Conférence de presse du chef d’état-major, Mohamed Lamari

Le chef d’état-major, le général Mohamed Lamari lors d’une conférence de presse

“L’ANP est une armée républicaine”

Sortie de trois promotions d’officiers à l’AMIA de Cherchell

APS, 3 juillet 2002

Le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, Chef d’état- major de l’ANP, a présidé hier, à l’Académie militaire inter-armes de Cherchell, la cérémonie de sortie de trois promotions d’officiers d’active, en présence du commandant des forces terrestres, du commandant de la 1ère Région militaire et de généraux majors, généraux et officiers supérieurs de l’ANP ainsi que de nombreux invités militaires et civils. Après que le Chef d’état-major de l’ANP eu passé en revue les éléments des promotions sortantes, le général Abdou Abdelhamid, commandant de l’AMIA, a prononcé une allocution à travers laquelle il a rappelé les étapes et le contenu de la formation qu’ont eu les officiers et élèves officiers et ses impacts pour l’avenir de leur carrière.
Les officiers et élèves officiers ont par la suite prêté serment avant la remise de diplômes et de grades aux majors des trois promotions du cours d’état-major, de la formation spéciale et de la formation fondamentale tant Algériens que des pays frères et amis, dont des éléments féminins de la formation spéciale.
Après la baptisation de ces promotions du nom du chahid Messaoud Boudjeriou et un aperçu sur le parcours militant et révolutionnaire du chahid, des exhibitions sportives, d’arts martiaux et de mouvements d’ensemble ont été présentées à l’assistance qui a applaudi les nombreuses prestations.
La cérémonie a été clôturée par une parade des éléments de ces promotions.

Le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Mohamed Lamaria réaffirmé le caractère républicain de l’armée nationale.
Dans une introduction à sa rencontre informelle avec la presse nationale à l’académie militaire interarmes (AMIA) à l’occasion de la clôture de l’année de formation de l’ANP, le chef d’état-major s’est appesanti sur les critiques dont est l’objet l’institution militaire.
Dans ce contexte, il soulignera que pour des milieux déterminés, “le mal que notre pays a rencontré, c’est l’ANP”. “Même la catastrophe de Bab El Oued, c’est l’ANP”, a-t-il ajouté. Alors, dira-t-il, si “ces accusations viennent de l’étranger, de milieux hostiles, qu’elles soient les bienvenues”.
“Mais, affirmera le général de corps d’armée, cela vient des Algériens eux-mêmes qui, par méconnaissance, par intérêt ou par calcul politicien mettent tout sur le dos de l’armée”. “Pour être connu, ajoutera-t-il, il faut insulter les généraux et l’armée. Nous avons été traités de voleurs, de tueurs, et il ne manquait plus que de dire que l’ANP a été importée”.
“Cette armée, a martelé le chef d’état-major de l’ANP, est l’armée de notre pays, composée des enfants de notre pays, qui aiment leur peuple, leur pays et le défendent”. Le général a également indiqué que beaucoup “ont parlé aussi de cabinet noir”. “Je vous renvoie, a-t-il dit, aux propos du Président de la République, qui disait que le chef d’état-major de l’ANP a appris la Constitution du gouvernement comme n’importe quel citoyen”. “Ce ne sont pas des propos démagogiques, c’est la réalité”, a-t-il ajouté.
“Nous sommes une armée républicaine. Notre mission est claire et le reste ne nous concerne pas”, a précisé le général avant d’indiquer qu’il y a “un exécutif et des institutions, et c’est à eux seuls de décider”.
Par ailleurs, le chef d’état-major a relevé que “s’il est arrivé par le passé que l’ANP se soit immiscée dans les problèmes politiques de notre pays, c’est qu’à ce moment-là, les institutions mêmes de l’Etat étaient défaillantes”. “Nous avons essayé de pallier cela, a-t-il dit et grâce à Dieu la République et les institutions ont été sauvegardées a-t-il ajouté. “Aujourd’hui, l’armée ne s’occupe plus que de sa mission telle que prévue par la Constitution, ni plus ni moins”. “Il est vrai que nous participons à la lutte contre le terrorisme. Nous le ferons jusqu’au bout”, a encore affirmé le général avant de conclure que “pour le reste, ce n’est pas à nous de nous substituer à d’autres organes de l’Etat”.
l « L’ANP a décidé de communiquer, et nous commencerons par moi-même. » C’est, en guise de préambule, en ces termes que le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général de corps d’armée Mohamed Lamari a inauguré une « rencontre informelle avec la presse autour d’un café ». Inédit, l’événement est donc, en soi, de taille. C’est l’académie inter-armes de Chechell, et c’est là tout un symbole, qui l’a abrité, à l’issue d’une cérémonie de sortie de promotion de haute facture, ou l’impeccable défilé et la démonstration des lauréats de l’année s’est déroulée dans une ambiance de fête, ponctuée par les youyous des familles des officiers sortants heureuses de voir leurs fils étrenner leurs galons. Très décontracté, le général de corps d’armée Lamari l’était aussi en invitant la presse à cette première dans les salons de l’Académie, promettant qu’elle sera suivie par d’autres rencontres régulières. Après une déclaration liminaire, dans laquelle il a insisté sur la nouvelle politique de communication adoptée par l’Armée nationale populaire, et sa volonté de se rapprocher de la presse et du citoyen, le chef d’état – major de l’ANP, s’est prêté de bonne grâce au rituel des questions – réponses, même s’il a reconnu ne pas être très à son aise dans cet exercice nouveau pour lui. Il faut avouer cependant que la stature de l’orateur, sa franchise, son sens de l’humour et la qualité des échanges ont concouru à donner à l’événement un relief particulier. Jugez-en.

L’ANP et la communication
« C’est vrai qu’en matière de communication, nous sommes des profanes. Nous avons mis en place des cellules de communication au niveau de chaque région militaire. Ce sont des officiers qui seront connus de vous, pour apporter des réponses à vos sollicitations, et répercuter les activités de l’ANP. Notre institution a été avare de communication par le passé, ce qui a laissé le champs libre à la calomnie. Je ne reviendrai pas sur tous les griefs, mais tous les maux du pays ont été attribués à l’ANP, y compris les intempéries de Bab El Oued. Que cela ait été le fait d’étrangers ne nous aurait pas étonné outre mesure, nous connaissons les milieux hostiles à l’Algérie. Mais ces attaques viennent de l’intérieur du pays, par méconnaissance, intérêt ou calcul politicien. L’exercice est le suivant : Insultez l’armée et les généraux et vous devenez célèbre. On nous a traités de voleurs, de tueurs. On oublie que cette armée n’est pas étrangère. Elle est constituée d’Algériens qui aiment leur peuple, leur pays et le défendent. Voici la réalité de l’ANP. Les cellules de communication ont pour mission de faire connaître l’ANP et ses missions. Nous avons jugé que c’est le moment de le faire. Nous ferons peut-être des erreurs, mais nous communiquerons. Il y aura symbiose avec le peuple ».

Cabinet noir
« On a parlé de cabinet noir. Je vous renvoie à la déclaration du Président de la République : le chef d’état-major a pris connaissance du nouveau gouvernement comme n’importe quel citoyen. Ce n’est pas de la démagogie, c’est la réalité. Nous sommes une armée républicaine, nos prérogatives sont celles déterminées par la Constitution. Il y a un exécutif, il y a des institutions, c’est à eux seuls de décider. S’il est arrivé par le passé que l’ANP se soit immiscée dans des questions politiques, je dis oui, parce que les institutions étaient en danger. Aujourd’hui, Dieu merci, la République est sauvegardée, les institutions sont sauvegardées, l’armée ne s’occupe que de ses missions constitutionnelles. Ni plus, ni moins. Il y a encore la lutte anti – terroriste à mener, et nous continuerons à la mener. Pour le reste, ce n’est pas à nous de nous substituer à des organes de l’Etat ».

Lutte anti-terroriste
« Le terrorisme vit ses derniers jours. Un terroriste habillé comme un citoyen normal, qui mitraille un bus, il n’y a pas plus facile. Ceci prouve que les terroristes sont dans un désarroi total. J’ai donné un chiffre que personne n’a osé communiquer. On avait affaire à 27.000 terroristes durant les années sombres. Actuellement, nous les estimons à 700. Une bête blessée est dangereuse, et l’ANP et les forces de sécurité n’auront de cesse jusqu’à leur élimination totale. La situation est très bonne, d’ou une tendance à la baisse de la vigilance. La lutte anti – terroriste ne se limite pas aux seuls services de sécurité. C’est une lutte globale, elle concerne les services de sécurité, la population, le gouvernement. Seul, le bâton ne résoudra pas le problème. Nous l’avons dit en 1992. Le terrorisme est vaincu, mais l’intégrisme est intact. Il fabrique encore des terroristes. Encore une fois, les services de sécurité ne sont pas les seuls concernés. Je vous cite un cas malheureux que je déplore vivement. Beaucoup d’entrepreneurs et d’hommes d’affaires, pas tous heureusement, paient la dîme aux terroristes. Ces sommes leur permettent d’acquérir des moyens. Il faut que disparaisse la mentalité démissionnaire, qui consiste à penser « que je sois épargné, et tant pis pour les autres ». Il faut une mobilisation de l’ensemble de la société, à l’instar de la société américaine après le 11 septembre. En Algérie, il y a des hommes et des femmes dans toutes les couches de la société, et avec leur concours nous vaincrons. Souvenez-vous en 1991-92, il ne s’agissait pas autant de lutter contre le terrorisme que de sauver la République, le régime républicain, les institutions de l’Etat. La mission a été accomplie. Le régime républicain existe, les institutions de l’Etat sont là. L’ANP et ses cadres n’ont fait que leur devoir. Ils ne demandent rien. Ils veulent qu’on les respecte, qu’on ne touche pas à leur honneur ».

