En Algérie,la famille de l’auteur de «la Sale Guerre» a peur

Visite de la police chez les Souaïdia
En Algérie,la famille de l’auteur
de «la Sale Guerre» a peur

Frédérique Amaoua, Libération, 10 et 11 fevrier 2001

Depuis deux jours, le quartier de la Cathédrale à Tébessa est terrorisé. Là, dans cette ville de l’est algérien, vit la famille de Habib Souaïdia, cet ex-lieutenant qui vient de publier la Sale Guerre (Libération du 8). En France, son témoignage a provoqué la stupeur: voilà pour la première fois confirmées, par un officier de terrain, les violences, les exactions, les tortures commises au quotidien par les militaires dans ce conflit qui a fait plus de 150 000 morts. En Algérie, c’est un autre genre de lancement qui a lieu, comme s’il fallait, pour sa sortie, illustrer le livre de Souaïdia.

Le 7 février à Tébessa, un homme avec une caméra sonne chez la mère de l’ex-officier. «Mouloud Benmohammed, journaliste», se présente-t-il. «Ton fils vient d’écrire un livre qui va bouleverser le monde.» Dans la maison, les frères s’affolent. Deux sont chômeurs, «comme tous les Algériens». L’autre vend des vidéos. Famille modeste, sans histoire. Habib, lui, avait signé dans les troupes d’élite «par esprit patriotique, pour combattre les islamistes».

Déjà, au printemps dernier, lorsque l’ex-officier tout juste réfugié en France avait donné un témoignage dans des médias, ses frères et quatre amis à Tébessa avaient été interrogés par la sécurité militaire. Cette fois, «Mouloud Benmohammed, journaliste» est éconduit. Il reviendra, dit-il. Le 8 février, encadré d’importantes forces de sécurité, c’est tout le quartier de la Cathédrale qui est passé au crible. «Depuis, on a peur.»

Juste après la publication l’an dernier de Qui a tué à Benthala?, le témoignage de Nesroulah Yous qui met en cause l’armée dans le massacre de 400 civils en 1997, les mêmes scènes avaient eu lieu. Visite de «Mouloud Benmohammed, journaliste» à Benthala, puis des forces de sécurité, arrestation de voisins. Sortant de la sécurité militaire, l’un d’eux s’était mis à accabler Yous. «Dès que quelqu’un parle, tous les siens, même des cousins qu’il ne connaît pas sont inquiétés», raconte un autre. Vendredi, comme à chaque fois que l’heure est grave, les généraux, réels détenteurs du pouvoir à Alger, sont entrés en conclave.

 

 

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