La monnaie monsieur Djouadi !

La monnaie monsieur Djouadi !

 

Colonel X, Membre du commandement du MAOL (Mouvement algérien des officiers libres) à Alger, 29 mars 2001

Tout compte fait, ça devient une habitude chez les décideurs de l’ANP, à chaque fois qu’ils veulent faire passer un message, ils font appel à un des leur, « en retraite officiellement », pour assimiler la farce médiatique à une initiative purement personnelle. Après tout, c’est la transmission du message qui importe et comme Khaled Nezar ne convainc plus personne, c’est Abdelhamid Djouadi qui « après avoir pris le recul nécessaire » part aux premières lignes.

Si le comble a été atteint, c’est bien suite à la sortie de Djouadi qui vient à la rescousse de Lamari et le reste des barbouzes, et d’une même voix désignent la France comme responsable de la dernière (et non la seule) campagne médiatique orchestrée contre l’ANP.

Il est bien simpliste de jeter le tort sur autrui et les accuser de tous les maux, surtout au vue de l’état dans lequel se trouve l’Algérie. Non seulement ceux qui dirigent l’Etat sont responsables d’un ignoble carnage humain mais aussi d’une vraie calamité économique.

Faut-il encore rappeler à Abdelhamid Djouadi et Mohamed Lamari, par la même occasion, certaines vérités qu’ils tentent obstinément d’occulter malgré tout, alors que toute l’Armée et la rue algérienne les connaissent parfaitement.

C’est quand même invraisemblable, le summum de l’avanie que de s’adresser à la nation algérienne avec autant de culot et oser parler d’honneur, de paix, de justice et de liberté.

Faut-il encore rappeler à Abdelhamid Djouadi et Mohamed Lamari et aux autres qui se prennent pour les « Mokh[1] » suprêmes de l’ANP, que leurs niveaux d’éducation (même pas le BAC) est une insulte pour l’Armée qui compte des centaines de docteurs mis à l’écart alors que dans les armées modernes tous les chefs de corps doivent avoir au moins un doctorat.

Faut-il encore rappeler à Abdelhamid Djouadi et Mohamed Lamari que :

Quand Bernard-Henri Lévy, André Glucksman, Jean François Khan, très généreusement gratifiés[2], prennent la défense des généraux d’Alger…La France c’est bien !

Quand Charles Pasqua, Charles Marchiani, Yves Bonnet, Jack Attali[3] et autres politiciens Affairistes font des affaires en échange d’un lobbying aveugle au profit des généraux d’Alger… La France c’est bien !

Quand il s’agit pour Mohamed Lamari d’envoyer sa femme en France, aux frais du MDN bien sûr, pour des cures d’amaigrissement dans une clinique privée qui se reconnaîtra, et en profite pour faire le shopping hebdomadaire… La France c’est bien !

Quand il s’agit pour Lamari d’envoyer son fils, le fameux Capitaine Mourad[4], à Paris pour traiter des affaires avec un diamantaire d’Afrique du sud à coup de millions de dollars… La France c’est bien !

Quand il s’agit pour vous Monsieur Djouadi et vos paires, ainsi que vos familles respectives d’ailleurs, de vous rendre à Paris pour des soins au Val de Grâce et ce pour le moindre petit bobo, alors que des centaines d’enfants leucémiques algériens meurent dans d’effroyables conditions dans les hôpitaux délabrés par manque de moyens… La France c’est bien !

Quand il s’agit de fermer les yeux devant le défilé des flots de dollars qui s’envolent de l’Algérie pour aller garnir vos comptes et ceux de vos acolytes à la BNP et au Crédit lyonnais «pour ne citer que ces deux banques»… La France c’est bien !

Quand il s’agit d’éditer les Khadra, les Yasmina et autres illuminés littéraires de l’éradication extensive… La France c’est bien !

Quand il s’agit pour la France de mettre main basse sur le dossier algérien pour vous défendre et vous couvrir, malgré tout, contre vent et marée… La France c’est bien !