Relations Président-Institution militaire
« Le Président de la République est constitutionnellement ministre de la Défense et Chef suprême des forces armées, il a le pouvoir constitutionnel de nommer un ministre de la Défense. Je n’ai pas à m’ingérer dans les décisions présidentielles. Nous le consultons, comme par exemple à la veille du 5 juillet, nous lui avons soumis une liste d’officiers à promouvoir, et il est maître de la décision. Nous avons traité avec le Président Zeroual un peu plus, c’est un militaire, d’ailleurs on l’appelait le général Zeroual. Nous avons ouvert une brèche en 1992, nous l’avons fermée en 1999. L’ANP ne s’occupe que de ses missions constitutionnelles. Je m’inscris en faux contre tout le reste.

L’Armée et la corruption
« Pour les réformes économiques et autres, l’institution militaire est la dernière à être informée. Nous ne participons ni au Conseil des ministres, ni au Conseil du gouvernement. Devant vous, je le dis, j’ai travaillé avec plusieurs Chefs du gouvernement, avec des dizaines de ministres, en tout cas depuis 1992. Si jamais quelqu’un a été forcé par le commandement de l’armée à prendre une décision, je serai reconnaissant qu’il le dise. Il m’est arrivé une fois de passer devant le Ravin de la Femme Sauvage, et j’ai constaté qu’on construisait une route pour les habitants d’un bidonville. Je ne le cache pas, j’ai manifesté mon opposition. Le bidonville a été rasé, et tout de suite, on a prétendu que le général Lamari voulait prendre le terrain pour se lancer dans un projet de promotion immobilière. Je crois que nous sommes la seule institution à lutter contre ce fléau de la corruption. Celui qui a le malheur de fauter encours une sanction disciplinaire, sera traduit devant la justice et purgera sa peine. Si un officier supérieur faute, il a tout perdu. Vous avez un cas. L’ex-lieutenant Souaidia. Après que les fautes qu’il a commises avec un groupe ont été avérées, il a été condamné, cassé, mis au rang de djoundi et exclu de l’armée. Que celui qui détient une preuve de corruption nous le montre. Nous, nous menons une enquête. Il n’y a pas trente-six solutions. Ou l’on est blanchi, ou on paye. Si les généraux étaient d’aussi grands trafiquants, ils ne s’inquiéteraient pas chaque fin de mois, et ils le font en m’appelant, pour me poser cette question : »est-ce que la solde a été virée? Voilà à titre d’exemple mon attestation de revenu mensuel et mon bulletin de solde. Vous constaterez que le chef d’état-major perçoit 98.000dinars par mois. Je vous invite à vous rapprocher du MDN, au niveau de la direction de la communication, vous aurez tous les éléments de la solde, du djoundi au général-major ».

Professionnalisation de l’ANP
Vous aurez remarqué que nous parlons de professionnalisation et non pas d’armée de métier. C’est-à-dire que le service national aura toujours sa place. Demain, il concernera moins de jeunes en nombre, et sa durée sera plus réduite. Si jamais nous aurions pensé à réduire le service national, les événements de ces dix dernières années nous en auraient dissuadé. Rappelez-vous du « qui tue qui ». Nos jeunes appelés discutaient avec leurs familles et amis lorsqu’ils partaient en permission. Rappelez-vous ce qui a été dit sur Bentalha. Nos appelés ont été nos meilleurs avocats. La professionnalisation, nous la vivons de jour en jour. Nous avançons, et nous avançons sûrement. En ce qui concerne les armées étrangères, nous étions considérés comme des pestiférés. Les choses ont changé. En 1997, nous avons reçu le premier amiral de la VIème flotte. Nous n’avons aucun complexe. Nous nous rencontrons, nous avons des exercices en commun, il y a un échange d’expériences. Ce genre de contact, nous l’encourageons et le multiplions ».

Un civil à la tête du MDN, pourquoi pas ?
« Un civil comme ministre de la Défense? Je pose une seule condition, qu’il soit Algérien. Ce que les gens ignorent, c’est que les attributions du ministre de la Défense sont très claires, et les missions du chef d’état-major sont très claires ».

« Qui tue qui? »
« On m’aurait vu avec le général Fodil Chérif descendre d’hélicoptère pour tuer des enfants. C’est tellement bas, mesquin. L’objectif est de casser ce qu’il y avait de plus solide, l’ANP. Avec Nezzar, c’est un procès qui va aller au-delà de la diffamation. Qu’on crève l’abcès définitivement ».

Communication sécuritaire
« La communication sécuritaire est l’apanage du ministère de l’Intérieur. Certains pensent que cela est dévolu à l’armée parce qu’il y a l’état d’urgence. L’armée n’a rien à voir avec ça, et d’ailleurs une seule disposition de l’état d’urgence concerne le rôle de l’armée. La lutte anti-terroriste c’est le maintien de l’ordre, et le maintien de l’ordre, est une attribution pérenne du ministère de l’Intérieur ».

L’état d’urgence
« Je vous renvoie à l’interview du Chef du gouvernement. Nous ne sommes pas en état de siège, mais en état d’urgence. Mais même l’état d’urgence n’est pas appliqué. Mon avis est que la situation est telle que nous n’avons pas besoin de l’état d’urgence. Vous me direz et la lutte anti-terroriste? Un parti en avait fait son dada. Je vous rappelle une loi de 1991, en vertu de laquelle le Chef du gouvernement peut faire appel à l’armée. Le Président Chadli a démissionné et a fait appel à l’ANP afin qu’elle soit prête à assumer ses missions ».

Le départ à la retraite
« J’ai eu à dire que c’est mon dernier poste. Je n’ai aucune prétention, cela suffit. Dans une semaine, un mois, trois ans, seul Dieu le sait. Barakat. Il y a le phénomène d’usure. Je veux rester avec mes enfants et petits-enfants. Depuis 1992, c’est un rythme de 7 jours sur 7, tout au long de l’année. Maintenant, ce rythme s’est apaisé. Mais dans la vie, un responsable doit passer la main et permettre à quelqu’un d’autre d’apporter sa pierre à l’édifice ».

Accords ANP-AIS
« Il n’y a jamais eu d’accord entre l’ANP et l’AIS. Aucun membre de l’ANP n’a pris contact avec cette organisation, à une seule exception, le 13 janvier approchant, lorsque j’ai chargé le général Fodil-Chérif d’aller à Jijel signifier à ces gens de déposer les armes sinon ils seraient éliminés ».

La concorde civile
« Le dossier était antérieur au Président Bouteflika. Quand il a été finalisé, le Président Zeroual est parti. Le Président Bouteflika lui a donné une configuration politique. Je suis pour la concorde civile. Si quelqu’un dépose son arme et descend, c’est un Algérien qu’on récupère. Ce sont des Algériens. Avec leurs bons et mauvais côtés, ce sont des Algériens. Je le dis et je le répète, c’est positif. Du temps du Président Zeroual, la rahma était une initiative de l’institution militaire, car dans le cadre de la lutte anti-terroriste, nous avons constaté que des jeunes avaient mis le doigt dans un engrenage. Ils voulaient en sortir, mais ils avaient peur de l’armée et des terroristes ».

La presse et l’information sécuritaire
« Nous enregistrons des actes terroristes, mais ce qui me fait mal au cœur, c’est le traitement qui en est fait par une certaine presse. Au lieu de sensibiliser sur le danger ou le dénoncer, elle va jusqu’à le glorifier ».

L’intégrisme
« Nous avons vaincu le terrorisme. Seulement l’intégrisme est toujours là. Vous n’avez qu’à regarder la télé et certains prêches. Ce n’est pas le rôle de l’armée, de l’Intérieur ou de la Police. Que deviennent les textes de la Nidhara ? La lutte est d’abord politique, économique. Elle n’a malheureusement pas atteint ses objectifs.

Ali Belhadj et Abassi Madani
« Nous sommes un Etat de droit. La justice les a condamnés. S’il n’y a rien de nouveau, rien n’empêchera qu’ils soient libérés. Il n’est pas question pour nous de garder Belhadj en prison. Nous avions dit que nous craignions pour leur vie, et j’ai cité le cas de Hachani. On lui a proposé une protection, il a refusé, et on sait ce qui lui est arrivé. Nous savons que les deux concernés sont condamnés par les terroristes. Nous ne pouvons leur refuser une protection s’ils le demandent, mais nous ne pouvons la leur imposer ».

La gendarmerie et les événements de Kabylie
« La Gendarmerie nationale est une partie intégrante de l’ANP. Mais dans le maintien de l’ordre, elle dépend du ministère de l’Intérieur et de la Justice. Sur chaque action sur le terrain, il y a enquête du commandement. Nous n’avons pas attendu pour sanctionner ceux qui ont fauté. 23 membres de la Gendarmerie ont été traduits immédiatement devant la justice. L’enquête sur les circonstances de la mort du regretté Guermah prend du temps avec les reconstitutions etc… De toute façon, le procès sera public, les audiences du tribunal militaire sont publiques. Mais permettez-moi de dire que les événements de Kabylie, c’est plus profond. Nous n’avons pas l’habitude de fuir nos responsabilités, mais l’Armée n’a rien à voir avec les événements de Kabylie. Actuellement, de jeunes voyous dressent des faux barrages et rançonnent les citoyens. Notre hantise c’est qu’une de nos patrouilles les accroche… ».
Djamel K.

Lors d’une conférence de presse, hier

Lamari vide son sac

Le Quotidien d’Oran, 3 juillet 2002

Jamais le chef d’état-major de l’ANP, Mohamed Lamari, n’est allé aussi loin dans la transparence. Dans un exercice de communication, depuis que l’ANP a décidé de s’ouvrir, il a abordé l’ensemble des dossiers qui agitent l’institution militaire. Sans tabous.

Brûlant des cigarettes Dunhill, les unes après les autres, le général de corps d’armée de l’armée algérienne, tout en disant qu’il n’était pas habitué aux entretiens, s’est montré très à son aise à cet exercice. Le cadre ? L’académie militaire interarmes de Cherchell (AMIA), le  » West point  » algérien d’où sort la crème des cadres militaires de la défense mais également un Habib Souaïdia, sous-lieutenant déserteur de son Etat et dont le procès se déroule, paradoxalement, à la même date à Paris. La date ? A deux jours du quarantième anniversaire de l’indépendance nationale également propices à des nominations et des promotions de certains généraux de l’ANP. Le prétexte ? Une rencontre informelle aux allures de conférence de presse protocolaire que Lamari qualifie de  » discussions autour d’un café « .

