Terrorisme et guerre des chiffres

TERRORISME ET GUERRE DES CHIFFRES

Chawki Amari, 27 novembre 2002 (http://membres.lycos.fr/algo)

50.000 morts depuis 1992 selon l’état-major de l’armée algérienne, 100.000 selon le président de la république algérienne et 150.000 à 200.000 selon les organisations des droits de l’homme et les observateurs, la guerre des chiffres est aussi vieille que le conflit lui-même. Mais au delà du chiffre brut des victimes de cette guerre sanglante, il y en a d’autres ; terroristes abattus, terroristes en activité, ceux, repentis et les autres, en prison. Etat des lieux.

Dès les lendemains de la capture du groupe d’Alger (Al Ahrar) en avril 2002, Yazid Zerhouni, ministre de l’intérieur, annonçait fièrement que le nombre de terroristes encore en activité était de 700 ( pour 800 en 2001 toujours selon le ministre). Quelques mois plus tard, un officier supérieur de l’armée,le général Maïza, présent lors du colloque international sur le terrorisme qui s’est tenu à Alger à la fin octobre annonçait qu’il en restait 600, dont 300 du GSCP de Hassan Hattab et une soixantaine du GIA dirigés par Ouakali Rachid, dit Abou Tourab, sévissant dans les régions de Blida, Aïn Defla, Chlef, Médéa, Mascara, Sidi Bel-Abbès et Skikda », le restant étant réparti sur le territoire national en petits groupes autonomes de 6 à 8 personnes. Si chacun, du moins du côté des officiels, rappelle qu’en 1992, au tout début de l’apparition du terrorisme, les terroristes étaient 27.000, dont 7000 de l’AIS, il y aurait donc eu en 10 ans 26.000 terroristes abattus, capturés, qui se seraient rendus ou auraient abandonné le combat. Le général Maïza, toujours lui, explique d’ailleurs que « «15.200 terroristes ont été neutralisés [en 10 ans] et 30.000 autres (dont des éléments de réseaux de soutien) ont été jugés» et que d’un autre côté, 6000 terroristes auraient profité de la loi sur la concorde civile pour déposer les armes. Si l’on considère que sur les 30.000 activistes jugés, seul le tiers sont des terroristes (10.000), ce qui équivaut approximativement à l’estimation du nombre de terroristes actuellement en prison pour crimes de sang, on pourrait faire la soustraction 27.000 * 15.200 (abattus) * 6.000 (repentis) * 10.000 (jugés) = -4000 et non pas 600. Il y aurait 4000 terroristes qui n’auraient pas été comptabilisés dans la période 1992-2002. Il n’y aurait donc pas 600 ou 700 terroristes en activité aujourd’hui mais vraisemblablement 3 ou 4000, peut-être moins vu le ralentissement du recrutement, mais assez pour expliquer les nombreuses attaques mortelles, contre les militaires d’une part et les civils de l’autret à l’Est, il y a eu une dizaine d’attaques pendant ce ramadan, se soldant par une vingtaine de morts parmi les forces de sécurité, alors que l’effectif admis du GSPC d’après l’état-major n’est que de 300 hommes. L’armée algérienne et les groupescivils d’autodéfense sont près de 400.000, comment expliquer que Hassan Hattab et ses 300 hommes soient toujours aussi actifs ? De la même façon, on pourrait procéder à un autre calcul gratuit ; s’il a fallu 10 ans, 20 milliards de dollars et 400.000 hommes pour mettre hors d’état de nuire 15.000 terroristes, il va falloir encore près de 3 ans et 6 milliards de dollars pour en finir avec les 4000 derniers, d’autant que la fréquence des opérations militaires d’envergure n’a pas varié (une quarantaine entre 2000 et 2002 et près d’une centaine depuis l’apparition du terrorisme en 1992) et si toutefois l’alimentation des maquis est stoppée par une réelle politique d’ouverture, de partage, de transparence, d’emploi et de croissance pour tous, ce qui est loin d’être lecas. Le terrorisme a encore de beaux jours devant lui. Et les citoyens de nombreux cauchemars à alimenter.

Note
Les groupes terroristes ayant sévi ou sévissant encore en Algérie depuis 1992 sont au nombre (effrayant) de 20, sans compter les 4 mouvements touaregs de l’Azawad, catalogués par les instituts spécialisés comme terroristes pour leur propension à attaquer des civils dans l’extrême sud algérien, même si aujourd’hui, seuls quelques ex-militants continuent à activer et ont sombré dans le banditisme ordinaire. Ces 21 groupes terroristes sont les suivants, par ordre d’importance, les 10 premiers activant encore aujourd’hui, les autres s’étant auto-dissous, anéantis, déposé les armes ou étant des créations éphémères des services d’inflitration du DRS.

GIA, groupe islamique armé, divisé en plusieurs kata’ebs, phalanges autonomes
GSPC, groupe salafiste pour la prédication et le combat
MPD, mouvement islamique pour la prédication et le djihad
Houmat daâwa salafia, groupes de prédication salafiste
Groupe salafite pour le djihad
Groupe salafiste combattant
Groupe salafiste pour le djihad
Protecteurs de la prédication salafiste
Baqoun ala ahd, les fidèles du serment
Kata’eb el qods, les phalanges d’El Qods (Jérusalem)
AIS, armée slamique du salut
LIDD, ligue pour la daâwa et le djihad
APM, armée du prophète Mohamed
Hijra oua takfir, exil et excommunication
Compagnie unifiées du djihad
Djihad 54
Charia oua Sunna, coran et enseignement du prophète
L’armée islamique
Le jour de la rédemption
Mouvement islamique du salut

C.A (Chawki Amari).