Paris doute de la politique de Bouteflika

Paris doute de la politique de Bouteflika

Bouzid Abider, Le Matin, 14 février 2001

Le ministre français des Affaires étrangères a quitté hier Alger en laissant planer le doute quant à l’avenir des relations entre les deux pays. Au terme d’une visite éclair, Védrine n’a avancé aucune date pour la venue de Chirac à Alger, même s’il en a confirmé le principe. Paris hésite à s’engager dans un soutien franc à la politique de Bouteflika.

Paroles de diplomate Le ministre français des Affaires étrangères a animé une conférence de presse hier conjointement avec son homologue algérien. Il a contourné les questions relatives à la polémique autour des auteurs de massacres en Algérie.

La conférence de presse conjointe animée hier à la résidence El Mithaq par les ministres algérien et français des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem et Hubert Védrine, nous a finalement laissés sur notre faim. A l’exception de la confirmation de la visite en Algérie de Jacques Chirac et Lionel Jospin sans toutefois avancer une date exacte, le chef de la diplomatie française s’est souvent contenté de survoler dans ses réponses les principales questions qui sont aujourd’hui d’actualité.

Il y a d’abord cette polémique articulée autour de « Qui tue qui ? » qui resurgit de nouveau et qui agite l’opinion publique française. La réponse de Védrine à ce sujet tient à la seule clause que « la presse est libre » et que « l’opinion publique française est sensible à ce qui se passe en Algérie ». Pour le ministre français des Affaires étrangères, « cette émotion est connue et le gouvernement français ne peut pas l’ignorer ». Le plus important, rassure-t-il diplomatiquement, est qu’il existe entre les deux gouvernements une vision commune de ce que devront être à l’avenir les relations algéro-françaises. Hubert Védrine n’a à aucun moment fait référence à la commission d’enquête internationale qu’exigent certains milieux politiques et intellectuels en France et dans toute l’Europe pour faire la lumière sur certains massacres perpétrés en Algérie, et qui seraient l’uvre de militaires algériens, selon certaines voix. Il a cependant exprimé son souhait et celui de toute l’opinion publique française de « voir cesser toutes les tragédies qui endeuillent l’Algérie et le peuple algérien ».

A la veille de sa venue à Alger, il avait laissé entendre que la France allait parler d’une seule voix avec les Quinze sur la question. La solution, selon lui, « c’est la modernisation de l’Algérie et la réforme de son économie », projet pour lequel milite activement la France, car elle en a fait « un choix stratégique », pour reprendre son expression. A propos de la pratique de la torture pendant la guerre de la Révolution nationale, le chef de la diplomatie française estime que « c’est aux historiens de faire le travail de mémoire ». Sa réponse était encore plus vague lorsque il devait commenter les dernières déclarations de Jacques Chirac concernant les harkis.

Védrine a infirmé l’existence de divergences ou de contradictions entre Bouteflika et Chirac à ce sujet. Il s’agit pour lui de simples nuances dans le langage des deux Présidents. Et puis il est normal d’après lui « que la France leur rende hommage ». Rien de nouveau dans l’affaire dite « le dossier du retour d’Air France ». L’affaire échappe, selon Védrine, au gouvernement français. C’est une affaire commerciale et « le gouvernement français ne peut imposer quoi que ce soit à la compagnie aérienne, bien qu’il souhaiterait la voir reprendre ses dessertes sur les villes algériennes ». Ce qui est nouveau, c’est la décision prise par le représentant du gouvernement français de rouvrir le consulat de France à Oran durant l’année 2002 et le lycée français de Ben Aknoun dès la signature d’une convention avec le gouvernement algérien.

Le ministre français des Affaires étrangères s’est félicité de l’ouverture en décembre dernier du consulat de Annaba et s’engage à améliorer les conditions entourant le flux humain entre les deux pays. Au plan économique, Hubert Védrine « encourage publiquement les investisseurs français à s’impliquer davantage en Algérie ». Cela dit, tout dépendra de « l’intérêt que susciteront les réformes économiques engagées par le gouvernement algérien et des garanties juridiques que l’Algérie compte offrir aux investisseurs étrangers ». Le chef de la diplomatie française a mis l’accent dans ses réponses sur l’importance du processus de Barcelone et le dialogue 5 + 5. Ce dernier n’est pas contraire à l’esprit de la coopération euroméditerranéenne mais plutôt complèmentaire. Seulement il existe, selon lui, des spécificités propres aux pays de la Méditerranée de l’Ouest et qui expliquent ce dialogue.

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