Entourés des principaux officiers supérieurs qui composent l’état-major algérien dont le commandant du CFT, le GM Gaïd Salah, celui de l’aviation, de la marine nationale, le GM Benslimane, celui de la 1ère RM, le médiatique Fodhil Chérif ou encore le commandant de la Gendarmerie Nationale, le général Mohamed Boustila, le général de corps d’armée, Lamari, a donné de la voix. Une voix caverneuse qui commence par un mea-culpa :  » Notre institution a été très avare en matière de communication, ce qui a laissé le champ a beaucoup de milieux pour parler de l’ANP, souvent de façon calomnieuse.

Mais le moment est venu pour l’ANP d’organiser sa communication et installer des officiers de communication dans ce sens. Nous nous considérons tous comme des officiers de communication, en commençant par moi-même « .

Dans ce sillage, le chef de l’EMA a noté les griefs opposés à l’ANP en considérant que :  » pour certains, tout le mal qu’a rencontré notre pays est imputable à l’armée. Même sur les événements de Bab El-Oued, on a trouvé le moyen de nous associer à Dieu, comme si l’armée avait la capacité de faire tomber le déluge. Si ces critiques venaient seulement des milieux hostiles, à l’étranger, elles sont les bienvenues. Mais lorsque ça vient de nos rangs, des Algériens, soit par calcul politicien, par ignorance ou par intérêt, ça devient intenable « .

Défendant les officiers supérieurs, Mohamed Lamari dira :  » Si vous voulez devenir célèbre, insulter les généraux de l’armée. On nous a traités de voleurs, de tueurs et ils n’ont pas osé jusqu’à aller à dire qu’on est une armée d’importation. Ces généraux sont les enfants de ce pays, des enfants de ce peuple et ils ont défendu ce pays. Nous sommes algériens, c’est la seule réalité valable « .

Il insistera sur le fait que l’ANP est une armée républicaine qui a :  » appris la constitution du nouveau gouvernement comme tout citoyen. Ce n’est pas démagogique, c’est la réalité. Nous avons nos missions comme définies dans la constitution, le reste ne nous concerne pas. L’exécutif et le législatif existent pour mener la politique de ce pays « .

L’ANP apolitique ? Le général Lamari modère le propos et explique davantage : il est arrivé que l’armée se soit impliquée dans les problèmes politiques du pays. Mais c’était lorsque les institutions mêmes de l’Etat étaient défaillantes et qu’on ait tenté d’y pallier. Mais cela n’est plus le cas maintenant, du moment que les institutions sont sauvegardées. L’ANP s’occupe de ses missions clairement définies, ni plus ni moins « .

Concernant la récente recrudescence du terrorisme, le chef de l’EMA a souligné qu’elle n’est :  » pas une surprise pour nous. Il n’y a pas plus facile de commettre un attentat contre un autobus et de se fondre dans la foule parmi les citoyens. Mais je dis que les terroristes sont dans le désarroi total. J’ai déjà cité des chiffres que personne n’a osé donner. Au début du terrorisme, il y avait 27 000 terroristes armés. Actuellement, en prenant notre estimation la plus haute, ils sont 700. Le terrorisme est un animal blessé et donc dangereux. L’ANP avec les services de sécurité n’aura de cesse de les combattre jusqu’à l’élimination. Mais il y a eu, à un moment, avec le retour au calme, une baisse de vigilance « .

Abordant la question de la lutte antiterroriste structurelle, le général Lamari se fait plus explicite :  » l’équation est celle-ci : le terrorisme est vaincu mais l’intégrisme est intact. Ce dernier fabrique encore des terroristes. La lutte doit être globale et concerner tout le monde (services de sécurité, population et gouvernement). J’ai toujours dit, depuis 1992, que le bâton à lui seul ne résoudra pas le problème « .

Le patron de l’armée algérienne s’en prendra alors aux complices du terrorisme estimant que « beaucoup d’entrepreneurs et hommes d’affaires, dont je ne citerai pas les noms, payent chaque mois une dîme aux terroristes. Des sommes de 100, 200 ou 500 millions juste pour Akhti Rassi. Avec cet argent, les terroristes achètent des équipements et payent les tueurs. Il faut que tout le monde se mobilise pour qu’on cesse de dire Akhti Rassi ».

Approfondissant la question de la lutte antiterroriste, le général Lamari dira que « le grand enjeu pour l’armée, en 1991/1992, était de préserver le régime républicain pour que l’Algérie ne soit pas un régime théocratique totalitaire. Cette mission, nous l’avons accomplie et nous avons sauvé nos institutions républicaines. L’ANP l’a fait et ne demande rien. Ses cadres, ici présents (en désignant de la main les généraux de l’état-major qui ont pris place à ses côtés), ne demandent ni honneurs, ni récompenses mais seulement qu’on les respecte, qu’on ne les insulte pas et qu’on ne touche pas à leur honneur ».

A une question du confrère d’El Khabar qui évoquait la source autorisée du MDN qui s’était exprimée au nom de l’armée au « Soir d’Algérie », le général Lamari a répondu d’un ton amicalement agressif: « Mais c’est vous, El Khabar, qui aviez écrit que je touchais un salaire de 25 millions de centimes. Vous m’avez créé des problèmes avec ma femme qui me demande où est le reste de l’argent ». L’occasion pour Mohamed Lamari de revenir sur certaines informations parues dans la presse nationale et étrangère en rapport avec les généraux de l’armée notamment sur la lancinante question de différend entre la présidence et l’armée: « On n’en parle pas seulement depuis ces trois dernières années, mais bien avant. C’était le cas avec Zeroual qui était un ami, un général et un militaire et sur lequel j’aurais même tiré mon pistolet à en croire la presse. Il est du droit du président de désigner un ministre de la Défense ou pas mais nos prérogatives et celles de la présidence sont claires. Sur les questions militaires, nous lui présentons des exposés et des dossiers comme celui des promotions de cette année, et c’est à lui que revient la décision finale ».

Rebondissant sur la question de qui décide en Algérie, le général Lamari ironisera: « Il n’y a pas de cabinet noir, rose ou jaune. Même si un président est élu, comme Zeroual, il est président dans tout le monde sauf en Algérie où il demeure général ». Lamari conclura ce chapitre par une phrase lourde de sens: « En 1992, nous avons ouvert une brèche dans un cercle qu’on a refermé avec les élections de 1999 ». Avant d’ajouter qu’hormis les missions constitutionnelles de l’armée, « tout le reste n’est que mensonges ».

Abordant la question de l’éventualité d’une présence de cellules dormantes d’Al-Qaïda d’Oussama Ben Laden en Algérie, le général Lamari indiquera que « si c’est le cas, bienvenue à Al-Qaïda. Ecoutez, les contacts n’ont jamais cessé avec Al-Qaïda depuis le début. Nous avons averti tout le monde mais personne n’a voulu nous écouter ou nous croire. Il aura fallu le 11 septembre pour qu’on parle de Ben Laden et d’Al-Qaïda. Mais ici, ce n’est pas un pays conquis, si Al-Qaïda vient, on s’en occupera ».

Autre question internationale, plus maghrébine, le général Lamari redira ce qu’il avait déclaré au journal qatari « El Mouchahid Essyassi », et ce à propos du Maroc: « Je n’ai rien à reprocher au Maroc officiel quant à l’armement ou au soutien du terrorisme en Algérie. Il est vrai qu’il existe des populations frontalières et des chefs de services frontaliers qui ont aidé les groupes terroristes mais le Maroc en tant qu’Etat, et on n’a aucune information qui le contredit, n’a jamais aidé ou équipé les terroristes en Algérie. C’est l’inverse ». Un discours de détente qui rejoint d’ailleurs celui de la diplomatie algérienne après l’affaire de Beni Ounif.

S’agissant de la corruption, le général Lamari n’y est pas allé de main morte concernant le fait que des généraux algériens sont régulièrement cités comme étant des barons de la mafia politico-financière ou des barons de l’importation: « On est les derniers informés en matière de décisions économiques et je vous signale que l’armée ne participe pas aux Conseils du gouvernement et des ministres. Mais je vais vous dire. J’ai travaillé avec plusieurs chefs de gouvernement et des dizaines et des dizaines de ministres et si jamais quelqu’un a été forcé de prendre une décision sous l’influence du commandant de l’armée, et même tenté de forcer, je lui serais reconnaissant de le faire savoir ». « (…) Moi-même on m’a accusé d’avoir détruit les bidonvilles du Ravin de la Femme sauvage à Alger sous prétexte que j’y lançais une promotion immobilière. Il est vrai que la corruption existe et qu’on y vit dedans, mais si jamais j’apprenais qu’un élément de l’armée, encore plus un officier supérieur, a fauté, c’est à la justice militaire de s’en occuper. Il sera condamné, dégradé et perdra tous ses avantages. De général je le ramènerai à soldat ». Il évoquera par là même le cas de Souaïdia « qui a fauté, qu’on a dégradé, jugé, condamné, remis djoundi puis exclu des rangs de l’armée ». C’est « facile de parler du pont des généraux et d’accuser des officiers supérieurs mais celui qui a une preuve, qu’il la ramène. Soit il est blanchi, soit il paie ».

Revenant sur l’affaire de son salaire de chef d’état-major (estimé à 250.000 dinars selon El Khabar), le général Lamari indiquera, en exhibant de manière surprenante sa fiche de paie et son solde, qu’il est « le plus haut gradé de l’armée et je touche 98.946,94 DA.

Je vous invite au MDN et vous aurez les salaires du simple soldat au général. Certaines imprécisions peuvent porter atteinte à la dignité des individus. Ma femme risque de ne pas me faire confiance, croyant que les autres 16 millions vont ailleurs. Pour une autre femme peut-être ? », plaisantera-t-il.

