Des missions du DRS dévolues au ministère de l’Intérieur

DES MISSIONS DU DRS DEVOLUES AU MINISTERE DE L’INTERIEUR

La fin d’une époque

Un événement politique majeur qui propulserait l’Algérie dans un authentique système démocratique pourrait intervenir dans un proche avenir.

El Watan, 24 avril 2002

Nous apprenons en effet que beaucoup de pouvoirs détenus actuellement par le général Smaïn Lamari du DRS (Département renseignement et sécurité) seront transférés au ministère de l’Intérieur. Depuis l’indépendance, ce que le citoyen appelle la Sécurité militaire (SM) s’est mêlé profondément dans la vie politique. Sa voix était prépondérante dans la nomination des ministres, des secrétaires généraux en tous genres, des walis, des chefs de daïra, des directeurs d’entreprise, des ambassadeurs et autres diplomates, et même des chefs de bureau de l’APS aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. La SM avait le droit de veto sur n’importe quelle nomination, et tout un chacun avait intérêt à être dans ses bonnes grâces.
Pour des considérations historiques liées à la guerre de Libération, l’ANP, héritière de l’ALN, s’est totalement impliquée dans le jeu politique du pays au point que rien ne se faisait sans elle, du sommet à la base. L’ANP a joué un rôle historique en sauvant le pays de la catastrophe en décidant, en janvier 1992, l’arrêt d’un processus électoral qui allait remettre l’Algérie aux mains des talibans algériens et faire d’Alger un second Kaboul.
Mais le monde change. La société algérienne ne veut pas être en reste. L’armée a compris cette évolution. Elle décide de se fixer à la tâche qui est réellement la sienne : la défense de l’intégrité territoriale du pays et la lutte contre la subversion. Cette nécessité a été soulevée déjà en 1996 par le président Liamine Zeroual.
Dès 1998, avons-nous appris de source digne de foi, l’ANP a organisé des séminaires internes pour examiner les meilleures moyens de se désengager des affaires politiques. L’armée aurait décidé d’accélérer le processus lorsqu’elle a constaté qu’elle a fait l’erreur qu’elle n’aurait jamais dû faire : elle a ramené à la tête de l’État Abdelaziz Bouteflika, un homme totalement coupé des affaires nationales et en plus un velléitaire sans compétence aucune. Trois raisons incitent aujourd’hui l’armée à se retirer et à laisser la gestion des affaires du pays aux civils.
– Elle ne supporte plus d’être le responsable de tous les maux du pays et à ce titre, les partis démocratiques, une bonne frange de la société civile, la pressent de partir tout en laissant toutefois place nette, c’est-à-dire l’éradication définitive du danger islamiste.
– L’accord d’association avec l’Union européenne implique un respect total des libertés fondamentales et des valeurs démocratiques, ce qu’une interférence des militaires ne peut assurer, estiment les Occidentaux.
– Enfin, le partenariat avec l’OTAN exige lui aussi la même démarche.
L’Algérie ne peut rester en marge de ce mouvement universel, et nos militaires l’ont bien compris. Ils pourront alors s’atteler à une autre mission exaltante : la professionnalisation de l’armée. Ils auront ainsi mis fin à 40 ans d’hégémonie sur la vie politique.

Par T. Belghiche

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Ombres influentes

Traditionnellement, le renseignement stratégique et sécuritaire relevait, dans la quasi totalité des États, des attributions de l’armée pour des raisons évidentes d’efficacité et de résultat difficiles à atteindre dans un cadre d’activité légal et transparent.

L’appellation même de « services secrets », terme générique universel désignant l’ensemble des structures impliquées dans l’espionnage et le contre-espionnage, renvoie à un exercice de l’ombre qui échappe forcément aux règles courantes de la vie et de l’administration civiles. Mais dans le courant de ces dernières décennies, en particulier les récentes années, les services de renseignement des grandes puissances et d’autres pays développés acceptent de lever une partie du voile entourant leurs activités et procèdent même à des recrutements par voie d’annonces publicitaires.

Il serait toutefois naïf de croire que leur soumission aux autorités civiles est totale ou qu’ils se sont délestés de leur pouvoir d’influence sur ces dernières. Coups tordus et tentatives d’infléchissement des politiques officielles sont encore d’usage et expliquent parfois les aspects incompréhensibles ou les tournures surprenantes que peuvent prendre des relations entre États, voire multilatérales. La persistance de l’aura de mystère et des tabous qui entoure encore les « services secrets », y compris dans les démocraties avancées, n’empêche pas, malgré tout, les velléités de reprise en main et de contrôle par les pouvoirs politiques. On l’a vu dernièrement en France où le Premier ministre a décidé de mettre un terme à la pratique des fonds secrets dont la plus grande partie allait précisément à la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et à la DST (Direction de la sécurité du territoire).

