Visite éclair Hubert Védrine Alger dans un climat de désenchantement mutuel

Visite éclair Hubert Védrine Alger dans un climat de désenchantement mutuel

Florence Beaugé, Le Monde 13 février 2001

À l’ordre du jour de la rencontre : la circulation des personnes, la coopération culturelle et la formation

Le ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, était attendu, mardi 13 février, à Alger au cours de laquelle il devrait rencontrer le président Bouteflika. Cette visite intervient dans un climat de désenchantement réciproque. La publication en France du livre d’un ancien officier algérien dénonçant les agissements de l’armée dans la  » sale guerre  » assombrit la rencontre.

Après la secrétaire d’Etat au tourisme, Michèle Demessine, fin janvier, puis le ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, la semaine dernière, Hubert Védrine est le troisième membre du gouvernement français à se rendre en Algérie en l’espace de quinze jours. De sa visite d’une journée à Alger, mardi 13 février, il ne faut pas s’attendre à une relance spectaculaire de coopération franco-algérienne, loin de là. L’ambition, côté français, se limite à vouloir accompagner  » les efforts des algérien à sortir de la crise  » ainsi qu’à  » faire le point sur ce qui avait effectué depuis la visite en France du président Bouteflika à en juin 2000 et sur ce qui reste à faire. « 

Au programme du ministre, qui était attendu à Alger en fin de matinée : un entretien avec son homologue, Abdelaziz Belkhadem, et une audience accordée par le président Bouteflika. Un déjeuner en l’honneur de M. Védrine été également prévu, mais on ne savait pas avec certitude si le chef de l’Etat algérien présiderait ce repas ou s’il laisserait ce soin à son ministre des affaires étrangères.

Si le dossier de la reprise des vols d’Air France n’a guère de chance d’être réglé (il achoppe toujours sur la question des procédure de sécurité), d’autres, intéressant directement la vie des algériens, devraient connaître quelques avancées : circulation des personnes, visas, conditions de séjour en France, élargissement de la coopération culturelle et de la formation. Le partenariat euro-méditerranéen, l’arrêt activation de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) ainsi que la situation au Proche-Orient étaient également à l’ordre du jour.

Aura-t-on réussi, à l’issue de ces discussions, à masquer un certain désenchantement, perceptible tous ces derniers mois tant du côté algérien que français ? Qu’elles paraissent loin, en tout cas, les déclarations d’Hubert Védrine, parlant de  » refondation « , de  » souffle nouveau  » entre les deux pays, ainsi que d’une  » situation radicalement différente « , lors de son précédent déplacement Alger, en juillet 1999. On pourrait en dire autant de l’enthousiasme du président Bouteflika, souhaitant temps, en juin, vouloir entretenir avec la France des relations  » non banales, [ni ] normales  » mais  » extraordinaires, exceptionnelles « .

DU LYRISME AU REALISME

Le réalisme succédé au lyrisme face aux difficultés qui perdurent en Algérie et à la crise qui s’éternise, sans solution à portée de vue. Bien que la sécurité soit, dans ensemble, restaurée et maintenue dans les grandes villes, en particulier dans la capitale, la  » concorde civile  » du président Bouteflika n’a pas donné les résultats escomptés et la presse algériennes continue, jour après jour, son feuilleton et son décompte macabre des tueries de civils. Dans la nuit du samedi à dimanche, 27 personnes, parmi lesquelles 12 femmes et 12 enfants, ont encore été massacrées dans un bidonville à Berrouaghia, proche de Médéa.

La venue du chef de la diplomatie française intervient donc dans un climat de profonde lassitude de la population. À cela s’ajoute un sentiment de confusion et d’incertitude grandissant. Cible de toutes les critiques, à commencer par celle de ses alliés de la coalition gouvernementale, le président Bouteflika paraît plus isolé que jamais. Son nouveau concept de  » concorde nationale  » qui viendrait succéder à la concorde civile, provoque plus d’agitation que d’adhésion. En public et en privé, on s’empresse de souligner que le chef de l’Etat a échoué dans la double mission pour laquelle il a été porté au pouvoir il y a deux ans : gouverner le pays et permettre à l’armée de prendre du recul pour procéder à sa réhabilitation. Or, d’une part, les réformes (en particulier le dossier de la privatisation) piétinent et, d’autre part, la hiérarchie militaire n’a jamais été à ce point placée sous les feux des projecteurs – qui plus est internationaux – et sous la menace d’avoir un jour des comptes à rendre.

 » Ce ne sont pas tant les révélations dans un livre de tel ou tel officier réfugié en France qui posent problème aux responsables militaires  » estime un observateur proche du pouvoir, que leur impact possible, à la longue, sur l’opinion publique algérienne. Celle-ci, épuisée par la dureté de sa vie quotidienne, le chômage, le manque de logement, pourrait finir par diriger son mécontentement contre ceux qui tiennent le pouvoir réel. C’est cela, ce qu’ils redoutent le plus. « 

 

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