Evoquant la professionnalisation de l’armée et le service national, le chef de l’EMA dira :  » Qu’on va arriver à une armée de métier, mais le service national aura toujours sa place au sein de l’ANP. L’armée de demain concernera moins de jeunes, soit en nombre ou en durée qui sera plus réduite. Nous avons même pensé supprimer le SN, mais les 10 dernières années de terrorisme nous ont dissuadés « .

Défendant la conscription, le général Lamari dira que les  » appelés sont nos meilleurs avocats au sein du peuple. Pour ceux des jeunes appelés qui étaient lors du massacre de Bentalha et qui ont vu  » Qui tue Qui ? « , ont pu témoigner. C’est le service national qui l’a rendue possible « . Evoquant la question de la livraison d’armes et de la coopération militaire internationale, le général Lamari a eu un constat sévère:  » Aujourd’hui, le rapprochement se fait, mais avant, nous étions comme des pestiférés, des lépreux. Les choses ont changé depuis 1997 et l’arrivée du premier amiral américain de la 6e flotte en Algérie (l’amiral Lopez, commandant au sein de l’OTAN. NDLR). Nous sommes en contact avec plusieurs armées du monde, nous apprenons, nous approfondissons nos connaissances, mais je peux vous dire qu’on n’a aucun complexe vis-à-vis des autres armées « .

Revenant sur la question de la désignation du ministre de la Défense, le général Lamari dira que la seule condition que l’état-major formulera est qu’il  » soit Algérien et c’est le président qui décidera « . A la question de savoir quelle est sa réaction par rapport aux livres tels que  » La sale guerre  » de Habib Souaïdia et d’autres transfuges de l’armée et du DRS, le général Lamari aura cette réponse hautement élaborée :  » Dazou Mâahoum. La presse étrangère a même écrit que je suis descendu avec le général Fodhil à Erais pour égorger des enfants. Leur but est de casser ce qui restait de solide dans ce pays, donc je ne m’étalerai pas « . Mais le général Lamari se montra plus précis lorsqu’il s’agit du procès Khaled Nezzar contre Habib Souaïdia, qui se tient actuellement à Paris :  » Si Khaled a contre-attaqué et a présenté un contre-argumentaire intéressant. Ce procès, je le dis à titre personnel, j’étais d’accord. Khaled Nezzar a intenté un procès pour aller au-delà de la seule diffamation. Il faut crever l’abcès une fois pour toutes. Et s’il gagne son procès, c’est l’Algérie qui en sortira gagnante « .

Concernant les cellules de communication installées par l’ANP, le général de corps d’armée indiquera que :  » la communication sécuritaire incombe, comme toujours, au ministère de l’Intérieur. Pour preuve, c’est ce ministère qui gère l’état d’urgence et non pas l’armée. Je suis sidéré qu’on dise, tout de suite, que c’est l’armée qui le gère. Nous avons créé ces cellules pour faire connaître l’ANP de l’intérieur « . Evoquant son départ éventuel de la tête de l’institution militaire, le général Lamari dira :  » Je n’ai pas de prétention. Je peux partir dans une semaine, six mois ou trois ans. Ma décision n’est pas prise même si j’avoue : Barakat. Même le fer s’use et j’ai bien envie de profiter de mes enfants et mes petits-enfants. Mes collègues qui sont là peuvent en témoigner du fait d’être sur la brèche 365 jours de l’année depuis 92. Je n’ai aucune planification sur ce sujet « .

Diluant, une nouvelle fois, la question de la source autorisée du MDN, Lamari confirmera néanmoins qu’il était en accord avec l’information rapportée sur le fait qu’il n’y a pas eu d’accord ANP/AIS. « Aucun membre du commandement militaire n’a pris contact avec cette formation affiliée, à une seule exception: lorsque l’AIS hésitait à s’engager avant le 13 janvier, j’ai chargé le général Fodhil Chérif, ici présent (ce dernier acquiesça de la tête), d’aller à Jijel afin de signifier à ces gens-là de rendre les armes s’ils ne voulaient pas être détruits ». Il précisera que ce fut « un ultimatum et non une négociation ». Glissant sur le thème de l’amnistie, le général Lamari évoquera la concorde civile en précisant qu’elle était antérieure à la venue de Bouteflika qui lui a donné une « configuration politique ». (_) « J’ai appuyé la concorde civile car cela permettait à des jeunes coincés et menacés par leurs chefs de rentrer.

C’est un Algérien qu’on a gagné. Qui est ce terroriste ? Je récupère un Algérien, même si quelques brebis galeuses ont repris le maquis ou ont commis des vols. Ce sont des Algériens qui sont redescendus et ça a été positif rien que pour cela ».

Il emboîtera le pas sur la politique de la Rahma en comparaison, en disant: « La Rahma a été prise à l’initiative du MDN pour que des jeunes qui avaient mis le doigt dans l’engrenage, qui avaient peur de l’Etat et de leurs chefs terroristes, puissent revenir. C’était également positif. Quant aux contacts avec l’AIS, j’avais autorisé les services spéciaux à faire le travail ».

L’occasion est toute trouvée pour souligner le rôle « néfaste d’une certaine presse », dira-t-il. « Certaines allusions font mal au coeur. Car, au lieu de condamner le terrorisme, ils titrent +Hattab a frappé+. Il faut arrêtez, car cela glorifie des criminels et fait baisser la vigilance », dira-t-il à l’adresse des journalistes présents à Cherchell.

Revenant sur la question de l’intégrisme, le général Lamari se montrera extrêmement critique. « Le terrorisme ne réalisera pas son rêve utopique d’une théocratie totalitaire. C’est terminé. On lui a brisé les reins. Mais l’intégrisme est là. Toujours là. Regardez la télé, écoutez les prêches, reprenez les textes de l’administration, regardez ce qui s’enseigne dans les écoles et vous verrez qu’on en est au même point. Le résultat est là. La lutte contre l’intégrisme n’est pas terminée. Il y a des efforts à faire sur le politique et l’économique; et sur ce plan, nous n’avons pas atteint notre objectif ».

Parlant des islamistes, Mohamed Lamari dira: « C’est l’intégrisme dans la vie quotidienne dont je parle, pas celui qui parle ouvertement dans un micro (en citant le MSP). C’est celui qui travaille en sous-marin qui me fait peur ». Il enchaînera sur le cas de Ali Benhadj et de Abassi Madani, anciens leaders du FIS emprisonnés et en résidence surveillée, dont la peine se terminerait, théoriquement, en 2004. « C’est un Etat de droit. S’il n’y a pas du nouveau, pas question qu’ils fassent plus que les douze ans de réclusion prononcés par la justice. Mais il y a un problème pour eux. Comme on avait averti Hachani qu’il courait un danger, en lui proposant une protection, le même cas peut se reproduire pour ces deux cas car ils sont condamnés par les terroristes, selon les renseignements dont nous disposons ».

Evoquant enfin la Kabylie, le patron du MDN dira que « la Gendarmerie nationale fait partie intégrante de l’ANP, comme elle peut obéir au ministère de l’Intérieur ou de la Justice. Pour chaque faute commise en Kabylie, il y a eu enquête du commandement. Nous n’avons pas attendu 6 à 8 mois pour traduire en justice ceux qui ont fauté. Le commandement de la GN a tenu des conférences de presse qui furent boycottées. L’information n’est pas sortie. La GN a traduit 23 de ses membres pour ces fautes et je regrette ce qui est arrivé à Massinissa Guermah, mais des zones d’ombre entourent sa mort et seront élucidées par la justice. Je signale que le procès du gendarme sera public. Ce n’est un secret pour personne que les événements de Kabylie n’ont pas débuté avec sa mort mais c’est bien plus profond que cela. Mais en Kabylie, l’armée n’a rien à voir, n’en déplaise à un certain parti politique qui croit qu’on gère l’état d’urgence. Il y a eu des élucubrations, comme la présence de bérets rouges qui auraient envahi la Kabylie comme s’ils envahissaient la planète Mars. Notre hantise actuelle, ce sont les faux barrages menés par des voyous, cagoulés, qui détroussent les citoyens. Ma seule crainte est qu’ils croisent une patrouille militaire, la nuit, et je peux vous dire que c’est à la mitrailleuse d’abord ».

Concernant la commission Issad, le général Lamari confiera que « l’armée se tenait à la disposition de la commission d’enquête et j’ai mis toutes les dispositions pour Me Issad. Il n’a pas dit non, mais il n’est pas venu dans les casernes ».

Après près de deux heures d’un déballage inhabituel, le général Lamari s’est retiré en promettant d’autres « rencontres autour d’un café ». Celui qui a été servi par l’armée fut corsé et d’une rare intensité pour une première. Jamais le patron du MDN n’a eu à s’exprimer devant un parterre aussi nombreux de journalistes algériens. Ces derniers ont adoré, tant ils sentaient que Lamari pouvait oser dire, tout haut, ce que l’armée ruminait, tout bas, depuis des années. Le général éclipsa sa silhouette massive sous les regards approbateurs des autres généraux qui sentaient qu’il pouvait répondre encore des heures sur le même registre offensif. Heureusement qu’il avait fini son paquet de Dunhill…

Mounir B.

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LE GENERAL DE CORPS D’ARMEE MOHAMED LAMARI

« L’intégrisme est toujours intact »

El Watan, 3 juillet 2002

Hier à l’issue de la cérémonie de sortie de promotions baptisée du nom du chahid Messaoud Boudjeriou de l’Académie interarmes de Cherchell, le général de corps d’armée Mohamed Lamari a tenu un point de presse avec l’ensemble des journalistes de la presse nationale qui ont couvert l’événement.