Quand il s’agit de vous fournir des équipements précieux, des voitures blindés comme celles que vous utilisez et ce grâce aux entrées de Charles Marchiani & Co… La France c’est bien !

Quand vous parlez monsieur Djouadi de la convergence des milieux traditionnellement ennemis de l’Algérie et les héritiers de la domination coloniale ! Savez au moins de quoi vous parlez ! Qui est votre allié après tout cela alors ?

Monsieur Djouadi, le bon sens et la politesse imposent à ceux qui ne sont pas des ingrats, d’être reconnaissants envers leur bienfaiteur. Vous-même, Mohamed Lamari et tous vos acolytes vous devez montrer un peu de gratitude et de bienséance et remercier la France pour le semblant d’instruction et de culture qu’elle vous a inculquée lors de vos passages à l’école de guerre à Paris.

Cesser de tenir un discours utopique d’un nationalisme qui vous excède, ça sonne faux en l’an 2001, à cause de vous plus de la moitié des jeunes algériens sont candidats à l’exil au cas où vous ne l’auriez pas remarqué.

Apprenez monsieur Djouadi que les grands meneurs d’hommes le sont par ce qu’ils conjuguent dans l’acte, grâce au courage singulier qui est bien le leur, non par ce qu’ils disent derrière de fabuleux bureaux feutrés et bien climatisés.

Si Mohamed Lamari se veut d’être par son «ordre du jour» le Yukio Mishima algérien, il aurait dû «en homme d’honneur» se faire Hara Kiri ou à la limite démissionner dés l’avènement du premier massacre de civils. Au contraire, comme vous le savez si bien, grâce à la note dont vous étiez destinataire, il a ordonné aux troupes de ne pas intervenir après 19.00H.

Ce qui relève de la fabulation monsieur Djouadi, c’est votre sens perfide de l’honneur de l’ANP que vous associez au votre. Sachez bien que ce sont des soldats et officiers anonymes qui payent, sur le terrain, de leurs vies vos erreurs. L’honneur et la réputation de l’institution militaire c’est vous même les commandeurs qui les avez bafoué en prenant de graves décisions sans en calculer les conséquences. Et tout compte fait, à bien y penser, pour achever le bradage de l’Algérie rien de plus adéquat que quelques massacres ici et là pour occuper la populace et détourner les attentions mal venantes.

Les affaires, c’est les affaires que se soit en Chine[5] ou en Algérie.

Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons jamais entendu parler d’un massacre à Hydra, Said Hamdine ou même dans aucune autre cité militaire BCBG[6], alors que la logique naïve dit que les « terroristes » devraient commettre leurs basses besognes dans ces endroits. Peut être bien, tout compte fait, que le colonel Tartague (qui va être bientôt promu général) se rattrapera en donnant l’ordre à ses Terro d’organiser un massacre dans les dits lieux rien que pour contredire cet article !

Nous sommes presque touchés monsieur Djouadi par la bonté de votre cœur quand nous lisons que vous êtes content d’avoir sauvé la vie de 5000 Terro et bien plus. Pourquoi donc, si votre mémoire reste toujours bonne, avez vous pris parti pour Mohamed Touati lors d’un réunion du cabinet de sécurité en 1993 au siége du MDN, pendant laquelle ont été discutés les moyens de lutte antiterroriste : zéro tolérance, ça ne vous rappelle rien ? Et pourtant vous avez bien insisté dessus.

De même, lors d’une autre réunion en 1992 qui était présidée par Gaid Salah et à laquelle ont assisté plus de 450 officiers, vous avez soutenu ce dernier qui avait froidement annoncé aux officiers présents qu’en cas de refus d’obéissance le commandement militaire était prêt à louer les services d’une armée étrangère pour venir à bout de tous les insurgés… Vous l’avez quand même fait ou faut–il aussi vous rappeler les mercenaires : Les Sud-africains les Français, les Yougoslaves et autres.

