Une grossière manipulation

Magazine 90 minutes de Canal +

Une grossière manipulation

http://www.agirpourlalgerie.com/canal.htm

La chaîne cryptée Canal + diffusera ce lundi 4 novembre, un magazine consacré aux attentas qui ont secoué la capitale française en 1995. Invité à livrer mon témoignage pour les besoins de la réalisation de ce magazine, à ma grande surprise, je découvre lors du visionnage de la cassette destinée à la presse avant diffusion publique, que les auteurs de cette oeuvre ont fait dans une manipulation de bas étage. Alors que je m’attendais à un travail journalistique honnête qui met en image les facteurs réels la tragédie que vit le peuple algérien depuis plus de dix ans et dénoncer à l’opinion publique internationale les véritables auteurs de ce drame, Canal + s’est contenté de reprendre des clichés éculés qui ont fait les choux gras de la presse française durant de longues années.

Dans ce magazine, ce ne sont pas les généraux prédateurs qui sont mis en cause, mais l’armée algérienne en tant qu’institution républicaine. Une institution déjà mise à mal par des anciens sous-officiers de l’armée coloniale qui l’ont instrumentalisée pour imposer leur domination à tout un peuple.

En dénonçant les généraux maffieux qui ont ruiné l’Algérie, j’ai de tout temps clamé haut et fort que nous ne devons nullement confondre l’armée algérienne issue du peuple et une poignée de généraux issue de l’armée coloniale. L’amalgame ne profite qu’à ces ennemis de l’Algérie et de son armée.

Le 5 juillet 2002 au moment de la célébration du quarantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, un ancien sergent de l’armée française, Khaled Nezzar, en se faisant tout petit devant des juges et des avocats français dans l’enceinte d’un tribunal français a déshonoré l’armée algérienne par ses mesquineries et ses délires.

Canal + choisit une autre date qui nous est chère pour en programmant dans la première semaine du mois de novembre un magazine insultant à l’armée algérienne.

Pour cette raison, j’ai demandé, par la lettre ci-dessous, à la direction de la chaîne cryptée de supprimer mon témoignage, qui a été sorti de son contexte, du film qui sera diffusé.

A
Monsieur Paul Moreira
Directeur de l’information
de la chaîne de télévision Canal +

Copie à :
M. le Directeur Général
De la chaîne De télévision Canal +

Objet : Demande de retrait de mon témoignage du Magazine 90 minutes

Monsieur,

Ayant l’occasion de visionner le documentaire consacré aux attentats de Paris de 1995 dont la diffusion est programmée pour le lundi 4 novembre 2002, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir supprimer mon témoignage pour les raisons suivantes :

Après avoir visionné ce documentaire, je constate une grossière manipulation des évènements qui ont secoué la capitale française en 1995. Ce documentaire ne fait qu’entretenir l’amalgame entre l’institution militaire algérienne et une poignée de généraux véreux. Un amalgame que je ne cesse de combattre tant il sert les intérêts de ceux qui sont à l’origine du drame que vit mon pays depuis plus d’une dizaine d’années. Ce documentaire qui devait dénoncer une poignée de généraux maffieux a finalement pris une autre tournure. Il s’attaque à l’armée algérienne en tant qu’institution républicaine. C’est une insulte à l’Algérie en ces jours de commémoration de la glorieuse révolution du premier novembre. Une insulte que je dénonce de toutes mes forces.

J’étais, pourtant, très réticent pour livrer mon témoignage à M. Romain Icard qui m’a convaincu de l’honnêteté professionnelle de son équipe en dépit des réserves que j’ai exprimées au sujet de la presse française qui ne cesse d’user de clichés dégradants pour l’armée algérienne composée dans sa majorité d’enfants du peuple tout en épargnant les véritables responsables de la tragédie algérienne, à savoir une poignée d’anciens sous-officiers de l’armée coloniale qui se trouve, aujourd’hui, aux commandes de l’Algérie.