Pour Mohamed Lamari, cette première sortie face à la presse nationale n’est qu’un premier contact et relève de la volonté de l’institution militaire à communiquer avec les médias, et l’opinion publique d’une manière générale. Un besoin ressenti par l’Armée nationale populaire, d’autant qu’elle est aujourd’hui, selon le chef de l’état-major, la cible d’attaques aussi bien à l’étranger qu’à l’intérieur du pays. L’ANP est une institution au service de la République, a-t-il souligné, et elle assure sa mission selon la Constitution. Tout le reste n’est que fabulation, a dit en substance Mohamed Lamari. « Il n’y a ni cabinet noir ni autre centre de décision occulte. A telle enseigne que nous avons appris la composition du gouvernement comme tout le monde, à la télévision. » Et de rappeler que si l’armée a eu par le passé, en 1992, à s’immiscer dans les affaires, c’est parce que les institutions de l’Etat étaient défaillantes et que le système républicain était menacé dans ses fondements. C’est pour ces raisons qu’elle s’est engagée corps et âme dans la lutte contre le terrorisme. Et tant qu’il existera, l’armée le combattra, a tenu à préciser le chef d’état-major. Alors faut-il s’étonner qu’aujourd’hui il y ait un regain d’attentats jusqu’au cœur de la capitale. Pour Mohamed Lamari, une telle situation ne constitue en rien une surprise. Elle prouve que les terroristes sont en plein désarroi. Militairement, le terrorisme est défait, affirme Mohamed Lamari. Si on estimait en 1992 le nombre de terroristes à 27 000, aujourd’hui ils ne seraient plus, dans les plus fortes estimations, que 700 à peine. Ce qui ne signifie nullement qu’ils ne peuvent pas faire plus de mal à la population et à la société. « D’autant plus que nous assistons à une baisse de la vigilance. Si le terrorisme est militairement battu, l’intégrisme est encore intact », a tenu à souligner le général de corps d’armée. « Vous n’avez qu’à entendre les prêches dans les mosquées, le contenu de la télévision, l’école », a dit Mohamed Lamari. Il existe encore des hommes d’affaires qui paient leur dîme aux terroristes ne pensant qu’à sauver leur tête : « Khti rassi »…La lutte contre l’intégrisme est l’affaire de tous, il faut une mobilisation de tout le monde. Le général ne manquera pas de rappeler à ce propos comment l’opinion américaine s’est mobilisée contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre. Une mobilisation unanime, certes derrière le président Bush, mais cela le général Mohamed Lamari semble le suggérer à peine. Toujours est-il qu’il a tenu à préciser qu’entre l’armée et le chef de l’Etat, il n’y a aucun problème et que tout le reste ne serait qu’invention de la presse, pas toute mais une bonne partie quand même. Même du temps du président Zeroual on a voulu voir un différend entre l’ANP et le chef de l’Etat qui était un général sorti du rang… On serait alors tenté de se poser la question de savoir si toutes ces informations à propos d’un changement à la tête de certains commandements suggéré par le président Bouteflika, au grand dam de l’état-major, ne seraient que beaucoup de bruit pour rien. Le vieil adage populaire qui dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu ne ferait que renforcer les doutes en dépit des assurances de Mohamed Lamari qui semble avoir mis de côté les appréciations apportées par la fameuse source autorisée du ministère de la Défense nationale quant à la qualité des rapports entre l’armée et le président Bouteflika. Le général de corps d’armée Mohamed Lamari ira, comme pour confirmer cette mise en phase entre l’institution militaire et le président de la République, jusqu’à affirmer qu’il a soutenu la politique de la concorde civile, parce qu’une telle démarche contribue à ôter au terrorisme les moyens de sa régénération. En bénéficiant des dispositions de cette loi, les jeunes ont abandonné les maquis et sont rentrés chez eux. C’est là un point positif, a-t-il tenu à souligner.

Décidée à se défendre
Si l’armée se veut aujourd’hui une institution au service de la République, elle n’est pas prête à assumer d’autres tâches que ne lui confère la Constitution. Est-elle pour autant disposée à voir un civil à la tête du ministère de la Défense nationale ? Aucun problème, répond le général Mohamed Lamari, à condition qu’il soit citoyen algérien. Mais l’institution tient à défendre ses hommes, ses généraux qui sont aujourd’hui la cible d’attaques aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Il est de bon ton, souligne Mohamed Lamari, d’insulter les généraux ou de les traiter de corrompus. On est ainsi bien vu à l’étranger. Ou dans certains milieux. Mais l’armée est décidée à se défendre contre de telles attaques. Quant à la levée de l’état d’urgence, le chef d’état-major avoue qu’il partage le point de vue du chef du gouvernement sur sa levée et qu’il ne verrait aucun inconvénient à cela. Parlant des événements de Kabylie, il confirme que l’institution militaire s’est mise à la disposition de la Commission d’enquête présidée par Mohand Issad. Et que tous les éléments concernant l’intervention des gendarmes dans ces événements et leur implication dans les faits graves ont été remis à la Commission. Il rappellera que 23 éléments de la gendarmerie nationale ont été traduits devant la justice militaire. Néanmoins, le général ne cache pas moins son inquiétude devant les derniers développements qu’a pris la situation en Kabylie qui n’est pas à l’abri de tout dérapage. Au cours de cette rencontre avec le presse, le général de corps d’armée Mohamed Lamari est revenu sur certains points qu’il a déjà développés, comme de savoir s’il existe ou non un accord avec l’AIS. Tout comme il ne manquera pas de rappeler, à une question sur la libération de Ali Benhadj que celle-ci sera effective une fois qu’il aura purgé sa peine. Toutefois, il risque de connaître le même sort que Hachani qui avait refusé une protection de l’Etat tout en se sachant menacé.

Par R. Bekkat
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Une première dans l’histoire de l’ANP

Le général Lamari anime une conférence de presse

Par Redouane Noussaïr, Le Jeune Indépendant , 3 juillet 2002

Première dans l’histoire de l’ANP, le général Mohamed Lamari a animé hier, contre toute attente, une conférence de presse, à l’issue de la traditionnelle sortie de promotion à l’Académie interarmes de Cherchell. Cette sortie médiatique rompt avec le mutisme et consacre la nouvelle politique de communication de l’armée. « L’armée ne s’occupe plus que de sa mission telle que prévue par la Constitution, ni plus ni moins », a souligné le chef d’état-major de l’ANP devant la presse nationale.
Pour le général Lamari, la mission de l’armée algérienne, qui demeure « républicaine », est « claire » et « le reste ne nous concerne pas », en précisant qu’il y a « un exécutif et des institutions, et c’est à eux seuls de décider ».
Le général a également indiqué que beaucoup « ont parlé aussi de cabinet noir ». « Je vous renvoie, a-t-il dit, aux propos du président de la République qui disait que le chef d’état-major de l’ANP a appris la constitution du gouvernement comme n’importe quel citoyen ».
Par ailleurs, le chef d’état-major a relevé que « s’il est arrivé par le passé que l’ANP se soit immiscée dans les problèmes politiques de notre pays, c’est qu’à ce moment-là, les institutions mêmes de l’Etat étaient défaillantes ». Sur un autre registre, le général Lamari a dénoncé la campagne de dénigrement contre l’armée algérienne en soulignant que pour des milieux déterminés, « le mal que notre pays a rencontré, c’est l’ANP ». Pour lui, si « ces accusations » viennent de l’étranger, « de milieux hostiles », qu’elles soient « les bienvenues ». Mais il a déploré que cela vienne d’Algériens qui, « par méconnaissance, par intérêt ou par calcul politicien, mettent tout sur le dos de l’armée ». « Pour être connu, ajoutera-t-il, il faut insulter les généraux et l’armée. Nous avons été traités de voleurs, de tueurs et il ne manquait plus que de dire que l’ANP a été importée. » Cette vive réaction intervient au moment où le procès Nezzar-Souaïdia se déroule à Paris et un nouvel ouvrage vient d’être édité sur l' »implication » de l’armée dans la torture. En ce qui concerne la lutte antiterroriste, le général Mohamed Lamari s’est dit déterminé à aller « jusqu’au bout » dans cette lutte, en concluant que « pour le reste, ce n’est pas à nous de nous substituer à d’autres organes de l’Etat ». R. N.
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Le général-major Lamari à propos de la levée de l’état d’urgence :

« L’ANP ne dit pas non ! »

La nouvelle republique, 3 juillet 2002

Une sortie médiatique inédite de l’armée, hier, au cours d’une conférence de presse du général-major Mohamed Lamari organisée pour la première fois au cours de laquelle le conférencier a répondu sans ambages aux questions des journalistes. A propos de l’état d’urgence, le général dira qu’il n’est plus utile maintenant. Abordant son salaire, Lamari dira qu’il n’est pas de 25 millions comme avancé par la presse mais de 9,8 millions. Autre point évoqué, la relation de l’armée avec le chef de l’Etat : « Il n’y a aucun problème entre l’Anp et le président de la République ». Lire le compte-rendu détaillé de Nadjia B. en page événement

Auteur : Nadjia B.

Lamari lors d’une conférence de presse, hier :

« L’état d’urgence n’a plus sa raison d’être »

« Je suis sidéré d’entendre des hauts responsables lier l’état d’urgence à l’armée. L’ANP n’est concernée que par un seul article concernant l’état d’urgence, à savoir que le ministre de l’Intérieur peut charger l’autorité militaire de la conduite des opérations de lutte antiterroriste qui est une mission de maintien de l’ordre qui relève du ministère de l’Intérieur… Il faut dire que l’état d’urgence n’a pas été appliqué dans sa totalité, et l’application n’a concerné que l’article relatif au rôle de l’armée. Alors, il faut ou l’appliquer totalement ou le lever. D’ailleurs, j’estime que nous n’en n’avons pas besoin. » C’est ainsi que le général Lamari a répondu à une question relative au maintien ou non de l’état d’urgence et noté par la même que pour ce qui est de la lutte antiterroriste, la levée de l’état d’urgence ne posera pas problème puisque le président de la République peut utiliser le droit de faire appel à l’armée comme cela a été le cas en 1992 par le chef du gouvernement de l’époque, Ahmed Ghozali. Cette sortie médiatique inédite du plus haut gradé de l’ANP affirme que la grande muette veut apprendre à communiquer, et hier elle a eu l’occasion de le faire lors de la cérémonie de sortie de promotions d’officiers de l’Académie militaire inter-armées. « En matière de communication, nous sommes profanes, ce n’est que maintenant que le moment est venu de nous organiser pour que l’ANP communique. » C’est en ces termes que le chef d’état-major de l’armée, le général Mohamed Lamari, s’est adressé aux représentants de la presse nationale qui ont assisté à la conférence de presse que celui-ci tient pour la première fois.