Vous dites que l’Armée a eu la pénible charge de mener une mission de maintien de l’ordre ; mais la question qui se pose d’elle-même : Depuis quand on maintient l’ordre avec du napalm? Depuis quand on torture et on liquide les «Haloufes» sans les juger ? Depuis quand on perd plus de vingt cinq milles détenus qu’on qualifie ensuite de disparus et enfin pour quelle raison on continue d’armer des civils dont le nombre total avoisine le million aujourd’hui ? L’Etat protecteur, il est où ? La loi, vous en avez fait quoi depuis près de dix ans ?

Vous savez plus que n’importe qui que la concorde civile dans sa version 1999 était possible depuis 1995 avec la capture de Madani Mezrague[7] que Smain Lamari a retourné avec une facilité déconcertante, pourquoi avoir attendu cinq longues années pour l’avaliser, savez vous que des milliers de vies auraient pu être sauver ainsi !

Comment pouvez vous seulement tenir ces propos : ‘’les aspirations les plus profondes de la société doivent être perçues sans ambiguïté par les instances politiques!’’ Mais la société Monsieur Djouadi, n’a nullement cessé de crier au secours et dénoncer l’absence flagrante de l’Etat de droit, de justice, de liberté et ce depuis un certain octobre 88.

Vous avez tourné le dos à la populace depuis et n’avez fait qu’a votre tête et vous osez, avec un langage qui est bien le vôtre, parler de la préservation de l’Etat national, de lutte de libération nationale, de maintien de la voie du pluralisme… Corrigez-moi si je me trompe, mais le pluralisme politique, Toufik l’a cousu sur mesure. Les présidents, c’est quand même vous qui les avez désigné, les chefs de gouvernements, les ministres….Que reste-t-il du pluralisme après tout cela, Nahnah, Saadi?

Mais enfin, concernant cette sortie médiatique Monsieur Djouadi, il est quand même étrange qu’elle se face en même temps que l’annonce de l’arrestation de Abdelmadjid Dahoumane, très activement recherché par l’un des plus grands services secrets du monde dans le cadre de l’affaire Ahmed Ressam ; Une affaire toute cousue de fil blanc comme celle de Ali Touchente….

A propos, n’oubliez pas au passage de réclamer au FBI les cinq millions de dollars de récompense, c’est toujours un plus pour vous autres.

Même si les hommes meurent, la vérité elle, ne meure jamais.

A méditer, monsieur Djouadi….

Colonel X

Membres du commandement du MAOL à Alger.

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[1] Les têtes pensantes et les grands stratèges de l’Armée Nationale Populaire.

[2] Surtout Jean François Khan, lorsqu’il a quitté l’évènement du jeudi, c’est grâce au soutient financier apporté par le colonel Souames Habib, alors chef du bureau de la DRS à l’ambassade d’Algérie à Paris, que Khan a pu réaliser son propre magazine.

[3] Jack Attali qui s’est présenté avec son ami de toujours Larbi Belkhier comme acquéreur de la compagnie nationale Air Algérie.

[4] Mourad Lamari a faillit tuer par balle le général Sadek Kitouni au siège du MDN suite à une altercation avec ce dernier à cause de cinq millions de dollars de pot de vin qui devait lui revenir suite au marché avec le dit diamantaire sud-africain que Kitouni n’a pas reversé au compte Lamari. Sadek Kitouni était à l’époque ambassadeur d’Algérie en Afrique du sud.

[5] En Chine Abdelhamid Djouadi a monté une grosse entreprise gérée par un parent ; le chiffre d’affaire est effarant.

[6] Les cités bon chique bon genre comme Said Hamdine (où habite Toufik), Hydra.

[7] Madani Mezrague a était capturé en 1995 lors d’une opération de ratissage durant laquelle il a été légèrement blesse, traiter ensuite au HCA il a était tout de suite mis à la disposition du général Smain.

 

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