Une année avant que je ne sois contacté par Romain Icard, j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement, sur ce sujet, avec le coauteur du documentaire, M. Jean Baptiste Rivoire au mois de septembre 2001en présence de sa compagne, une ressortissante algérienne. Mon interlocuteur à qui j’avais refusé de remettre le manuscrit de mon livre « La Mafia des Généraux » avait bien compris que je n’étais pas un homme manipulable et que mon discours n’entrait guère dans la grille de lecture que veulent imposer les médias français aux intervenants algériens sur l’actualité politique algérienne. C’est ce qui explique, par ailleurs, les nombreux entretiens accordés à la presse française et qui n’ont jamais été publiés sans la moindre justification. Canal + fait partie du lot des censeurs. Vous pouvez demander à M. Fauchoux l’un des journalistes du « vrai Journal » ce qu’est devenue son enquête sur le groupe Khalifa pour laquelle mon témoignage a été enregistré le lundi 18 mars à 15 heures dans les locaux de votre chaîne. Il ne verra pas le jour de si tôt. Et pour cause… M. Karl Zéro a goûté a été bien arrosé par Rafik Khalifa.

Sollicité une année plus tard par son collègue, M. Romain Icard, j’ai exprimé mes réserves et demandé des assurances à ce que mes propos ne soient pas dénaturés ou sortis de leur contexte. Promesse m’a été faite que la déontologie journalistique sera respectée. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, une fois le documentaire mis en boîte.

Du coup, par les passages sélectionnés, je cautionne malgré moi et par la volonté d’un montage pas dénué d’arrières pensées, des propos très graves tenus par des personnes qui ont pour seul soucis de libérer leur conscience des crimes commis contre le peuple algérien et dans lesquels ils ont pris une part de responsabilité importante. Et ce, en s’attaquant sans vergogne aucune contre l’armée qu’ils ont déserté une fois leurs privilèges remis en cause.

Ayant quitté volontairement l’armée algérienne en 1990 bien avant que l’Algérie ne sombre dans le cauchemar de la violence et n’ayant aucune crime sur la conscience, je me refuse d’apporter ma caution à des déclarations faites par des éléments qui ont été témoins de la création du GIA par les services secrets algériens sans broncher et d’autres qui ont apporté leur soutien aux massacres dont ont été victimes des milliers d’Algériens. Ceux qui versent, aujourd’hui des larmes de crocodiles sur les victimes des attentas de Paris en traînant dans la boue l’armée algérienne, leur -a -t-on posé la question « où étiez-vous à cette époque là ? » et « pourquoi n’aviez-vous pas réagi au moment où il fallait réagir ? »

Le magazine 90 minutes consacrés aux attentas de Paris est une grossière manœuvre tant il donne l’occasion, aussi, à ceux qui ont applaudi le GIA quand il violait des femmes, enfournait des nourrissons et égorgeait des innocents sous prétexte qu’il s’agit de Djihad contre le pouvoir en place. Certains témoins auxquels vous avez fait appel n’ont à aucun moment dénoncé ne serait-ce que du bout des lèvres les crimes du GIA qu’ils ont fini par reconnaître qu’il est un produit des laboratoires dirigés par les généraux Mohamed Mediène dit Tewfik et Smaïn Lamari.

En menant un combat contre des généraux maffieux, je ne peux me permettre de cautionner ceux-là mêmes qui les servaient jusqu’à perte de leurs privilèges vers la fin des années quatre vingt-dix pour les dénoncer plus tard sous le sceau de l’anonymat et dans le cadre d’un fantomatique mouvement dont les liens avec des services étrangers ne font plus l’ombre d’un doute. Je ne peux livrer un témoignage qui vient en contradiction avec ce que j’ai toujours plaidé à savoir que les généraux qui ont mis à sac l’Algérie n’ont rien à voir avec l’Armée algérienne. Cette dernière est otage entre les mains d’une mafia qui s’appuie sur une organisation criminelle qui a pour nom le GIA et dont la mission est de semer la sédition au sein de la nation algérienne.

Pour avoir manipulé mon témoignage en le déplaçant de son contexte, je vous demande de le supprimer, faute de quoi, je me réserverais le droit de saisir les juridictions compétentes.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués

Fait à Paris le 30 octobre 2002

Hichem ABOUD