A propos des accusations contre l’armée

Le chef d’état-major de l’ANP a déclaré qu' »il est vrai que notre institution a été très avare en communication, ce qui a laissé le champ libre à beaucoup de milieux pour parler de l’ANP comme principale responsable des maux de ce pays, même la catastrophe de novembre a été imputée à l’Armée ». Pour ce qui est de l’origine de ces accusations, Lamari dira qu’il s’agit pour certains de milieux étrangers hostiles à l’Algérie, et pour d’autres, ce sont des Algériens qui agissent par intérêt et calculs politiciens. « Celui qui veut devenir célèbre insulte l’armée et les généraux en les traitant de voleurs et de tueurs; c’est à peine si on ne les accuse pas d’être importés de l’étranger. On oublie souvent que l’ANP est composée des enfants de l’Algérie, on a parlé de cabinet noir ou rose ou je ne sais quoi encore, je vous renvoie à ce qu’à dit le président Bouteflika en affirmant que le chef d’état-major a appris la Constitution du nouveau gouvernement comme tout le peuple… ». Le chef d’état-major a réfuté par là, toute implication de l’institution militaire dans les affaires politiques de l’État. « S’il est arrivé par le passé que l’ANP se soit immiscée dans les problèmes politiques du pays et précisément en 1992, c’était parce que les institutions de l’Etat étaient défaillantes ; il s’agissait de sauver la république, car on nous réservait un Etat théocratique. Aujourd’hui, les institutions de l’Etat qu’elles soient bonnes ou mauvaises, sont là, et l’armée ne s’occupe plus que de sa mission telle que prévue par la loi. Nous avons ouvert une brèche en 1992, que nous avons refermée aux présidentielles de 1999 ». Autre point traité par le conférencier, la situation financière des généraux, il dénoncera à cet effet l’image colportée sur les hauts officiers de l’armée qui gêneraient les réformes économiques : « Concernant ces réformes, la dernière informée dans ce domaine, c’est bien l’institution militaire pour la simple raison qu’elle ne participe pas au conseil du gouvernement concernant la lutte contre la corruption. Je peux dire que l’institution est la seule qui lutte véritablement contre la corruption. Quand un officier supérieur a fauté, il passe devant la justice et pour exemple l’ex-lieutenant Souaïdia qui a été jugé au même titre que ses complices ». Lamari ira jusqu’à brandir son relevé de salaire pour dénoncer l’information parue dans un quotidien affirmant que ses émoluments étaient de 250 000 DA : « Mon salaire est de 98 946,96 DA ».

« Nous avons vaincu le terrorisme, mais il reste l’intégrisme »

Répondant à une question sur la recrudescence des actes terroristes dans la capitale, le conférencier indiquera que « ceci n’est pas une surprise, il n’y a rien de plus facile que deux terroristes habillés normalement parmi la population puissent tirer à bout portant… Ceci prouve que ces gens sont dans le désarroi total. Il m’est arrivé de citer des chiffres que personne n’a osé dire. En 1992, nous avions affaire à pas moins de 27 000 terroristes armés. Aujourd’hui, il en reste 700 ; c’est vrai qu’un animal blessé est dangereux, mais l’institution n’aura de cesse jusqu’à les éliminer tous ». Lamari fustigera une certaine « baisse de la garde » et ajoutera que « nous avons vaincu le terrorisme, même s’il continue de tuer. En revanche, l’intégrisme est intact, vous n’avez qu’à regarder la télévision. La lutte antiterroriste, ce n’est pas uniquement le travail de l’ANP, mais aussi de l’école, de l’Administration et de la télévision… la lutte contre l’intégrisme est une lutte politique et économique mais cette lutte n’est pas encore menée ». Le général Lamari dénoncera en outre la dîme payée par certains hommes d’affaires aux terroristes sous le slogan « khati rassi » (pourvu que je sois épargné). Concernant la présence des éléments d’Al Qaïda en Algérie, l’orateur affirmera que « ce sont des élucubrations, l’Algérie n’est pas un pays conquis par les terroristes ».

« Pas de problème ANP-président »

Le général Lamari notera que « même du temps de Zeroual qui était un ami, on a sorti ce problème. En vérité, le président de la République est lui-même ministre de la Défense, a des prérogatives claires, et moi en tant que chef d’état-major, je ne me mêle pas des prérogatives du président. Il peut désigner le ministre de la Défense qu’il veut à condition qu’il soit algérien ».

Le Maroc officiel est étranger au terrorisme

Réitérant sa dernière déclaration parue dans le journal El Mouchahid Essiassi le général Lamari indiquera que le Maroc officiel (monarchie et gouvernement), « nous n’avons rien à lui reprocher concernant l’armement ou le soutien aux terroristes. Je l’affirme ; mais qu’il y ait des populations frontalières et chefs de service soutenant les terroristes, c’est vrai ». Le général citera l’exemple de la frontière de Béchar où des terroristes sont hébergés.

Professionnalisation de l’Armée :
nouvelles mesures pour le Service national

L’institution militaire se prépare pour une professionnalisation de ses corps mais il ne s’agit aucunement de faire une armée de métier, dira le chef d’état-major qui précisera que pour ce qui est du Service nationale, il y aura une révision dans la durée du service. « Le Service national aura toujours sa place au sein de l’ANP mais il concernera moins de jeunes et sa durée sera réduite… si un jour nous aurions pensé à supprimer le Service national, les événement de ces dernières années nous en auraient dissuadés, notamment durant la période où nous étions sauvagement attaqués ; rappelez-vous « qui-tue-qui? ». Lamari, et en avouant que l’institution militaire ne sait pas communiquer, précise que les meilleurs avocats de l’armée restent les appelés : « Ce sont eux qui connaissent la réalité. A Bentalha, quand l’armée a intervenu, il y avait des appelés ».

« La Sale guerre » et Khaled Nezzar

Le général Lamari a affirmé hier qu’il était d’accord pour que le général Khaled Nezzar intente un procès à Souaïdia à propos de son livre La Sale guerre : « Ce procès va aller au-delà du simple différend ; qu’on crève l’abcès une fois pour toutes, et ce procès prouvera que Nezzar avait raison ».

« il n’y a jamais eu négociation avec l’AIS »

À propos de la déclaration de la fameuse source de l’ANP sur le rôle de l’institution militaire dans les négociations avec l’AIS, Lamari affirmera qu' »il n’y a jamais eu de négociation avec l’AIS, encore plus, aucun membre du commandement de l’ANP n’a pris contact avec cette formation, à une seule exception, lorsque les membres de cette formation se sont rendus, j’ai chargé le général Fodhil Cherif d’aller à Jijel pour leur signifier qu’ils ont le 13 janvier comme dernier ultimatum pour déposer les armes ». Quant à la loi sur la concorde civile, elle est antérieure, rappelle Lamari, à Bouteflika : « Elle a commencé avec Zeroual, et Bouteflika a lui donné une essence politique. J’ai appuyé la concorde civile dans la mesure où des jeunes Algériens avec leurs bons et mauvais côtés, ont été récupérés des mains des terroristes. Concernant la libération de Ali Belhadj, il est dit : « Il n’est pas question de le maintenir en prison au-delà de sa peine qui est de 12 ans, il y aura problème à sa libération, s’il veut une protection, il l’aura mais s’il refuse, tant pis pour lui ».

Evénements de Kabylie : 23 membres de la gendarmerie ont été sanctionnés

Abordant les événements de Kabylie, le chef d’état-major notera que la gendarmerie fait partie de l’ANP mais en matière de maintien de l’ordre elle dépend du ministère de l’Intérieur. « A chaque action sur le terrain, il y a toujours une enquête du commandement, nous n’avons pas attendu 8 mois pour que ceux qui ont commis des fautes passent devant la justice. Il y a eu 23 gendarmes qui ont fauté, qui ont été traduits immédiatement devant la justice ». Lamari notera que les événements de Kabylie, ce n’est pas seulement l’assassinat de Guermah Massinissa, mais le problème est plus profond que cela : « En ce qui concerne l’ANP, elle n’a pas eu à s’immiscer dans ces événements ; on a dit que des bérets rouges ont débarqué en Kabylie, pourquoi cela ? La Kabylie ne fait-elle pas partie de l’Algérie ? Ces événements ont été gérés par les autorités locales et politiques ». Lamari terminera en disant : « Ma seule hantise est qu’une de nos patrouilles tombe sur un des barrages de ces bandes de voyous qui profitent de la situation ».
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Le général Lamari répond aux critiques contre l’ANP

