été cassées. Les terroristes auraient donc profité de l’obscurité pour commettre leur forfait. Au même moment, un seul des 18 éléments des GLD résidant sur les lieux du massacre a riposté en usant de son arme ; les autres « devaient dormir », ajoute le général.
L’absence manifeste des pouvoirs publics ne date pas d’hier. Un laisser-aller qui s’apparente à une complicité passive. Les attaques terroristes surviennent généralement de nuit, à partir de 22 heures, et dans des endroits isolés. On se rappelle déjà qu’en décembre 1999 il y a eu deux carnages au même endroit (Bousmaïl) et pour les mêmes défaillances, soit des problèmes d’éclairage. Après avoir décapité à la hache 17 citoyens, les criminels sont revenus, deux semaines plus tard, sur le lieu du forfait pour en tuer six autres. Après le premier massacre, des citoyens s’étaient rendus chez le P/APC pour demander des poteaux électriques afin d’assurer l’éclairage. « Des poteaux électriques ? Mais pour quoi faire ? » répondit le responsable. Une indifférence assassine, un début de réponse. N. B.