En Algérie, on est loin de l’époque où il était risqué de prononcer en public les deux lettres SM (Sécurité militaire) et plus périlleux encore d’évoquer le nom de son chef, Kasdi Merbah. L’avènement du multipartisme et la liberté de ton de la presse privée ont notablement rétréci ce qu’on pourrait appeler les domaines réservés, non concernés par le débat. Aujourd’hui, personnalités et partis politiques remettent publiquement en cause ce qu’ils considèrent être une trop forte implication de l’armée et du DRS dans la vie politique et institutionnelle.

Mais on croit savoir que la réforme qui va s’appliquer à l’armée, et qui est préparée de longue date, obéit davantage à un souci de professionnalisation, même si, à terme, cela se traduira par son désengagement effectif de la sphère politique. C’est sans doute le sens à donner aussi au projet qui consisterait à faire relever du ministère de l’Intérieur, donc théoriquement de l’autorité civile, une partie des prérogatives et missions actuellement dévolues au DRS.

Par A. Samil

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L’entrisme comme politique

Depuis les événements d’Octobre 1988, l’armée et particulièrement le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), a investi l’ensemble des structures de l’État où rien n’est fait sans son aval ou sans être porté à sa connaissance.

L’apparition du terrorisme et sous couvert de la lutte contre la subversion, cet entrisme s’est bien renforcé au point où le DRS est devenu, comme l’a si bien défini Saïd Sadi, président du RCD, « le plus grand parti politique que l’Algérie a connu ». A Alger par exemple, au tout début de son passage au statut de gouvernorat, des agents du DRS ont été affectés au niveau de toutes les communes et daïras pour occuper les postes d’assistants à la sécurité. L’objectif de cette stratégie était en fait de prendre en charge la sécurité, mais aussi de collecter les informations liées au terrorisme.

Mais leur mission a vite été dépassée, du fait du net recul de l’activité terroriste en milieu urbain et certains de ces agents se sont lancés dans les affaires en profitant des privilèges liés à leurs postes (véhicules, téléphone portable, bons d’essence…). Ils se sont donc retrouvés impliqués, au même titre que de nombreux élus locaux, dans des scandales liés à la corruption et aux détournements de deniers publics. Certains se sont même transformés en barons intouchables vu leurs relations avec de grands personnages du système, mais aussi la terreur qu’ils inspirent de par leur appartenance à ce service de l’armée. Tout passe par ces assistants à la sécurité, des projets de construction des communes jusqu’à la délivrance des permis de construire et de lotir.

Aujourd’hui, la présence de ces agents au niveau des APC n’est plus justifiée. Elle n’a d’autre explication que celle de l’organisation éventuelle d’une autre opération de fraude électorale, comme celle qui a entaché les élections législatives de juin 1997. A l’intérieur du pays, certains officiers du DRS ont été au centre de nombreux scandales dont la presse fait rarement état, du fait du silence qui entoure généralement ce genre d’affaires et surtout la crainte des victimes à parler publiquement de peur des représailles. Il est vrai que l’armée a pris des décisions de radiation contre certains ripoux dont la réputation a dépassé le cadre militaire.

Mais il se trouve que l’implication du DRS dans les affaires civiles par son omniprésence à travers l’ensemble des structures et entités socioéconomiques publiques, le met à chaque fois au devant de la scène politique, mais aussi au centre de sévères critiques. D’aucuns considèrent au regard de ces affaires qui ont défrayé les chroniques locale et régionale, qu’il est temps pour l’armée de mettre en retrait de la scène publique ses structures, en particulier le DRS. La nécessaire réforme de l’institution militaire passe inévitablement par son désengagement de la scène politique et un retour à ses véritables missions, telles qu’édictées par la Constitution.

Dans ce cadre, il est important de signaler que les conclusions de la commission installée il y a de cela deux ans, pour préparer la professionnalisation de l’ANP, ne sont toujours pas connues du grand public. Pourtant, elles existent bel et bien mais restent bloquées quelque part, parce que, à un certain niveau de l’institution militaire, la volonté de poursuivre la politique de l’entrisme à outrance au sein de la société est très difficile à écarter. Le combat se situe à ce niveau, et tant que la balance de l’équilibre est du côté des partisans d’une armée fortement présente sur la scène politique, la professionnalisation est un objectif qui reste encore très lointain à atteindre…

Par Salima Tlemçani