L’Armée ne se substitue à aucun organe de l’Etat

Le général major déclare qu’il n’y a aucun différend entre le Président et l’ANP

Par Rabah Iguer, La Tribune, 3 juillet 2002

Le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Mohamed Lamari, a réaffirmé, hier à Cherchell, le caractère républicain de l’Armée nationale. Dans une introduction à sa rencontre informelle avec la presse nationale à l’Académie militaire interarmes à l’occasion de la clôture de l’année de formation de l’ANP, le chef d’état-major s’est appesanti sur les critiques dont est l’objet l’institution militaire. Dans ce contexte, il soulignera que pour des milieux déterminés, « le mal que notre pays a rencontré, c’est l’ANP ». « Même la catastrophe de Bab El Oued, c’est l’ANP », a-t-il ajouté. Alors dira-t-il, si « ces accusations viennent de l’étranger, de milieux hostiles, qu’elles soient les bienvenues ». « Mais, affirmera le général de corps d’armée, cela vient des Algériens eux-mêmes, qui, par méconnaissance, par intérêt ou par calcul politicien, mettent tout sur le dos de l’armée. » « Pour être connu, ajoutera-t-il, il faut insulter les généraux et l’armée. Nous avons été traités de voleurs, de tueurs et il ne manquait plus que de dire que l’ANP a été importée. » « Cette armée, a martelé le chef d’état-major de l’ANP, est l’armée de notre pays, composée des enfants de notre pays, qui aiment leur peuple, leur pays et le défendent ». Le général a également indiqué que beaucoup « ont parlé aussi de cabinet noir ». « Je vous renvoie, a-t-il dit, aux propos du président de la République, qui disait que le chef d’état-major de l’ANP a appris la constitution du gouvernement comme n’importe quel citoyen. » « Ce ne sont pas des propos démagogiques, c’est la réalité », a-t-il ajouté. « Nous sommes une armée républicaine. Notre mission est claire et le reste ne nous concerne pas », a précisé le général avant d’indiquer qu’il y a « un Exécutif et des institutions et c’est à eux seuls de décider ». Par ailleurs, le chef d’état-major a relevé que « s’il est arrivé, par le passé, que l’ANP se soit immiscée dans les problèmes politiques de notre pays, c’est qu’à ce moment-là, les institutions mêmes de l’Etat étaient défaillantes ». « Nous avons essayé de pallier cela, a-t-il dit, et, grâce à Dieu, la République a été sauvegardée et les institutions ont été sauvegardées. » Aujourd’hui, a-t-il ajouté, « l’armée ne s’occupe plus que de sa mission telle que prévu par la Constitution, ni plus ni moins ». « Il est vrai que nous participons à la lutte contre le terrorisme. Nous le ferons jusqu’au bout », a encore affirmé le général avant de conclure que « pour le reste, ce n’est pas à nous de nous substituer à d’autres organes de l’Etat ».
R. I
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LE GÉNÉRAL LAMARI NET, CLAIR ET PRÉCIS:

« C’est Bouteflika qui décide! »

L’Expression, 3 juillet 2002

– Je ne vois pas l’utilité du maintien de l’état d’urgence – Nous ne sommes ni des voleurs ni des tueurs – Des hommes d’affaires payent une dîme aux terroristes – Ceux qui parlent dans les microphones ne m’effraient pas.
Hier, et à l’occasion de la sortie de promotion de l’Académie militaire interarmées de Cherchell, le général de corps d’armée, le chef de l’état-major de l’ANP, Mohamed Lamari, a rencontré la presse dans un cadre « informel ».
Entouré des commandants en chef des armées de terre, de mer, de l’air et de la gendarmerie, ainsi que du chef de la 1re Région militaire et de quelques directeurs centraux du ministère de la Défense, le plus haut gradé de l’ANP a affirmé qu’il était le seul habilité à parler au nom de l’Armée. « Le Président de la République est aussi le ministre de la Défense. Il a ses propres prérogatives et l’Armée a les siennes…Je n’interfère pas dans les affaires du Président et il est le seul habilité à prendre les décisions », réagit Lamari à une question sur de possibles divergences entre lui et Bouteflika.
L’officier supérieur évoque ironiquement « ces histoires de cabinets noirs, roses, jaunes, etc. », en rebondissant: « Il y a seulement quelques jours, j’ai proposé au Président une liste d’officiers pour des promotions et c’est lui qui décide. » « Bouteflika lui-même a déclaré dans un entretien que les membres de l’état-major de l’armée ont eu connaissance de la composition du gouvernement comme n’importe quel citoyen algérien », dit-il.
Il synthétise la position de l’ANP vis-à-vis de la vie politique usant de cette image: « En 1992, nous avons ouvert une brèche dans un cercle et nous l’avons refermée en 1997. »
Le chef de l’état-major rappelle aussi que depuis 1992 il a eu « à travailler avec plusieurs Chefs du gouvernement et des dizaines de ministres et si quelqu’un a été forcé de prendre une décision, je lui serais reconnaissant de le faire connaître ».
Le raccourci est vite trouvé pour évoquer la sulfureuse réputation de nos généraux: « C’est facile de parler des containers et du pont des généraux. Quand un secteur ne marche pas, on accuse les généraux de trafiquer…Je vous le dis, notre institution est la seule qui lutte contre la corruption au sein de ses rangs et nos sanctions sont les plus sévères ». Et de poursuivre:
« Je ne nie pas qu’il y ait des militaires qui magouillent. »
En montrant les généraux-majors qui l’entourent dans la salle d’accueil du commandement de l’Académie, il ajoute: « Mes collègues et moi attendons toutes les fins de mois notre salaire…l’occasion pour vous montrer mon bulletin de solde, je touche exactement 98 940,94 DA ». Mohamed Lamari a même invité la presse à venir au MDN pour voir de ses yeux toutes les soldes de tous les gradés. Intéressant! « On nous a traités de tous les noms », s’indigne le patron de l’armée. « On a dit que nous étions des voleurs, des tueurs, j’ai même lu dans un journal étranger que je suis descendu moi et le général Fodil, d’un hélicoptère à Bentalha pour égorger des bébés! Il ne manquait plus que de prétendre que l’ANP a été importée! », lance t-il avant de s’interroger: « Oublient-ils que ces généraux sont les enfants de notre peuple et qu’ils aiment ce peuple et le défendent? ».
Le manque de communication de l’armée, a t-il estimé, « a laissé le champ libre à beaucoup de calomnieux ». Aux détracteurs de l’ANP, il lance énergiquement : « Dezzou maâhoum! ». Sur le procès Nezzar-Souaïdia, Lamari a révélé: « J’étais d’accord pour que le général Nezzar intente ce procès qui va au-delà de la simple affaire de diffamation. Il faut qu’on crève l’abcès une fois pour toutes et c’est l’Algérie qui en sortira grandie. » « Les cadres de l’Armée ne demandent pas de reconnaissance, ils demandent juste qu’on ne les insulte pas. C’est tout », martèle le général.
« Je ne nie pas qu’il y ait des militaires qui magouillent »
La recrudescence des actes de terrorisme, particulièrement dans Alger et ses environs, « n’est pas une surprise », selon Lamari. « Il n’y a rien de plus facile pour deux terroristes que de s’habiller comme vous, de tirer sur des gens et de s’enfuir », a t-il ajouté. « Cela prouve que les terroristes sont dans le désarroi le plus total », assure le chef de l’état-major. Il a rappelé les chiffres qu’il avait donnés à un magazine londonien il y a presque un mois: « Les terroristes étaient 27.000 dans les années noires, maintenant ils ne sont environ que 700 ». Et d’appuyer: « Un animal blessé est dangereux. »
La baisse de vigilance est, selon lui, un des facteurs qui ont facilité l’action des terroristes. « La lutte contre le terrorisme est globale et concerne les services de sécurité, notre population, le gouvernement et tout le monde », déclare-t-il en poursuivant que « nous l’avions dit en 1992: le bâton seul ne résout pas le problème ». « Nous avons sauvegardé le régime de la République, c’est une mission accomplie », martèle t-il.
Mohamed Lamari s’emporte: « Il est malheureux de le dire: beaucoup d’hommes d’affaires paient une dîme aux terroristes. » Pour lui, la mentalité de « tekhtti rassi » doit disparaître. « Si le terrorisme est vaincu, l’intégrisme est toujours là, intact », lâche-t-il. « Nous avons brisé les reins du terrorisme, mais voyez la télévision, les prêches, les mosquées…il faut reprendre les textes de loi sur les nadharate, sur les lieux de culte et l’école…et ceci n’est pas notre travail! », charge Lamari en haussant le ton.Il précise qu’il ne vise pas les partis islamistes: « Ceux qui parlent dans les microphones ne m’effraient pas, ce sont plutôt les manoeuvriers souterrains qui m’inquiètent. »
Evoquant la Concorde civile, le chef de l’état-major de l’ANP a affirmé qu’il avait appuyé cette initiative. « Des jeunes étaient coincés au maquis, menacés par leurs chefs, la Concorde leur a permis de déposer les armes et de rentrer chez eux », explique-t-il. « La loi de la Rahma du temps de Zeroual était notre initiative parce que nous avons remarqué, lors de notre lutte antiterroriste, que des jeunes au maquis avaient peur des terroristes et de l’Etat et hésitaient donc à descendre », rappelle-t-il. Il a tenu à démentir tout contact entre l’ANP et l’AIS. « Ces gens-là ont tenté de nous contacter et avant le 13 janvier, date de la fin de l’ultimatum dans le cadre de la Concorde, ils étaient encore hésitants alors j’ai envoyé le général Fodil Chérif qui était mon adjoint dans l’opérationnel à Jijel, pour leur signifier cet ultimatum, sinon c’est la destruction complète qui les attendait », révèle Lamari.
Le volet de la professionnalisation de l’armée a notamment été soulevé par les journalistes présents. Le général tient à préciser qu’il n’était aucunement question d’aboutir à une armée de métier tout en affirmant que l’ANP ira vers la professionnalisation. Quant au service national, il sera réduit dans la durée et concernera moins de jeunes. « Si on avait pensé supprimer le Service national, les dix ans passés nous en auraient dissuadés, nos appelés sont les meilleurs avocats de l’Armée face aux accusations », poursuit-il. Les contacts avec les armées et les commandements étrangers sont perçus, estime Lamari, « sans aucun complexe ». « On apprend des uns et des autres, qu’ils soient Américains, Italiens, Français, Tunisiens ou Marocains », relève-t-il. Concenant le Maroc, il réaffirme ses déclarations au magazine londonien Al Mouchahid Essiyassi: « Nous n’avons aucune information impliquant la monarchie ou son gouvernement dans le soutien des terroristes algériens. » Mais il précise que des populations frontalières et des « petits chefs de service ont, effectivement, soutenu ces terroristes contre de l’argent ».
Questionné sur un éventuel départ de son poste après ses déclarations au magazine paraissant à Londres où il affirmait que sa fonction actuelle est la dernière qu’il occupe, Lamari répond: « C’est peut-être une question d’une semaine tout au plus une année, il n’y a pas de planification derrière cela. Vous savez même le fer s’use et j’ai envie de m’occuper de mes enfants et de mes petits-enfants. Depuis 1992 je n’ai eu ni jeudi ni vendredi, mais rien qu’un travail de 365 jours durant l’année ». Et d’ajouter: « Il faut bien laisser quelqu’un d’autre voir les choses d’un nouveau regard. »
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Le point de vue de l’ANP sur les grandes questions de l’heure

Lamari parle

Par Hafida Ameyar, Liberté, 3 juillet 2002

L’Académie militaire interarmes de Cherchell (wilaya de Tipasa) a organisé, hier matin, une cérémonie de sortie de promotions 2002, qui porte le nom du martyr Messaoud Boudjeriou, connu sous le nom de Si Messaoud le Constantinois. Il s’agit des 29e et 30e promotions d’officiers du corps d’état-major, de la 33e promotion des élèves officiers de la formation fondamentale et de la 7e promotion des élèves officiers de la formation spéciale, qui a enregistré, pour la première fois, la sortie d’une dizaine de femmes officiers, dont une major de promotion, Souâd Meshoub. L’après-midi a été consacrée à une rencontre informelle entre le général major Mohamed Lamari et les journalistes de certains quotidiens nationaux, une première dans les annales du ministère de la Défense nationale, qui a porté sur plusieurs points de l’actualité et qui sera certainement renouvelée à l’avenir. « Nous sommes des profanes en matière de communication, mais le moment est venu de nous organiser », a souligné le chef d’état-major de l’armée, en promettant à la presse un meilleur contact avec les « différents niveaux de la chaîne de commandement ».
La « réalité » de l’Armée algérienne
Entouré de généraux et de commandants des forces armées, dont les généraux majors Abdelmalek Sassi et Salah Gaïd, du général Boustila de la Gendarmerie nationale et du commandant de la Ire Région militaire, Fodhil chérif, Mohamed Lamari a reconnu que le silence observé jusque-là par l’institution militaire n’a pas servi cette dernière. Bien au contraire, cette situation a laissé place, selon lui, à des « accusations » émanant de « plusieurs milieux ». « Pour devenir célèbre en Algérie, on n’a qu’à insulter l’armée. On nous a traités de voleurs, de tueurs, mais on oublie que cette armée est composée d’enfants du peuple algérien et de généraux qui sont aussi les enfants de ce pays, qui aiment leur patrie et leur peuple. Voilà la réalité de l’Armée algérienne », a-t-il déclaré, en insistant sur le caractère « républicain » de l’institution, dont la « mission est claire et bien définie ». Pourtant, le chef d’état-major précisera que si par le passé, l’ANP s’était initiée aux « problèmes politiques et du pays », elle l’avait fait à un moment où « la République et ses institutions étaient défaillantes ». Ce qui n’est plus le cas à présent puisque l’armée, dira Lamari, se chargera de ses seules missions et poursuivra « la lutte antiterroriste jusqu’au bout ».
Recrudescence des actes terroristes
Selon lui, la reprise des actions terroristes, notamment dans les villes et la capitale n’est pas « une surprise ». Elle prouve que les semeurs de la mort et de la terreur sont dans « le désarroi », même si leur chiffre est passé de 27 000 hommes armés à environ 700 terroristes. « Un animal blessé peut faire beaucoup de mal », a soutenu le général Lamari. Seulement, ce dernier précisera que cette lutte antiterroriste est « globale » et concerne non seulement les services de sécurité, mais également le gouvernement et la population. Le général Lamari a néanmoins accusé les « grands entrepreneurs » et autres « hommes d’affaires qui paient une dîme mensuellement de 100 millions ou de 200 millions », pour avoir la paix. « Il faut qu’il y ait une mobilisation de tout le monde », a-t-il affirmé, en se référant à la réaction des Américains, « du plus petit au plus vieux », après les attentats du 11 septembre 2001.
« L’intégrisme est intact »
« Le terrorisme est vaincu, mais l’intégrisme est intact », a révélé hier le chef d’état-major. Selon lui, l’armée a « brisé les reins » du terrorisme qui aspirait à « la destruction du régime républicain et l’instauration d’un État théocratique ». Pourtant, « l’intégrisme est toujours là » et continue à « fabriquer encore des terroristes ». « Vous n’avez qu’à regarder la télévision, à écouter certains prêches et à voir le contenu des programmes de l’école », a indiqué Mohamed Lamari, en ajoutant plus loin : « La lutte contre l’intégrisme est une lutte à caractère politique et économique. Elle n’a pas encore atteint ses objectifs ».
La « source autorisée » du MDN
Se peut-il que le chef d’état-major de l’ANP soit derrière la fameuse « source autorisée » du ministère de la Défense, qui a défrayé la chronique ces derniers jours ? La réponse n’est toujours pas connue, mais on retiendra toutefois que le général de corps d’armée n’a pas semblé « surpris » par les révélations faites par cette source. « J’ai eu l’occasion de le dire : il n’y a jamais eu d’accord entre l’ANP et l’AIS » (bras armé de l’ex-FIS), a relevé l’animateur de la rencontre informelle, en précisant que la « seule exception » qui pourrait être retenue est celle d’avoir chargé lui-même le général Fodhil « d’aller à Jijel, pour signifier à ces jeunes qu’ils ont un ultimatum jusqu’au 13 janvier, sinon ils seront détruits ». Quant à la politique de la concorde civile, Mohamed Lamari notera que le dossier de l’AIS date du règne du président Liamine Zeroual et que son successeur lui a juste donné « une configuration politique ». De l’avis du chef d’état-major, la concorde civile a été appuyée « dans la mesure où des jeunes Algériens, bons ou mauvais, ont pu descendre (des maquis, ndlr) et déposer les armes ». D’ailleurs, ajoutera-t-il : « La loi sur la rahma, qui a eu des côtés positifs, a été enclenchée sur initiative de l’ANP » et les seuls contacts entamés avec l’armée du parti islamiste dissous seraient venus « des services spécialisés », sur son ordre.
Relations ANP/Bouteflika
Mais qu’en est-il alors des relations entre l’Armée nationale et le président de la République ? « Bouteflika est ministre de la Défense selon la Constitution, il a ses prérogatives et l’ANP a ses missions », a répondu le général Lamari, en remarquant qu’en 1992, « nous avons ouvert une brèche dans un cercle, qui a été refermée avec les présidentielles de 1999. Le reste n’est que mensonge ». Puis d’ajouter plus loin : « Il n’y a pas de problème avec Bouteflika ».
Départ en retraite de Lamari ?
« J’ai bien révélé à un journal étranger que c’était mon dernier poste. Je vous le confirme », a indiqué le numéro deux du MDN, en soulignant qu’il s’agissait là d’une « décision personnelle », tout en laissant entendre dans ses propos une sorte d’amertume de quelqu’un qui n’a pratiquement plus de vie familiale depuis 1992 et vis-à-vis de qui on a fait preuve d’ingratitude. Se reprenant, juste après, il précisera que sa retraite, il l’a prendra sous peu ou dans quelques années.
La corruption et les généraux
Existe-t-il un lien entre le phénomène de corruption et les généraux algériens ? « Nous sommes la seule institution à lutter contre la corruption », a répondu le chef d’état-major, en indiquant que « les sanctions sont très sévères : des sanctions disciplinaires, des sanctions devant la justice et des sanctions statutaires ». Mohamed Lamari profitera de l’occasion pour lancer « un appel ». « Que celui qui détient une preuve nous l’amène ! », a-t-il soutenu, en faisant référence également à toutes ces « rumeurs qui arrangent tout le monde » et qui ne s’appuient sur aucune « enquête » préalablement établie. Le général major est revenu sur le sujet, reconnaissant qu’il pourrait y avoir des personnes « qui essaient de magouiller, parmi elles des généraux ».
Événements de Kabylie
Prenant la défense du commandement de la Gendarmerie nationale, Mohamed Lamari a révélé que les journalistes ont boycotté les conférences de presse organisées par cette structure. Il a aussi déclaré que les 23 gendarmes qui sont à l’origine du décès du jeune Massinissa Guermah et de l’enlèvement des collégiens d’Amizour, seront traduits devant la justice. « Les audiences du procès au tribunal militaire seront publiques », a-t-il dit, en soutenant que certaines parties auraient profité de la situation pour d’autres desseins.
Levée de l’état d’urgence ?
Le général de corps d’armée a indiqué à la presse que dans la réalité l’état d’urgence n’est pas vraiment appliqué. « La situation est telle que nous n’avons pas besoin de l’état d’urgence », a-t-il dit, en précisant que même dans le cas de la levée d’urgence, cela ne signifierait pas « le retrait de l’armée de la lutte antiterroriste ». Il a néanmoins lancé la balle au ministre de l’Intérieur, premier concerné par le texte de loi.
Les autres questions débattues
Bien d’autres questions ont été débattues avec avec Mohamed Lamari. Concernant les réformes économiques, ce dernier a relevé que « la dernière informée est l’institution militaire », justifiant cela par le fait que l’ANP « ne participe pas au Conseil de gouvernement ».
À propos du Service national, le responsable indiquera qu’il concernera « demain moins de jeunes et la durée sera nettement plus réduite ». Il confirmera l’objectif de la « professionnalisation » de l’armée et la nécessité de « rapprochement » avec les armées étrangères. Le général major, réagissant à l’enquête entreprise par notre confrère El Khabar, a démenti l’information relative à son salaire. Brandissant son attestation de revenu, il montrera que le montant de sa solde est seulement de 98 946 dinars et non pas 250 000 dinars comme rapporté par le journal. Interrogé sur les déclarations qu’il a faites, il y a un mois, à un journal étranger, rejetant l’implication du Maroc dans les actes terroristes en Algérie, le général Lamari a répondu : « Nous n’avons rien à reprocher au Maroc officiel, monarchie et gouvernement, nous n’avons aucune information concernant l’armement ou le soutien à nos terroristes ». Mais, il n’exclura pas l’implication des « populations frontalières », voire même de responsables, en contrepartie d’une somme d’argent.
H. A